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Couverture de 'La societe dexposition'

La Société d’exposition

Bernard E. Harcourt

Comment la société moderne expose-t-elle notre intimité ?

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Description

Nous vivons aujourd’hui dans une société d’affichage et d’exhibition que l’auteur nomme « société d’exposition ».

Et, dans cette société, la majorité de ceux qui se trouvent du bon côté de la fracture numérique, utilisant Facebook et Twitter, Google et Instagram, achetant sur Amazon et consommant des produits Apple, sont devenus aveugles et sourds face aux dangers de la transparence virtuelle et du Big data.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

À l’heure du Big Data et des algorithmes de recommandation, alors que la NSA américaine et les services secrets des grandes puissances anglo-saxonnes (États-Unis, Grande-Bretagne, Canada, Australie, Nouvelle-Zélande) sont branchés sur les câbles sous-marins de télécommunications comme sur Google et Facebook, qu’en est-il réellement non seulement de notre vie privée, mais encore de nos libertés démocratiques ?

C’est la question que pose l’auteur tout au long d’un ouvrage qui doit beaucoup à Michel Foucault, à ses concepts de « société punitive », de « société disciplinaire » et de « société de surveillance ». Une dette et une filiation que l’auteur non seulement assume, mais même revendique, ne se privant pas de rendre hommage, à cette figure majeure du paysage intellectuel de la seconde moitié du XXe siècle.

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02

La société d’exposition

Bernard E. Harcourt affirme avec force dans l’ouvrage que les catégories conceptuelles développées par deux des penseurs modernes les plus importants ne s’appliquent plus à notre société. Nommément, notre société ne serait plus une « société du spectacle », pour reprendre le concept et l’expression forgés par Guy Debord à la fin des années 1960, ni une société disciplinaire et punitive comme le pensait Michel Foucault dans les années 1970.

Notre société n’est pas non plus un épigone de la société décrite par George Orwell dans son roman 1984, paru en 1949 : en effet, elle est fondée sur le plaisir et le fait d’aimer, de « liker » ainsi que par une attirance irrésistible qui suscite l’envie et le désir, et non pas sur la haine, la contrainte et la coercition comme dans le livre d’Orwell.

Non, notre société est pour l’auteur une « société d’exposition » : une société où tous les aspects de notre vie peuvent être suivis à la trace et contrôlés, de nos dépenses par carte bancaire à nos appels depuis des téléphones mobiles en passant par les sites consultés à partir de nos ordinateurs.

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03

Les six com­man­de­ments de la « société d’exposition »

Pour Bernard E. Harcourt, la société d’exposition peut se définir par un certain nombre de caractéristiques qui forment comme autant de commandements.

La transparence virtuelle tout d’abord. La transparence à laquelle nous condamne la société d’exposition est d’un type tout à fait nouveau. Elle n’est en effet ni littérale ni phénoménale, en ce sens où nous ne sommes pas confrontés à une surface transparente (transparence littérale) ni à la transparence en tant que fait physique (transparence phénoménale). Non, avec la société d’exposition, c’est notre identité numérique, notre « moi numérique » pour reprendre l’expression de l’auteur, qui fait lui seul et tout entier l’objet de cette transparence.

La séduction virtuelle ensuite. Le plaisir et le désir sont les deux vecteurs principaux, sinon uniques, qui permettent le savoir total que la société d’exposition exerce sur nous, au point que notre « moi numérique » en vient à remplacer, ou à récapituler et résumer, à la fois notre « moi physique », notre « moi mental » et notre « moi social ».

L’opacité phénoménale pour continuer. En effet, alors que nous nous exposons sans retenue aucune, et ce de plus en plus, sur les médias sociaux, ceux qui nous surveillent, par voyeurisme (autres membres des réseaux sociaux) ou par nécessité professionnelle, parce que c’est leur métier (publicitaires, agents des services de renseignement…) n’ont à l’inverse de cesse de dissimuler le plus soigneusement possible leur espionnage et de ne pas partager leurs informations.

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04

L’Apple Watch, une icône de la société d’exposition

Les GAFA (Google-Apple-Facebook-Amazon) se trouvent bien évidemment au principe de la société d’exposition. Ils l’ont créée, ils en vivent, ils la propagent sur toute la surface du globe, ils tendent, chaque jour un peu plus, à la rendre irréversible et à faire en sorte que personne ne puisse échapper à son emprise tentaculaire, de New York au Botswana, de Shanghai à la Papouasie-Nouvelle-Guinée.

