Open
Agassi, le tennis et sa haine du jeu
Description
La première phrase du livre tient en huit mots : « Je déteste le tennis. » Elle est signée André Agassi, huit titres du Grand Chelem, médaille d'or olympique, l'un des rares à avoir gagné les quatre tournois majeurs. On ouvre une autobiographie de champion en s'attendant à la passion, au rêve de gosse, à la balle magique. On tombe sur l'inverse : un homme qui a passé trente ans à exceller dans un sport qu'il abhorre, parce qu'on ne lui a jamais demandé son avis.
Open, paru en 2009 et écrit avec le journaliste J.R. Moehringer, n'est pas le récit d'une vocation. C'est celui d'une assignation. À sept ans, dans un jardin de Las Vegas, Agassi frappe déjà des milliers de balles par jour face à une machine que son père a trafiquée pour cracher plus fort, plus vite. Le tennis n'est pas son choix. C'est le projet d'un autre, posé sur ses épaules avant qu'il sache lire correctement une partition de sa propre vie.
Le livre a fait du bruit, et pas seulement pour sa phrase d'ouverture. Agassi y raconte sans fard la drogue, la perruque qui cachait sa calvitie pendant les finales, le vide d'une gloire qu'il n'a pas désirée. Mais sous les scandales, il y a une question plus simple et plus dérangeante, celle qui tient tout le bouquin de bout en bout.
La question que l’on se pose : Que devient un homme qui atteint le sommet d'une discipline qu'il n'a jamais voulu pratiquer ?Ce que l’on va voir : De l'enfant dressé par son père à l'homme réconcilié de justesse, le portrait d'une excellence bâtie sur un rejet.
Sommaire
01 Chapitre 1 — Un gamin, un dragon et vingt-cinq mille balles par an
Tout commence dans le désert, derrière une maison modeste de Las Vegas. Mike Agassi, le père, ancien boxeur venu d'Iran, a une idée fixe : fabriquer un champion. Pas espérer, pas encourager. Fabriquer. Il a déjà essayé avec ses aînés, sans le résultat espéré. André est le dernier, le cadet, celui sur qui tout va reposer. Le projet est décidé avant même que l'enfant ait son mot à dire.
Au fond du jardin trône une machine à balles que Mike a bricolée lui-même, débridée pour envoyer les balles plus vite et plus bas que n'importe quel modèle du commerce. L'enfant l'appelle le dragon. Chaque jour, le dragon crache ses projectiles, et André doit tout renvoyer. Le compte est précis dans son souvenir : près de deux mille cinq cents balles par jour, ce qui fait, sur une année, autour d'un million. Le père a fait le calcul à voix haute : un million de balles par an, et à ce rythme, impossible de rater son destin.
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02 Chapitre 2 — L'académie de Bollettieri, ou le pensionnat-caserne
À treize ans, André quitte Las Vegas pour la Floride et l'académie de Nick Bollettieri, à l'époque la fabrique à champions la plus réputée du tennis mondial. Le père n'a plus les moyens d'aller plus loin tout seul ; il confie donc son fils à une institution qui promet de parachever le travail. Pour l'adolescent, c'est un déracinement sec. Il arrive dans un lieu qu'il décrit comme un croisement entre une prison et un camp d'entraînement, où des dizaines de jeunes s'entraînent du matin au soir pour une poignée de places au sommet.
Le quotidien y est militaire. Lever tôt, courts à perte de vue, scolarité expédiée, pression permanente. Agassi raconte un endroit où l'on ne grandit pas, où l'on se classe. Les élèves sont des numéros dans une hiérarchie de résultats, et la chaleur humaine y est une denrée rare. Lui, qui n'a jamais choisi le tennis, se retrouve enfermé dans un monde qui ne parle que de ça, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. L'assignation paternelle s'est muée en système, plus froid encore.
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03 Chapitre 3 — Le look, le mensonge et l'homme qui gagnait en se détestant
Au début des années 1990, Agassi est une star planétaire autant par son jeu que par son allure. Le slogan d'une marque d'appareils photo qu'il incarne résume son image : « l'image est tout ». Phrase terrible pour un homme dont toute l'existence repose sur un décalage entre ce qu'on voit et ce qu'il est. Dehors, le rebelle flamboyant, le rock star du tennis. Dedans, un type qui monte sur le court en traînant les pieds, et qui perd parfois des matchs qu'il pourrait gagner, par lassitude plus que par faiblesse.
Le plus révélateur de ce chapitre tient à un secret longtemps gardé. Agassi, jeune, perdait ses cheveux et portait un postiche. Il raconte la terreur, lors d'une finale de Roland-Garros en 1990, à l'idée que sa perruque, mal fixée, se détache en plein match. Il avoue avoir joué en priant pour qu'elle tienne, l'esprit moins sur la balle que sur ce morceau de lui-même qui menaçait de tomber. L'image, encore, qui prend le pas sur le jeu, jusqu'à l'absurde.
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04 Chapitre 4 — Haïr son métier et le faire quand même
Ce que raconte Open dépasse de loin le tennis, et c'est sans doute pour ça que le livre a parlé à tant de lecteurs qui n'ont jamais tenu une raquette. Agassi met des mots sur une expérience très répandue et rarement avouée : réussir brillamment dans une voie qu'on n'a pas choisie. Beaucoup de gens font tous les jours un métier décidé par un parent, un contexte, un enchaînement de circonstances, et le font bien, et n'osent pas dire qu'ils n'en voulaient pas. Le champion ne fait qu'exposer en grand ce que beaucoup vivent en silence.
Le livre refuse pourtant la lecture facile où le talent justifierait tout. Agassi démonte l'équation selon laquelle être doué pour une chose signifierait être fait pour elle. Il était doué pour le tennis, incontestablement. Ça ne l'a jamais réconcilié avec lui. Le don n'est pas un désir, et confondre les deux, c'est enfermer un enfant dans une vie qu'il n'habitera jamais pleinement. Son histoire interroge l'idée même de vocation, cette fiction confortable qui voudrait que nos aptitudes révèlent qui nous sommes.
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05 Conclusion
Le livre se referme à peu près comme il s'ouvre, sur une ambivalence que l'auteur n'essaie jamais de lisser. Agassi a gagné presque tout ce qu'on pouvait gagner, et il n'a jamais aimé le jeu qui lui a tout donné. La phrase du début n'était pas une provocation d'éditeur : c'était le constat sincère d'un homme qui a passé trois décennies à frapper des balles pour honorer un projet qui n'était pas le sien, et à chercher, sur le tard, de quoi le rendre vivable.
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