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Has China Won?

Has China Won?

Kishore Mahbubani

La Chine a-t-elle déjà gagné

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Description

En 2020, un diplomate singapourien à la retraite pose une question qui a l'air d'une provocation et qui n'en est pas une : la Chine a-t-elle déjà gagné ? Kishore Mahbubani a passé trente-trois ans dans la diplomatie de son pays, dont deux mandats comme ambassadeur de Singapour à l'ONU. Il a vu les Américains de près, les Chinois de près, et surtout il a passé sa vie coincé entre les deux, à devoir parler aux deux sans appartenir à aucun. C'est de cette position, ni Washington ni Pékin, qu'il écrit son livre.

Son point de départ tient en une phrase : les États-Unis se sont lancés dans une rivalité géopolitique majeure contre la Chine sans avoir défini de stratégie. Le duel est engagé, les tarifs douaniers tombent, les discours se durcissent, mais personne, à Washington, n'a répondu aux questions de base. Que veut-on vraiment ? La Chine est-elle une menace pour les intérêts américains ou seulement pour la primauté américaine ? Ce sont deux choses très différentes, et les confondre coûte cher.

Mahbubani ne cherche pas à désigner un vainqueur. Il fait quelque chose de plus inconfortable : il retourne le miroir vers chacun des deux camps et démonte les certitudes que l'un et l'autre entretiennent sur eux-mêmes. Un Américain qui le lit se sent visé. Un Chinois aussi. C'est probablement le meilleur signe qu'il vise juste.

La question que l’on se pose : Quand deux géants s'affrontent sans stratégie claire, qui perd d'abord — celui qui ne connaît pas son rival, ou celui qui ne se connaît plus lui-même ?Ce que l’on va voir : Le regard d'un diplomate de l'entre-deux sur les forces réelles et les angles morts des deux puissances, et sur les erreurs qu'aucune des deux ne veut voir.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Une question posée en 2020, un rapport de force déjà en cours

Le livre paraît au moment où la relation sino-américaine bascule pour de bon. La guerre commerciale lancée par l'administration Trump en 2018 a normalisé l'idée que la Chine était un adversaire, pas un partenaire. Ce consensus-là, Mahbubani le note, est l'un des rares points d'accord entre républicains et démocrates à Washington. Et c'est précisément ce qui l'inquiète : un consensus bipartisan aussi rapide sur un sujet aussi lourd sent l'émotion, pas l'analyse.

Il rappelle un chiffre qui recadre tout. En 1980, l'économie chinoise pesait à peine 10 % de l'américaine en parité de pouvoir d'achat. Autour de 2014, selon les calculs du FMI, elle l'a dépassée sur ce critère. En quatre décennies, huit cents millions de personnes environ sont sorties de la pauvreté — le plus grand bond de niveau de vie de l'histoire humaine, comprimé sur une seule vie d'homme. On peut trouver le régime détestable, dit Mahbubani ; on ne peut pas balayer ce fait.

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02

Chapitre 2 — Ce que Washington n'a pas vu venir

Le portrait que Mahbubani dresse de l'Amérique est celui d'un ami lucide, pas d'un procureur. Il admire les États-Unis, y a été formé en partie, et c'est ce qui rend sa critique tranchante. Le premier reproche : l'Amérique a cessé de croire à sa propre société. Il cite l'économiste Danny Quah et d'autres pour rappeler que le revenu médian des hommes américains blancs sans diplôme a stagné, voire reculé, sur trois décennies — pendant que le pays se racontait comme la plus grande réussite du monde. Une superpuissance qui néglige ainsi sa base sociale se fragilise plus sûrement qu'aucun rival ne pourrait le faire.

Deuxième angle mort : la conviction que la Chine veut exporter son modèle. Mahbubani, qui parle chinois et connaît la culture, soutient l'inverse. Pékin n'a pas de projet missionnaire à la manière soviétique ou américaine. La Chine ne cherche pas à faire des convertis ; elle cherche le respect, la sécurité de ses frontières et le retour à ce qu'elle considère comme sa place historique, celle qu'elle occupait avant le « siècle d'humiliation ». Confondre une puissance nationaliste avec une puissance idéologique conquérante, c'est se préparer à la mauvaise guerre.

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03

Chapitre 3 — Les fragilités que Pékin n'aime pas montrer

Mahbubani n'est pas un avocat de la Chine, et il tient à le prouver. Le régime a un défaut structurel qu'il nomme sans détour : la peur du peuple. Le Parti communiste chinois gouverne quatre fois plus d'habitants que l'Amérique n'a de citoyens, et il vit avec la hantise du chaos — le mot chinois luan, le désordre, qui hante deux mille ans d'histoire de ruptures et de guerres civiles. Cette peur explique le contrôle, la censure, l'obsession de la stabilité. Elle explique aussi la fragilité.

Car un régime qui doit sa légitimité à la seule réussite économique n'a pas de filet. Tant que le niveau de vie monte, le contrat tient. Le jour où la croissance cale durablement, la question du droit de gouverner ressurgit, et le Parti le sait mieux que quiconque. Mahbubani rappelle que la légitimité du mandat impérial, en Chine, a toujours été conditionnelle : le pouvoir se perd quand il cesse de bien nourrir le pays. Rien ne garantit que la formule tiendra quand la démographie vieillira et que les gains faciles seront derrière.

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04

Chapitre 4 — Deux puissances qui se trompent de guerre

Ce qui frappe, à refermer le livre, c'est que le duel se joue moins entre la Chine et l'Amérique qu'entre chaque puissance et ses propres illusions. Mahbubani mobilise ici une figure qu'il connaît bien, celle du piège de Thucydide popularisée par l'universitaire Graham Allison : quand une puissance montante inquiète une puissance établie, la guerre devient probable, non pas parce que l'une la veut, mais parce que la peur prend le pas sur le calcul. L'histoire, dit Allison, compte plus de cas où le choc a eu lieu que l'inverse.

Mais Mahbubani déplace le regard. Le vrai risque n'est pas que l'une écrase l'autre. C'est que les deux se ruinent en se battant pour une question mal posée. L'Amérique se demande comment rester numéro un, quand elle devrait se demander comment améliorer la vie de ses citoyens — car une société qui va bien chez elle rayonne sans avoir à contenir personne. La Chine se demande comment obtenir enfin le respect du monde, quand elle devrait se demander pourquoi ses voisins la craignent au moment même où elle devient forte. Chacune poursuit une victoire qui ne réglerait rien de ce qui la mine vraiment.

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05

Conclusion

La question du titre était un piège, et Mahbubani le savait en la posant. Il ne veut pas qu'on y réponde ; il veut qu'on cesse de la poser dans ces termes. Depuis sa position d'homme de l'entre-deux, un Singapour qui commerce avec Pékin et se protège sous le parapluie de Washington, il voit ce que chaque capitale refuse de voir : l'Amérique surestime la menace chinoise et sous-estime ses propres fractures, la Chine surestime sa maîtrise et sous-estime la méfiance qu'elle sème.

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