Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Antiterrorisme

An­ti­ter­ro­risme

Gilles Kepel, Jean-François Ricard

Comprendre trente ans de jihadisme français

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Il y a d'un côté un magistrat, Jean-François Ricard, qui a passé une partie de sa carrière à instruire des dossiers de terrorisme avant de diriger, à sa création en 2019, le Parquet national antiterroriste. De l'autre, un chercheur, Gilles Kepel, qui étudie l'islam politique depuis les années 1980 et dont les livres ont souvent précédé — parfois agacé — le débat public français. Les deux hommes se connaissent, se sont parfois affrontés d'idées, et finissent par confronter leurs archives. D'un côté les procédures, les scellés, les interrogatoires. De l'autre les concepts, les filiations idéologiques, la généalogie des réseaux. Le livre naît de cette confrontation.

Ce qui en sort n'est pas un récit de plus sur « la radicalisation ». C'est une relecture de trente ans d'attentats commis ou visant la France, racontés depuis l'intérieur de la machine qui les poursuit. On passe des bombes du GIA dans le métro parisien au milieu des années 1990 jusqu'aux attaques au couteau de la fin des années 2010, en suivant le fil des dossiers judiciaires. Et à mesure qu'on avance, une chose devient claire : la menace n'a pas été constante. Elle a muté, plusieurs fois, au point de rendre obsolètes les grilles de lecture qui marchaient dix ans plus tôt.

Le pari du livre tient là. Mettre bout à bout les faits établis par la justice et les lire avec les outils du chercheur, pour décrire non pas une idéologie figée mais un mouvement qui se transforme sous la pression de ce qui le traque. La France a appris à répondre — tribunaux spécialisés, parquet dédié, lois successives. Reste à savoir ce que cette réponse a vraiment attrapé, et ce qui lui échappe encore.

La question que l’on se pose : Comment la menace jihadiste visant la France s'est-elle transformée en trente ans, et ce que la traque judiciaire en révèle.Ce que l’on va voir : Trois décennies d'attentats et de procédures, relues à deux voix, celle du juge et celle du chercheur.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un juge et un chercheur qui parlent enfin ensemble

Le dispositif du livre est son premier intérêt. Deux regards qui, en France, se parlent rarement : celui du magistrat antiterroriste, tenu par la preuve, les scellés et la présomption d'innocence, et celui de l'universitaire, libre de nommer des courants, des filiations, des idéologies. Ricard apporte la matière brute — ce que la justice a établi, pas ce qu'on a cru savoir. Kepel apporte le cadre — d'où vient cette violence, à quelle lignée elle appartient, pourquoi elle prend telle forme à tel moment.

Le choix n'est pas anodin. En France, le débat sur le terrorisme a longtemps opposé deux camps caricaturaux : ceux qui expliquaient tout par l'idéologie religieuse et ceux qui expliquaient tout par le social, la relégation, la prison. Kepel, de son côté, a passé des années à défendre une thèse qui l'a mis en conflit ouvert avec d'autres chercheurs : la violence n'est pas une simple pathologie importée, elle a des racines idéologiques précises et des relais locaux. Le juge, lui, se méfie des grands récits et s'en tient aux dossiers.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — Les années GIA : quand la France découvre la menace

La première vague vient d'Algérie. Au début des années 1990, la guerre civile algérienne déborde sur le sol français. Le Groupe islamique armé, le GIA, considère Paris comme le soutien du régime d'Alger et porte le conflit chez l'ancienne puissance coloniale. L'été 1995 reste dans les mémoires : une série d'attentats frappe la France, dont l'explosion à la station Saint-Michel du RER le 25 juillet, qui fait huit morts et de nombreux blessés. Khaled Kelkal, jeune homme de la région lyonnaise impliqué dans les réseaux, devient le visage de cette vague avant d'être abattu par la gendarmerie en septembre.

Cette première menace a une logique claire, presque lisible : elle est importée, pilotée depuis l'étranger, liée à un conflit géographiquement situé. Les commanditaires sont identifiables, les filières structurées, la cause explicite. La justice française, qui se dote alors d'instruments spécialisés, apprend à démanteler des réseaux : filatures, écoutes, coopération internationale balbutiante. On traque des cellules avec une tête et des membres.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — 2012-2015 : la bascule Merah, le tournant Daech

Mars 2012. À Toulouse et Montauban, Mohammed Merah tue sept personnes en plusieurs jours — des militaires, puis des enfants et un enseignant d'une école juive. Le livre fait de ce moment un point de bascule. Merah n'est pas une cellule importée avec une filière classique : c'est un homme passé par la délinquance, par la prison, par des zones de jihad à l'étranger, mais qui agit seul, de retour chez lui, dans sa ville. La grammaire du réseau commandité commence à céder. On entre dans l'ère du passage à l'acte individuel, plus difficile à anticiper, presque impossible à intercepter par les méthodes d'avant.

Puis vient la rupture d'échelle avec l'État islamique. À partir de 2014, Daech ne se contente pas d'inspirer : il projette, organise, revendique. L'année 2015 est noire. Janvier : l'attaque contre Charlie Hebdo et l'Hyper Cacher. Novembre : les attentats coordonnés du Bataclan, des terrasses et du Stade de France, cent trente morts, la pire attaque sur le sol français depuis des décennies. Juillet 2016 : le camion lancé sur la foule à Nice, quatre-vingt-six morts. La menace a désormais deux visages — des commandos entraînés et téléguidés depuis la Syrie, et des individus isolés qui répondent à un appel diffusé en ligne.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Une menace qui se fragmente plutôt qu'elle ne disparaît

En prenant du recul sur trente ans de dossiers, les deux auteurs décrivent moins une guerre qu'une mutation continue. Le jihadisme qui vise la France est passé du commandité à l'autonome, de l'importé à l'endogène, du spectaculaire au diffus. Les grandes attaques coordonnées, coûteuses et visibles, ont laissé place à des passages à l'acte low cost — un couteau, un véhicule, un homme seul parfois radicalisé en quelques semaines. Plus la réponse d'État devient efficace contre les réseaux structurés, plus la menace se fragmente en formes qui échappent, par nature, à la logique du démantèlement.

C'est le paradoxe que le livre met au centre. La traque façonne ce qu'elle poursuit. À mesure que les services apprennent à casser les filières, l'adversaire se décentralise, s'individualise, se fait invisible. Ce qui reste n'est plus un organigramme qu'on remonte, mais une nébuleuse d'individus connectés à une idéologie plus qu'à une organisation. La fin de l'emprise territoriale de l'État islamique n'a pas éteint la menace : elle l'a dispersée, et avec elle la question des revenants, de ceux qui sont partis combattre et dont on ne sait trop que faire au retour.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

Au terme du parcours, le jihadisme français n'apparaît pas comme un bloc, mais comme une succession de vagues qui se répondent et se déforment. Le réseau algérien des années 1990, le tournant individuel de Merah, la machine de guerre de Daech, puis la dispersion en attaques isolées : chaque séquence a imposé à la France une nouvelle manière d'enquêter, de juger, de se protéger. Le livre rend sa place au temps long et à la précision des faits, contre les raccourcis qui dominent souvent le débat public. En croisant la preuve judiciaire et l'analyse des idéologies, il montre une menace vivante, qui s'adapte à ce qui la combat.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !