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Drogues, sortir de l'impasse

Drogues, sortir de l'impasse

Anne Coppel, Olivier Doubre

Des alternatives à la prohibition

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Description

En 1971, Richard Nixon désigne la drogue comme « ennemi public numéro un » et lance ce qu'on appellera la guerre contre la drogue. Un demi-siècle plus tard, le constat est têtu : les substances interdites n'ont jamais été aussi disponibles, aussi pures, aussi bon marché. La cocaïne circule davantage, l'héroïne aussi, les prisons débordent de petits dealers et de consommateurs, et des pays entiers, du Mexique à la Colombie, vivent sous l'emprise de cartels que la répression a enrichis plus qu'affaiblis. Sur à peu près tous les critères qu'elle s'était fixés, la prohibition a échoué.

C'est de ce bilan que partent Anne Coppel et Olivier Doubre. Sociologue engagée de longue date sur le terrain des usagers, Coppel a été l'une des figures qui, dans la France du sida des années 1980, ont arraché la distribution de seringues propres à une administration qui préférait punir. Leur livre ne défend pas la drogue. Il regarde froidement ce que la politique répressive a produit, et pourquoi on s'y accroche alors même qu'elle ne tient aucune de ses promesses.

Derrière la question morale — faut-il interdire ou autoriser ? — s'en cache une autre, plus concrète, que les auteurs placent au centre. Une société ne fait pas disparaître un comportement en le déclarant illégal. Elle choisit seulement la manière dont ce comportement va se dérouler : dans l'ombre ou au grand jour, avec ou sans soin, en multipliant les dégâts ou en les limitant.

La question que l’on se pose : Si cinquante ans de répression n'ont ni réduit l'usage ni tari le trafic, qu'est-ce qu'une autre politique des drogues pourrait viser à la place ?Ce que l’on va voir : Le bilan d'une guerre perdue, les dégâts propres à l'interdit, et l'approche née dans l'urgence du sida qui propose de gérer l'usage au lieu de prétendre l'effacer.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Cent ans de guerre perdue

La prohibition moderne des drogues n'a pas toujours existé. Au XIXe siècle, l'opium, la morphine, la cocaïne circulent librement, se vendent en pharmacie, entrent dans des sirops et des toniques grand public. Le basculement vers l'interdit se joue au début du XXe siècle, porté par les États-Unis : la conférence de Shanghai en 1909, puis une série de conventions internationales qui, de traité en traité, construisent le régime prohibitionniste mondial qu'on connaît encore. L'interdiction n'est donc pas une donnée naturelle. C'est une construction politique récente, à peine plus vieille qu'un siècle.

Coppel et Doubre rappellent que ce régime s'est durci avec la guerre déclarée par Nixon, puis mondialisée. Et ils en dressent le bilan sans détour. La production n'a pas baissé : les surfaces de coca et de pavot se maintiennent ou progressent. Les prix à la consommation ont chuté dans la plupart des pays, signe que l'offre reste abondante. La pureté des produits a plutôt augmenté. Aucun des indicateurs qu'une politique efficace devrait faire bouger ne bouge dans le bon sens.

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02

Chapitre 2 — Ce que la prohibition fabrique

L'argument central du livre n'est pas que les drogues seraient inoffensives. C'est que l'essentiel des dégâts qu'on leur attribue vient moins des substances que du cadre qui les entoure. L'interdit ne supprime pas l'usage : il le pousse dans la clandestinité, et c'est là que se logent les vrais risques.

Prenons la substance elle-même. Sur un marché illégal, personne ne contrôle la composition. L'usager ne sait pas ce qu'il achète : un produit coupé, surdosé, mélangé à des adultérants parfois plus toxiques que le principe actif. La plupart des overdoses tiennent à cette incertitude — une dose inhabituellement pure qui tue un corps habitué à bien moins. Dans un cadre légal et contrôlé, ce type d'accident recule nettement. L'interdit fabrique l'empoisonnement qu'il prétend éviter.

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03

Chapitre 3 — Des aiguilles propres contre une épidémie

L'autre voie, Coppel l'a vue naître sur le terrain. L'histoire se noue dans les années 1980, quand le sida s'abat sur les usagers de drogues par voie intraveineuse. En France, le partage des seringues devient une autoroute pour le virus : la proportion de toxicomanes séropositifs grimpe de façon vertigineuse, bien au-delà de ce qu'on observe chez les voisins européens qui ont réagi plus tôt.

Face à l'urgence, une idée simple mais scandaleuse à l'époque : si l'on ne peut pas empêcher les gens de s'injecter, on peut au moins leur fournir du matériel propre. En 1987, la ministre Michèle Barzach autorise la vente libre des seringues en pharmacie, rompant avec des décennies de logique répressive. C'est l'acte de naissance, en France, de ce qu'on appellera la réduction des risques. Le principe est renversant pour l'époque : on ne conditionne plus l'aide à l'abstinence, on accepte l'usager tel qu'il est, pour le garder en vie.

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04

Chapitre 4 — Gérer plutôt qu'éra­di­quer

Au fond, ce que Coppel et Doubre mettent en jeu dépasse la question des seringues et des cartels. C'est une manière de gouverner. Face à un comportement jugé dangereux, une société a deux postures possibles. La première veut l'éradiquer : elle l'interdit, le traque, le punit, et mesure son succès à sa disparition annoncée. La seconde accepte qu'il existe et cherche à en limiter les dégâts : elle encadre, informe, accompagne, et mesure son succès au nombre de vies préservées.

L'intérêt du dossier des drogues, c'est qu'il a servi de laboratoire grandeur nature à cet affrontement. La posture d'éradication a eu un siècle et des moyens quasi illimités pour faire ses preuves. Elle a produit des prisons pleines, des pays à feu et sang, et un marché plus florissant que jamais. La posture de gestion, elle, est née presque par effraction, dans l'urgence d'une épidémie, sans doctrine préalable. Et c'est elle qui a sauvé des vies de façon mesurable.

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05

Conclusion

Drogues, sortir de l'impasse part d'un échec patiemment documenté : une guerre d'un siècle qui n'a réduit ni l'usage ni le trafic, et qui a surtout rendu les substances plus dangereuses et les usagers plus vulnérables. Coppel et Doubre ne plaident pas pour un monde sans drogues, qui n'a jamais existé, mais pour une politique qui cesse de produire elle-même les dégâts qu'elle dénonce. L'histoire de la réduction des risques, née dans l'urgence du sida, leur sert de preuve : on peut baisser radicalement les contaminations et les morts sans attendre que les gens arrêtent.

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