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Cyberpunk  Le nouveau système totalitaire

Cyberpunk Le nouveau système totalitaire

Asma Mhalla

Les géants du Web, nouveau pouvoir

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Description

Un soir de janvier 2025, quelques jours avant l'investiture de Donald Trump, les patrons des plus grandes entreprises technologiques du monde se tiennent au premier rang d'une cérémonie à Washington, devant les ministres désignés. Musk, Bezos, Zuckerberg, Pichai, Cook, alignés, souriants. L'image a fait le tour de la planète. Elle disait quelque chose de simple et de brutal : ces gens-là ne sont plus des fournisseurs de services. Ils sont une puissance qui discute d'égal à égal avec l'État — et parfois le précède.

C'est l'intuition que l'essayiste et chercheuse Asma Mhalla développe dans Cyberpunk, paru en 2024 : les géants du numérique ne sont plus de simples acteurs économiques. Ils sont devenus des puissances politiques à part entière, capables de peser sur la guerre, l'information, la monnaie, l'espace. Et quand cette puissance privée converge avec la puissance publique — surtout aux États-Unis et en Chine —, on obtient une configuration de pouvoir que les catégories héritées du XXᵉ siècle ne savent plus nommer.

Mhalla refuse le confort de la critique facile — ni technophobe, ni béate. Elle emprunte à la science-fiction son décor pour décrire un présent très concret : un monde où le code, les données et les satellites redistribuent la souveraineté sans qu'on ait voté pour ça. Son pari, c'est qu'on ne peut défendre une démocratie qu'à condition de comprendre d'abord ce qui est en train de la déborder.

La question que l’on se pose : Quand les géants du Web cessent d'être de simples entreprises pour devenir une puissance politique, que devient la souveraineté démocratique ?Ce que l’on va voir : Comment une poignée d'acteurs privés et d'États ont fusionné leurs forces pour fabriquer un système de pouvoir d'un type nouveau.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Quand la Silicon Valley arrête de jouer la neutralité

Longtemps, les grandes plateformes ont entretenu un récit commode : nous sommes des outils neutres, des tuyaux, des places publiques sans opinion. Asma Mhalla situe la bascule dans les années 2010, quand cette fiction devient intenable. Une entreprise qui héberge la conversation de trois milliards de personnes n'est pas neutre. Elle décide ce qui monte, ce qui descend, ce qui disparaît. Elle fixe, à l'échelle planétaire, les conditions de la parole.

Ce que Mhalla met en avant, c'est le changement d'échelle. Les GAFAM et leurs équivalents ne pèsent pas seulement par leur capitalisation — plusieurs d'entre eux valent plus que le PIB de grandes nations. Ils pèsent par ce qu'ils contrôlent : les infrastructures critiques du monde connecté. Le cloud où tournent les administrations, les câbles sous-marins qui portent l'essentiel du trafic internet, les systèmes d'exploitation de nos téléphones, bientôt les modèles d'intelligence artificielle sur lesquels reposera une part de la décision publique et privée.

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02

Chapitre 2 — Le Léviathan et Behemoth, main dans la main

Pour nommer cette configuration, Mhalla convoque deux figures anciennes. Le Léviathan, c'est l'État, le monstre de Hobbes qui garantit l'ordre en concentrant la puissance légitime. Behemoth, c'est l'autre bête — la puissance qui échappe au cadre, la force sans loi. L'idée centrale du livre tient en une phrase : aujourd'hui, le Léviathan et Behemoth ne s'affrontent plus. Ils convergent. L'État et les géants technologiques fusionnent leurs intérêts, leurs infrastructures, leurs objectifs.

Le cas américain est le plus net. Le Pentagone, la NSA, la CIA travaillent main dans la main avec les grandes plateformes. Le cloud militaire est confié à Amazon et Microsoft. Les programmes de reconnaissance et de ciblage s'appuient sur des sociétés comme Palantir. Le renseignement a besoin des données que seules les plateformes possèdent ; les plateformes ont besoin des contrats, de la protection et de la bienveillance réglementaire de l'État. Chacun tient l'autre. Mhalla parle d'un État profond et d'un capital technologique qui ont cessé d'être des mondes séparés.

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03

Chapitre 3 — La guerre cognitive comme champ de bataille permanent

Mhalla consacre une large part de sa réflexion à ce qu'elle appelle la guerre cognitive. L'enjeu décisif, dans ce nouveau régime, n'est plus seulement le territoire ou les ressources — c'est l'esprit humain lui-même. L'attention, la perception, les croyances. Celui qui tient les infrastructures de l'information tient un levier direct sur ce que des milliards de personnes voient, pensent et finissent par tenir pour vrai.

Cette guerre-là ne ressemble pas aux précédentes. Elle est permanente, diffuse, sans front et sans déclaration. Elle se mène par la désinformation, par la manipulation des flux, par l'amplification algorithmique de certaines colères et l'étouffement d'autres sujets. Les plateformes, dont le modèle économique repose sur la capture de l'attention, sont par construction les machines idéales de cette guerre. Elles n'ont pas été conçues pour ça, mais leur logique — maximiser l'engagement — produit exactement le terrain où la manipulation prospère.

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04

Chapitre 4 — Une démocratie prise entre deux pouvoirs qui la dépassent

En prenant de la hauteur, le diagnostic de Mhalla dessine un type de pouvoir inédit. Ce n'est pas le totalitarisme du XXᵉ siècle, avec son parti unique, ses foules encadrées, sa terreur visible. Ce n'est pas non plus le marché libéral classique, avec ses entreprises qui se contentent de vendre. C'est autre chose : un régime techno-politique où la puissance s'exerce par l'infrastructure, par la donnée, par l'orientation discrète des comportements. Un pouvoir qui n'a pas besoin de défiler pour s'imposer. Il lui suffit d'être partout, en permanence, dans les tuyaux.

Le mot totalitaire du titre ne désigne donc pas une dictature au sens habituel. Il désigne un système qui tend à tout englober — l'économie, la sécurité, l'information, l'intime — et qui ne laisse plus de dehors. L'ancienne démocratie reposait sur des séparations : entre les pouvoirs, entre le public et le privé, entre la sphère de l'État et celle de la vie personnelle. Mhalla soutient que la convergence techno-étatique efface ces lignes une à une. Et sans séparations, il n'y a plus de contre-pouvoir possible, parce qu'il n'y a plus d'extérieur d'où s'opposer.

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05

Conclusion

La photographie de janvier 2025, avec les milliardaires de la tech au premier rang du pouvoir, n'était pas un hasard de protocole. Elle fixait une bascule que Mhalla avait anticipée : le moment où la puissance privée du numérique et la puissance publique de l'État cessent de se faire face pour avancer ensemble. De cette convergence naît un système qui n'entre dans aucune des cases léguées par le siècle dernier, et qui déborde les outils conçus pour le limiter.

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