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EN FINIR AVEC LE WOKISME

EN FINIR AVEC LE WOKISME

Sylvie Perez

LA CONTRE-OFFENSIVE ANGLO-SAXONNE

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Description

Il y a une dizaine d'années, le mot « woke » circulait surtout dans les milieux militants afro-américains, où il voulait dire quelque chose comme « rester éveillé » aux injustices raciales. Un adjectif de vigilance, presque un slogan. Puis le terme a quitté son berceau, traversé les campus, les rédactions, les conseils d'administration, avant de débarquer en France sous une forme méconnaissable : « wokisme », un suffixe en -isme qui en fait une doctrine, un projet, une menace. C'est de ce mot-là, et de ce qu'il désigne vraiment, que Sylvie Perez décide de s'emparer dans son essai.

Son pari : ne pas traiter le wokisme comme un fantôme agité par des éditorialistes en manque de sujet, ni comme une pure invention de la droite réactionnaire. L'autrice le prend au sérieux comme phénomène intellectuel, remonte à ses sources universitaires anglo-saxonnes, et décrit ce qu'elle considère comme une offensive — et la contre-offensive qu'elle appelle de ses vœux. Le titre le dit sans détour : en finir avec. On est face à un essai de combat, qui assume sa position tout en prétendant éclairer un objet flou.

Reste que le mot divise jusque dans sa définition. Pour certains, le wokisme n'existe pas vraiment ; pour d'autres, il colonise déjà tout. Entre ces deux bords, un livre choisit un camp et expose ses raisons. L'enjeu n'est pas seulement de savoir qui a raison, mais de comprendre comment une querelle née dans les universités américaines a fini par structurer un débat français, avec ses propres outrances.

La question que l’on se pose : Comment une notion importée des campus anglo-saxons est-elle devenue, en France, le nom d'un combat intellectuel que Sylvie Perez entend mener de front ?Ce que l’on va voir : Le parcours d'un mot, les filiations que l'autrice lui prête, le milieu où il s'enracine, et ce que son voyage transatlantique révèle de nos emprunts idéologiques.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un mot venu d'ailleurs, devenu arme de combat

Avant d'être une doctrine, « woke » fut un mot d'argot. Dans l'anglais afro-américain, « stay woke » circule depuis les années 1930-1940, popularisé plus tard par des chanteurs et des militants pour dire : garde les yeux ouverts sur le racisme, ne te laisse pas endormir. Jusqu'au milieu des années 2010, le terme reste positif, porté par ceux qui s'en réclament. C'est son basculement que Sylvie Perez prend comme point de départ.

Car le mot a glissé. D'adjectif de vigilance, il est devenu, sous la plume de ses adversaires, le nom d'un excès : une sensibilité jugée tyrannique aux questions de race, de genre et d'identité. Le suffixe « -isme », ajouté surtout dans le monde francophone, achève la transformation. On ne parle plus d'une posture mais d'un système, d'une idéologie avec ses dogmes et ses zélotes. L'autrice note que ce retournement est révélateur : rares sont ceux qui se disent « wokistes ». Le mot est presque toujours employé par ceux qui le combattent.

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02

Chapitre 2 — La généalogie que l'autrice remonte

Pour donner de la consistance à son objet, Sylvie Perez remonte le fil des idées. Son récit conduit vers les universités américaines des dernières décennies du XXe siècle, où se croisent plusieurs courants qu'elle relie entre eux. La « French Theory » d'abord : ces lectures américaines de penseurs français — Foucault, Derrida, Lyotard — qui, une fois traversé l'Atlantique, nourrissent une méfiance systématique envers l'idée de vérité objective et un soupçon généralisé sur les rapports de pouvoir cachés dans le langage.

Vient ensuite ce qu'on nomme les études postcoloniales et, plus tard, la théorie critique de la race, associée à des juristes comme Kimberlé Crenshaw, à qui l'on doit la notion d'« intersectionnalité » formulée à la fin des années 1980. L'idée : les discriminations se superposent et se combinent, et il faut penser ensemble race, genre, classe pour comprendre l'injustice. Perez voit dans ces travaux le socle d'une vision du monde où l'appartenance à un groupe détermine le point de vue, et où la neutralité devient suspecte.

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03

Chapitre 3 — Le campus, laboratoire d'un nouveau conformisme

Si le wokisme a un territoire natal, c'est l'université, et c'est là que l'essai concentre ses exemples les plus concrets. Perez décrit des campus anglo-saxons devenus, selon elle, des lieux où certaines idées ne se discutent plus. Elle convoque les épisodes qui ont fait polémique outre-Atlantique : conférenciers décommandés sous la pression d'étudiants, enseignants pris à partie pour une parole jugée offensante, débats annulés au nom de la protection des plus vulnérables.

Au cœur de son tableau, un vocabulaire devenu familier : les « trigger warnings », ces avertissements placés en tête d'un texte susceptible de heurter ; les « safe spaces », espaces pensés comme protégés de toute parole blessante ; la « cancel culture », cette mise au ban sociale et professionnelle de qui a transgressé une norme. Pour l'autrice, ces dispositifs, nés d'une intention de bienveillance, produisent un effet inverse : un climat où l'autocensure devient la règle, où l'on apprend à se taire plutôt qu'à argumenter.

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04

Chapitre 4 — Quand une bataille culturelle traverse l'At­lan­tique

Ce que l'essai de Sylvie Perez met en lumière, au-delà de sa thèse, c'est la manière dont une polémique voyage. Le wokisme est né d'une histoire américaine singulière : celle de l'esclavage, de la ségrégation, d'une société qui pense l'identité en catégories raciales depuis ses origines. Transposer ce vocabulaire dans la France de la République « une et indivisible », méfiante par tradition envers les statistiques ethniques et attachée à un universalisme abstrait, ne va pas de soi. Le mot arrive, mais le terrain n'est pas le même.

D'où une question qui dépasse le livre : qu'importe-t-on exactement quand on importe une querelle idéologique ? Le camp qui dénonce le wokisme emprunte son arsenal autant que le camp qui s'en réclamerait. Les « trigger warnings », l'« intersectionnalité », mais aussi « cancel culture » et « contre-offensive » sont des mots anglo-saxons que les deux bords français manient avec la même ferveur. On se bat sur un sol national avec des armes forgées ailleurs, et la bataille elle-même devient une importation. L'étiquette finit par désigner des choses très différentes selon qui la lance et contre qui.

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05

Conclusion

Le livre de Sylvie Perez fait ce qu'annonce son titre : il prend parti. Il remonte la généalogie d'un mot flou, lui donne une consistance intellectuelle, désigne un foyer — l'université anglo-saxonne — et appelle à une riposte. En chemin, il assume ses amalgames et sa charge, préférant la netteté d'une position au confort de la nuance. C'est la force et la limite de l'essai de combat : il voit clair parce qu'il a déjà choisi ce qu'il regarde.

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