
Against The World
L'anti-mondialisme de l'entre-deux-guerres
Description
Un matin d'octobre 1929, Wall Street s'effondre, et en quelques semaines la nouvelle a fait le tour de la planète par câble sous-marin. Ce détail dit tout : le monde de 1929 est déjà un monde connecté, où une panique new-yorkaise ruine un négociant de Hambourg et un paysan argentin dans le même hiver. On imagine souvent la mondialisation comme un phénomène né avec le conteneur et internet. Faux. Dès la fin du XIXe siècle, marchandises, capitaux et migrants circulaient à une échelle que le XXe siècle mettrait des décennies à retrouver.
L'historienne américaine Tara Zahra raconte, dans un livre paru en 2023, ce qui s'est passé ensuite : le grand retournement. Entre 1918 et 1939, à peu près partout, des voix se sont levées pour dire que ce monde ouvert était une erreur, un piège, une machine à broyer les gens ordinaires. Frontières fermées, quotas d'immigration, retour à la terre, économies repliées sur elles-mêmes : l'anti-mondialisme n'est pas une réaction marginale de nostalgiques. C'est un mouvement de masse, transversal, qui a gagné.
Ce qui frappe chez Zahra, c'est qu'elle ne traite pas ce repli comme une bêtise de peuples effrayés. Elle le prend au sérieux comme projet — porté par des gens qui avaient de bonnes raisons de se méfier d'un système qui promettait la prospérité et livrait le chômage, l'exil et la guerre. Comprendre pourquoi ils ont voulu refermer les portes en dit long sur les portes qu'on rouvre et referme aujourd'hui.
La question que l’on se pose : Pourquoi, entre les deux guerres, tant de sociétés ont-elles voulu se déconnecter d'un monde qu'on croyait irréversiblement ouvert — et qu'est-ce que ce refus dit de la mondialisation elle-même ?Ce que l’on va voir : Comment une première mondialisation triomphante a nourri, par ses propres promesses déçues, les mouvements qui allaient la démonter.












