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Couverture de 'Du changement dans lecole'

Du changement dans l’école

Antoine Prost

Les réformes de l’éducation de 1936 à nos jours

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Description

Il est communément admis que l’Éducation nationale ne peut pas être réformée. Selon les commentateurs, l’impossibilité du changement est liée à sa taille (« le mammouth »), à sa complexité (« l’usine à gaz »), ou à la puissance des syndicats. Pourtant, elle a beaucoup changé depuis 1936.

C’est ce paradoxe qu’éclaire Antoine Prost, retraçant l’histoire des réformes depuis celles de Jean Zay au temps du Front populaire jusqu’à celles de François Fillon en 2005. Certaines ont suscité la polémique et fait beaucoup de bruit, d’autres sont passées inaperçues ; les unes ont été réalisées par des lois, d’autres par des circulaires et décrets. Le changement prit ainsi de multiples visages, que l’historien examine scrupuleusement.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Passant en revue les différentes réformes de l’éducation depuis 1936, Antoine Prost tente d’expliquer pourquoi certaines ont réussi et d’autres échoué, proposant, dans cet état des lieux, de déterminer lesquelles ont atteint ou non l’objectif qui leur était assigné. L’historien revisite ainsi les principaux épisodes de l’histoire de notre enseignement : le Front populaire, la Libération, les années de Gaulle, puis les ministères socialistes d’Alain Savary, Jean-Pierre Chevènement et Lionel Jospin. Il évalue également le rôle des divers acteurs (politiques, administrateurs, commissions et syndicats) dans le processus de transformation de l’Éducation nationale.

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02

De 1936 à la Libération

Jean Zay était ministre de l’Éducation nationale sous le Front populaire : la première mesure qu’il fit adopter à son arrivée aux responsabilités fut le passage de l’école obligatoire de 13 à 14 ans (loi du 9 août 1936). Puis il entreprit de faire aboutir la réforme de l’école unique : il souhaitait notamment un aménagement du certificat d’études primaires pour qu’il puisse être passé à 11 ans par les candidats à l’enseignement secondaire. De même, les maîtres du premier degré devraient désormais posséder le baccalauréat, et les écoles normales devenir des écoles professionnelles pour apprendre les métiers de l’enseignement.

Sans attendre le vote de son projet de réforme par une chambre des députés hostile, Jean Zay réalisa par décrets ou arrêtés ce qui pouvait l’être. Il réorganisa ainsi l’administration du ministère, unifia les programmes et créa des classes expérimentales de 6e d’orientation à la rentrée 1937. C’était la première fois que le ministère entreprenait une expérience d’une telle ampleur. Le ministre en lança d’autres, notamment pour introduire un après-midi d’éducation physique dans l’enseignement primaire, ce qui révéla l’insuffisance des équipements sportifs et l’impréparation des maîtres.

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03

Des réformes majeures du secondaire

La loi du 31 décembre 1959, dite « loi Debré », du nom du Premier ministre qui la défendit devant l’Assemblée nationale, fut, dans l’histoire du système éducatif français, une rupture majeure. Elle marquait la fin d’une conception de la laïcité qui remontait à 1905, en instaurant des contrats avec les établissements privés. L’État prendrait désormais en charge le personnel qualifié, assurant la formation et la rémunération des enseignants.

À l’Assemblée, les discussions se cristallisèrent autour de l’article qui mentionnait le total respect de la liberté de conscience : les catholiques le refusaient et Debré accepta qu’il soit éventuellement amendé, ce qui contraria le ministre de l’Éducation nationale, André Boulloche, qui y vit l’annonce d’autres reculs et démissionna.

Les laïcs se sont rapidement élevés contre ce qu’ils considéraient comme un « coup d’État », s’opposant à toute subvention de l’enseignement privé, dans laquelle ils voyaient une violation des principes mêmes de la République. Une immense campagne de pétition mobilisa, en 1960, les instituteurs qui, après la classe, allaient visiter les parents d’élèves pour leur expliquer leur refus de la loi, les convaincre et recueillir leur signature. Ils en réunirent ainsi 10 813 697, soit plus de la moitié du corps électoral. Mais cette campagne sans précédent, clôturée par un grand rassemblement à Vincennes le 19 juin 1960, resta sans effet et les établissements privés sous contrat virent le jour.

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04

La refondation des universités

Les années 1960 furent, pour les universités françaises, une période de forte croissance : entre 1960 et 1968, leur effectif augmenta d’environ 40 000 étudiants par an, soit entre 10 et 15 % d’étudiants en plus chaque année.

