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Pourquoi le travail social ?

Pourquoi le travail social ?

Saül Karsz

À quoi sert vraiment le travail social

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Description

Un éducateur passe sa journée auprès d'ados placés, une assistante sociale remplit des dossiers d'aide au logement, un conseiller accompagne un chômeur longue durée vers un énième atelier CV. On range tout ça dans la même case : le travail social. Un vaste secteur qui emploie en France plus d'un million de personnes, et qui se raconte volontiers une histoire simple sur lui-même : il aide, il accompagne, il est là pour les plus fragiles. L'intention est noble, et personne n'a envie de la discuter.

C'est précisément ce consensus que Saül Karsz, sociologue et philosophe qui a longtemps formé des travailleurs sociaux, prend de front. Son bouquin, Pourquoi le travail social ?, ne demande pas comment mieux aider. Il demande une chose plus gênante : à quoi sert vraiment cette activité, pour quoi et pour qui. Karsz refuse l'évidence du cœur sur la main. Derrière le vocabulaire chaleureux de l'accompagnement, il cherche ce qui se joue réellement quand un professionnel s'occupe de la misère des autres.

Son pari : tant qu'on ne regarde pas ce que le travail social fait concrètement — et pas seulement ce qu'il croit faire — on se condamne à répéter des gestes dont on ne maîtrise ni le sens ni les effets. Il y a là une invitation à retourner le miroir, à décrypter un métier qui parle beaucoup des autres et très peu de sa propre fonction.

La question que l’on se pose : À quoi sert vraiment le travail social, au-delà de la bonne volonté qu'il affiche ?Ce que l’on va voir : Comment Karsz démonte les évidences d'un métier pour en exhumer ce qu'il fait réellement à la société.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Trois figures qui se partagent le même métier

Karsz commence par un constat tout simple : « le » travail social n'existe pas au singulier. Sous le même mot cohabitent des manières de concevoir le métier qui n'ont presque rien en commun. Pour les démêler, il propose de distinguer plusieurs figures — des façons typiques de se représenter ce qu'on fait et pourquoi on le fait. Trois d'entre elles dominent le terrain, souvent chez un même professionnel, parfois dans une même journée, sans qu'il s'en rende compte.

La première, c'est la charité. Héritière directe de l'assistance religieuse, elle voit dans la personne aidée un pauvre, un nécessiteux, quelqu'un à secourir par bonté. Le moteur est le don, la compassion, parfois un certain sens du sacrifice. Elle a une générosité réelle, mais elle maintient l'autre dans la position de celui qui reçoit et n'a rien à rendre. La deuxième figure, la plus répandue aujourd'hui, c'est l'aide. Plus laïque, plus technique, elle parle d'accompagnement, de projet, d'autonomie. Elle veut rendre l'autre acteur de sa propre vie. Généreuse elle aussi, mais Karsz note qu'elle suppose toujours un déficit à combler chez la personne : il lui manquerait des compétences, des repères, une motivation.

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02

Chapitre 2 — Le travailleur social ne travaille pas sur rien

La question paraît naïve : sur quoi travaille un travailleur social ? Sur des gens, évidemment. Karsz la reprend au sérieux parce que la réponse spontanée masque l'essentiel. On ne travaille jamais sur une personne brute, mais sur une certaine lecture de cette personne — sur ce qu'on a décidé, consciemment ou non, qu'elle était et qu'il fallait changer chez elle.

Prenons une mère seule en difficulté avec ses enfants. Un professionnel peut la voir comme une femme débordée qu'il faut soutenir matériellement. Un autre, comme une mère défaillante qu'il faut évaluer et encadrer. Un autre encore, comme la victime d'une précarité qui dépasse largement son cas. Trois lectures, trois interventions radicalement différentes, pour la même femme assise en face. Ce que Karsz appelle, en reprenant un vocabulaire d'inspiration marxiste et psychanalytique, l'objet du travail social, c'est précisément cette construction. Le matériau sur lequel on agit n'est jamais donné : il est produit par le regard qu'on pose, et deux regards ne produisent pas la même personne.

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03

Chapitre 3 — La question « pour quoi ? » que le métier évite de poser

Tout le livre tient dans le titre, et Karsz insiste sur une nuance de langue qu'on lit trop vite. Non pas « pourquoi » en un mot, qui réclame une justification — on fait du travail social parce que les gens souffrent. Mais « pour quoi », en deux mots, qui réclame une direction : vers quoi tendons-nous, quel résultat visons-nous, quel monde cette activité contribue-t-elle à fabriquer. C'est la question des fins, et c'est elle qu'on escamote le plus volontiers.

Car le métier a développé une parade efficace : il se réfugie dans les moyens. On parle sans fin de méthodes, d'outils, de dispositifs, de bonnes pratiques, de référentiels de compétences. On évalue, on mesure, on reporte. Toute cette technicité, souligne Karsz, a une fonction latente : occuper le terrain pour éviter la question embarrassante de la finalité. Mieux vaut se demander comment bien accompagner que vers quoi on accompagne, car la seconde question oblige à choisir et à assumer. La première, elle, se laisse perfectionner à l'infini sans jamais engager personne.

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04

Chapitre 4 — Une activité politique qui n'ose pas dire son nom

Là où Karsz devient le plus tranchant, c'est quand il tire le fil jusqu'au bout : le travail social est une activité politique, qu'il le veuille ou non. Non pas politique au sens des partis, mais au sens où il intervient directement sur les rapports sociaux, sur la place que chacun occupe dans la société et sur la manière dont cette place est tenue pour acceptable ou pas.

Quand un professionnel aide quelqu'un à accepter une situation d'exclusion, à faire avec, à ne pas trop déborder, il participe à reproduire l'ordre qui produit cette exclusion. Quand il aide à nommer l'injustice, à s'organiser, à contester, il participe à autre chose. Dans les deux cas il agit sur le social, il ne l'observe pas. Le travail social est un opérateur, un rouage dans la gestion de ce que la société fait de ses pauvres, de ses malades, de ses marginaux. C'est une fonction d'État, même quand il s'exerce dans une petite association de quartier financée sur fonds publics.

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05

Conclusion

Pourquoi le travail social ? La réponse de Karsz n'est pas une recette ni un programme. C'est un déplacement du regard. Tant qu'on se contente de dire qu'on aide, on reste aveugle à ce qu'on fait vraiment : on construit un objet de travail à partir d'une représentation, on sert une finalité qu'on n'a pas choisie, on pèse sur des rapports sociaux qu'on prétend seulement accompagner. Le livre ne reproche pas aux professionnels leur engagement — il leur demande de l'instruire, de savoir ce qu'ils défendent quand ils croient simplement bien faire.

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