Et c’est l’un des GAFA justement, Apple, qui est à l’origine du produit phare de la société d’exposition, un objet dont on peut sans risque avancer qu’il en constitue une sorte d’icône absolue, tant ses caractéristiques sont en phase avec les visées de la société d’exposition. Cet objet, c’est l’Apple Watch, la montre connectée d’Apple, qui fait bien plus que donner l’heure.

La publicité pour l’Apple Watch fait évidemment tout pour susciter le désir de porter à son poignet (d’exhiber ?) cet objet fétiche des « hipsters ». Appareil hyper technologique, doté d’un « moteur haptique », de quatre verres saphir, de LEDs et de photodétecteurs, l’Apple Watch permet, en toute impudeur, de révéler son être le plus intime.

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05

Le marché des données per­son­nelles

La société d’exposition se caractérise notamment pour Bernard E. Harcourt par la disparition progressive et insensible des frontières entre l’État, l’économie et la société. C’est l’un de ses traits distinctifs majeurs, qui constitue également l’un de ses travers principaux, en raison du risque de totalitarisme rampant que cette évolution porte en soi.

Au cœur et au carrefour de cette confusion croissante entre État, économie et société se trouve le marché des données personnelles. Exploitées à la fois par l’État (police et services de renseignement bien entendu, mais aussi, beaucoup plus prosaïquement, état civil ou sécurité sociale) et l’économie (réseaux sociaux au premier chef, mais aussi grande distribution et par-dessus tout publicité sous toutes ses formes), les données personnelles constituent la ressource fondamentale de la société d’exposition, un peu ce que le pétrole a constitué pour la société de la deuxième révolution industrielle ou le charbon et la vapeur pour la société de la première révolution industrielle.

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06

Résistance numérique et déso­béis­sance politique

La bataille est-elle perdue ? Face au défi posé par la nouvelle forme de pouvoir, potentiellement et actuellement totalitaire, issue du numérique, le citoyen est-il condamné à être entièrement désarmé et à subir ?

Ce n’est pas ce que pense Bernard E. Harcourt, qui propose plusieurs pistes de résistance. La première : une compréhension plus intime et une réflexion approfondie sur la « société de surveillance » que constitue la société d’exposition, afin de pouvoir avoir un minimum de prise sur cette dernière par le biais de la connaissance.

Agir sur le réel, donc, après avoir posé le diagnostic le plus pertinent possible sur la situation qui est la nôtre actuellement en matière de libertés, publiques et privées. C’est tout l’objet de l’ouvrage, qui à ce titre se veut un jalon dans cette forme de résistance et de désobéissance.

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07

Conclusion

Pour Bernard E. Harcourt, la société d’exposition n’est que la première parmi une série d’étapes qui mènent, sûrement, vers une nouvelle manière de gouverner. Cette nouvelle manière de gouverner, c’est une politique tirée des manuels, de l’idéologie et des pratiques de la contre-insurrection.

Et, pour l’auteur, cette nouvelle manière de gouverner est déjà une réalité, aux États-Unis tout du moins. Car la politique, extérieure comme intérieure, de Donald Trump, depuis son accession au pouvoir, est entièrement fondée sur une approche et sur des méthodes contre-insurrectionnelles. Ainsi, des assassinats ciblés par drones qui sont devenus monnaie courante en passant par toutes les techniques et les pratiques de terreur (torture, détention pour une durée indéterminée, notamment à Guantanamo Bay, exécutions sommaires) inaugurées par George W. Bush, maintenues par Barack Obama et plébiscitées par Donald Trump, c’est toute la palette des tactiques et des logiques de la contre-insurrection qui est utilisée par l’Oncle Sam.

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08

Zone critique

Le principal reproche que l’on peut adresser à cet ouvrage tient à son angélisme. En effet, au vu des développements techniques les plus récents, notamment en matière d’intelligence artificielle, ainsi qu’au vu des offensives toujours renouvelées et approfondies des services secrets des grandes puissances dans le domaine de la surveillance, il est quelque peu naïf, pour ne pas dire plus, de croire, comme le fait l’auteur, qu’une mobilisation des citoyens à la suite d’une prise de conscience des problèmes que pose la société d’exposition puisse à elle seule être suffisante pour faire diminuer l’ombre portée du totalitarisme mou qui non seulement pèse sur nos sociétés, mais surtout, comme le diagnostique avec talent Bernard E. Harcourt, est d’ores et déjà un fait accompli.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Bernard E. Harcourt, La Société d’exposition, Paris, Le Seuil, 2020.

Du même auteur – L’Illusion de l’ordre, Paris, Descartes & Cie, 2006.

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