Les gouvernements avaient donc entrepris de construire des locaux pour accueillir, même imparfaitement, les nouveaux étudiants. Amorcé sous la IVe République, ce mouvement permit de nouvelles implantations parisiennes, notamment la faculté de Nanterre pour les lettres et le droit, en, 1964. En province, des villes furent pourvues de collèges universitaires (établissements supérieurs dont l’enseignement était limité aux deux années du premier cycle, sans recherche), comme Amiens, Pau ou Perpignan, si bien que l’on dénombre, en 1968, 40 villes universitaires contre 24 en 1939. Cette décentralisation répondait aux vœux des collectivités locales, qui la finançaient très largement. Elle visait également à freiner la croissance des facultés parisiennes, qui accueillaient alors le tiers des étudiants.

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05

La création des bac­ca­lau­réats pro­fes­sion­nels

Le 22 mai 1985, le Premier ministre, Laurent Fabius, annonça à la télévision la décision d’élever massivement le niveau de formation des jeunes générations en créant un nouveau diplôme, le baccalauréat professionnel, et en fixant comme objectif de conduire 80 % du groupe d’âge « au niveau du baccalauréat » en l’an 2000.

Ce diplôme répondait à plusieurs objectifs, notamment la qualification d’une meilleure main-d’œuvre : Laurent Fabius et son ministre de l’Éducation, Jean-Pierre Chevènement, étaient totalement persuadés qu’un effort significatif était indispensable pour affronter la concurrence internationale. Cela devait également permettre de lutter contre le chômage, en gardant dans le système éducatif quelques centaines de milliers de jeunes pour qu’ils n’entrent pas sur un marché du travail en pleine contraction. Antoine Prost précise à ce propos qu’effectivement, de 1985 à 1990, le nombre de chômeurs a diminué symétriquement à la hausse des effectifs des lycées.

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06

Le socle commun

À la fin du XXe siècle, le système éducatif conservait globalement la structure qui avait été achevée par la réforme de 1985. Le débat public tournait essentiellement autour de la question du collège unique et de son principal échec : 10 à 15 % des élèves entraient en 6e sans disposer des bases nécessaires pour pouvoir suivre correctement leur scolarité. L’école primaire demeurait incapable de réduire ces échecs.

À gauche, on cherchait des solutions pédagogiques pour sauver le collège unique ; à droite, on proposait d’en finir avec lui et de rétablir les filières. Les difficultés étaient accrues par la violence qui se dégageait dans une grosse minorité d’établissements : les parents s’efforçaient de fuir les collèges les plus perturbés, et les disparités sociales s’aggravaient.

En 2004, le rapport Thélot introduisit la notion de « socle commun », appelant à relever le défi que lançaient au système éducatif les mauvais élèves. Ce socle n’était pas défini à partir des seules connaissances, mais d’un ensemble beaucoup plus large de compétences et de règles de comportement jugées indispensables à une vie sociale et personnelle réussie. Les critiques furent vives et des syndicats enseignants dénoncèrent un formatage des comportements et une école tirée vers le bas.

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07

Conclusion

Cet ouvrage propose de revenir sur l’idée reçue selon laquelle l’école serait impossible à réformer. Il prouve que l’institution a été, de nombreuses fois, remodelée depuis 1936, et parfois en profondeur. Il offre également une réflexion sur les enseignements à tirer des expériences passées et se place en ce sens à mi-chemin de l’histoire et de la sociologie.

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08

Zone critique

L’ouvrage proposé n’est ni une thèse ni un manuel universitaire. Il ne prétend pas aborder tous les aspects de l’histoire des réformes menées de 1936 à 2005, mais se concentre sur quelques cas, qu’Antoine Prost explique et analyse. Si les démonstrations sont généralement convaincantes, l’historien est moins persuasif lorsqu’il s’agit de mesurer la réussite ou les échecs de telle ou telle réforme, car il ne mentionne pas les éléments historiques et sociologiques qui lui permettent d’en arriver à ces conclusions. Il reconnaît d’ailleurs la difficulté de l’exercice en conclusion de l’ouvrage.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Antoine Prost, Du changement dans l’école. Les réformes de l’éducation de 1936 à nos jours, Paris, Seuil, 2013.

Du même auteur – Éloge des pédagogues, Paris, Seuil, 1985. – Éducation, société et politiques. Une histoire de l’enseignement en France de 1945 à nos jours, Paris, Seuil, 1992. – Douze leçons sur l'histoire, Paris, Éditions du Seuil, coll. « Points histoire », 1996. – Carnets d’Algérie, Paris, Tallandier, 2005. – La Grande Guerre expliquée à mon petit-fils, Paris, Seuil, 2005. – Autour du Front populaire. Aspects du mouvement social au XXe siècle, Paris, Seuil, 2006. – Écrire du front. Lettres de Maurice Pensuet (1915-1917), Paris, Tallandier, 2010. – Les Anciens Combattants (1914-1940), Paris, Gallimard, 2014. – Avec Gerd Krumeich, Verdun, 1916. Une histoire franco-allemande de la bataille, Paris, Tallandier, 2017. – Les Français de la Belle Époque, Paris, Gallimard, 2019.

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