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David Bowie

David Bowie

Sandro Cassati

Bowie, le caméléon de la pop

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Description

Le 10 janvier 2016, deux jours après ses 69 ans et la sortie de l'album Blackstar, David Bowie meurt d'un cancer dont presque personne ne savait rien. Le disque, écouté à la lumière de sa disparition, se révèle être un adieu composé sciemment, filmé dans des clips où il se montre aveugle, alité, en train de reculer dans un placard. Une dernière métamorphose, la plus froide, orchestrée jusqu'au bout. Même sa mort, il en a fait une œuvre.

C'est le fil de toute une vie. Né David Jones à Brixton en 1947, il change de nom pour ne pas être confondu avec un chanteur des Monkees, puis passe trente ans à changer de peau. Ziggy Stardust, Aladdin Sane, le Thin White Duke, le reclus de Berlin, la pop star impeccable des années 1980 : à chaque album ou presque, un autre personnage, une autre coupe, une autre voix. Dans son livre consacré à l'artiste, Sandro Cassati suit ces mues une à une, non pas comme des caprices, mais comme la méthode même d'un homme qui n'a jamais voulu avoir un seul visage.

Le mot qui revient, c'est caméléon. Pratique, un peu usé. Mais il cache une énigme plus intéressante qu'il n'y paraît : comment un artiste a-t-il pu se réinventer autant sans jamais cesser d'être reconnaissable, et pourquoi ces changements de surface ont-ils fini par peser bien au-delà de la musique.

La question que l’on se pose : Comment un artiste peut-il changer d'identité d'album en album sans jamais se perdre, et pourquoi ses métamorphoses comptent-elles autant que ses chansons ?Ce que l’on va voir : Les mues successives d'un homme qui a fait de la réinvention une œuvre, jusqu'à ce qu'elle déborde la scène.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un gamin de Brixton qui cherche son visage

Avant d'être une légende, Bowie a été un raté poli. Dans les années 1960, le jeune David Jones multiplie les groupes qui ne décollent pas, les styles qui ne prennent pas, les singles qui s'effondrent. Il essaie le rhythm'n'blues, la chanson music-hall, le mime — il étudie vraiment le mime, auprès de Lindsay Kemp, qui lui apprend à habiter un corps comme un costume. Rien ne marche, mais tout s'additionne. Cassati insiste là-dessus : ces années perdues ne sont pas un prélude maladroit, elles sont l'atelier où Bowie apprend que l'identité est quelque chose qu'on fabrique.

Le premier vrai succès arrive en 1969 avec Space Oddity, l'histoire de Major Tom, astronaute qui coupe le contact et dérive dans l'espace. La chanson sort pile pendant qu'Apollo 11 pose un homme sur la Lune. Timing parfait, pour une fois. Mais derrière le tube se cache déjà le thème qui va hanter toute l'œuvre : un personnage qui se détache, qui flotte, qui préfère la dérive au retour. Bowie ne chante pas sur lui-même, il invente quelqu'un et se glisse dedans.

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02

Chapitre 2 — Ziggy Stardust, l'ex­tra­ter­restre qui a sauvé Bowie

En 1972 paraît The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars. L'idée est folle : un album entier raconte l'ascension et la chute d'une rock star extraterrestre, messie androgyne venu annoncer la fin du monde. Et Bowie ne se contente pas de chanter ce personnage — il le devient. Sur scène, en interview, dans la rue, il est Ziggy. Cheveux rouge flamme, maquillage, costumes de Kansai Yamamoto, sexualité floue affichée dans une télévision anglaise encore engoncée. L'Angleterre n'a jamais vu ça.

Le coup de génie, c'est le dédoublement. En créant un personnage fictif, Bowie se libère de lui-même. Le timide de Brixton pouvait difficilement monter sur scène en tenant ce discours ; Ziggy, lui, le peut, parce que Ziggy n'existe pas et donc n'a peur de rien. Cassati y voit la mécanique centrale de l'artiste : le masque n'est pas un déguisement qui cache, c'est un outil qui autorise. Derrière l'alien, Bowie ose enfin tout.

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03

Chapitre 3 — Berlin, la fuite en avant d'un homme qui se défait

Au milieu des années 1970, Bowie s'installe à Los Angeles, se gave de cocaïne et sombre. De cette période naît un dernier personnage, le Thin White Duke : élégant, glacé, aristocrate européen qui chante des chansons d'amour d'une voix sans émotion. C'est aussi l'époque de déclarations politiques confuses et dérapantes, qu'il reniera plus tard en les attribuant à la drogue et au personnage. L'homme et le masque, cette fois, se confondent dangereusement. Bowie ne joue plus un rôle, il se perd dedans.

Pour s'en sortir, il fuit. Direction Berlin, en 1976, ville coupée en deux, grise, sans glamour, exactement l'inverse de Los Angeles. Il y vit presque anonyme, se déplace à vélo, partage un appartement avec Iggy Pop, peint, va voir des expressionnistes allemands. Et il enregistre, avec Brian Eno et le producteur Tony Visconti, trois albums qui vont redéfinir ce qu'on attend d'une pop star : Low, Heroes et Lodger, qu'on appelle la trilogie berlinoise.

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04

Chapitre 4 — Le Thin White Duke vieillit, et invente encore

La liberté que Bowie s'est octroyée — celle de n'être tenu par aucune version de soi — a débordé le champ de la musique. Avant lui, une star se construisait une image et s'y tenait, sous peine de trahir son public. Lui a fait l'inverse en principe : la trahison permanente comme fidélité à soi. Cette idée, que l'identité n'est pas un socle mais un matériau, a essaimé bien au-delà de ses disques. Des générations de musiciens, de Madonna à Lady Gaga, ont repris la stratégie de la métamorphose comme œuvre. Mais l'influence la plus profonde est ailleurs.

Bowie a donné une forme pop, visible, désirable, à l'idée qu'on peut choisir qui l'on est. En brouillant le masculin et le féminin sur scène dès 1972, dans une culture qui n'avait pas les mots, il a offert à des millions d'adolescents déphasés une image à laquelle s'accrocher. Pas un discours, pas un manifeste — une permission. L'ambiguïté qu'il mettait en scène sans la commenter a ouvert un espace où d'autres ont pu exister. Cassati souligne ce rôle : Bowie n'a rien théorisé, il a rendu quelque chose pensable en le rendant glamour.

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05

Conclusion

De Space Oddity à Blackstar, Bowie aura passé près de cinquante ans à ne jamais s'arrêter sur une image. Le gamin raté de Brixton qui changeait de groupe tous les six mois est devenu l'artiste qui changeait de peau tous les albums, puis l'homme qui a composé sa propre mort comme un ultime personnage. Le fil n'a jamais été la constance d'un style, mais la constance d'une méthode : fabriquer un visage, l'habiter pleinement, l'abandonner avant qu'il ne fige, recommencer. C'est ce que Cassati tient bout à bout tout au long de son livre — non pas une succession de caprices, mais une œuvre unique faite de ruptures.

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