Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Les Fondements De La Pensee De Rumi

Les Fondements De La Pensee De Rumi

Şefik Can

Rûmî dans la tradition mevlevie

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Konya, milieu du XIIIᵉ siècle. Un professeur de droit respecté, entouré de disciples, croise un derviche errant au regard dur, un certain Shams de Tabriz. De cette rencontre, le juriste ressort transformé — il abandonne ses cours, se met à tourner sur lui-même dans les rues, et à dicter des vers qu'on recueille comme on recueille de l'eau. L'homme s'appelle Djalâl ad-Dîn Rûmî. Huit siècles plus tard, il reste l'un des poètes les plus lus de la planète, de l'Iran aux librairies californiennes. Mais derrière les vers qu'on cite sur les cartes postales, il y a une pensée entière, dense, cohérente.

C'est cette architecture qu'un maître turc du XXᵉ siècle, Şefik Can, lui-même héritier de la confrérie fondée au nom de Rûmî, a passé sa vie à décrypter. Son travail ne cherche pas à faire de Rûmî un sage à aphorismes. Il remonte aux sources — le grand poème du Masnavî, le recueil de Shams, les propos rapportés — pour montrer comment l'amour, la séparation et le retour à l'origine tiennent ensemble dans un même système. Et comment ce système ne vit pleinement que porté par une pratique : le tournoiement des derviches.

On entre ici dans un territoire où la poésie n'est pas décorative et la philosophie pas abstraite. Rûmî pense avec des images — le roseau coupé, l'amant et l'aimé, la goutte et l'océan — parce que, selon lui, ce dont il parle échappe au raisonnement pur. Le suivre, c'est accepter que l'idée et l'émotion avancent ensemble, et qu'une doctrine puisse se transmettre autant par le corps que par le livre.

La question que l’on se pose : Sur quoi repose vraiment la pensée de Rûmî, au-delà des vers qu'on en retient, et pourquoi tient-elle encore debout huit siècles plus tard ?Ce que l’on va voir : Comment un juriste devenu poète a bâti toute une vision du monde autour de l'amour et du manque, et pourquoi cette vision a fini par se transmettre en tournant.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un juriste de Konya qui devient poète de l'amour

Rûmî naît vers 1207 à Balkh, dans l'actuel Afghanistan, dans une famille de savants religieux. La poussée mongole chasse les siens vers l'ouest ; après des années de route, ils s'installent à Konya, en Anatolie, alors terre du sultanat seldjoukide. Son père Bahâ ad-Dîn est un théologien reconnu, et le jeune Djalâl ad-Dîn suit la même pente : droit, théologie, prédication. Vers la trentaine, c'est un enseignant installé, prudent, entouré d'élèves. Rien ne laisse présager la rupture.

La rupture a un nom : Shams de Tabriz. Şefik Can insiste sur ce point, parce qu'il est souvent mal compris. Shams n'apporte pas à Rûmî un savoir qu'il n'aurait pas — Rûmî connaît déjà les textes. Il lui apporte un déplacement. Là où le juriste raisonnait sur Dieu, Shams l'amène à le vivre comme on vit une présence, une soif, un vertige. L'amitié entre les deux hommes est intense, exclusive, et elle scandalise les disciples jaloux. Shams disparaît une première fois, revient, puis disparaît définitivement vers 1247, probablement assassiné.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — L'amour comme force qui organise le monde

Au centre de tout, chez Rûmî, il y a l'amour — mais pas au sens sentimental où on l'entend aujourd'hui. Can prend soin de le préciser : l'amour dont parle Rûmî, l'ishq, est une force cosmique, le principe même qui met l'univers en mouvement. Les sphères tournent par amour, la graine pousse vers la lumière par amour, l'être humain cherche son origine par amour. Ce n'est pas une émotion parmi d'autres, c'est le moteur de tout ce qui existe.

Cette force a une direction. Tout ce qui est aime, et aime en remontant vers sa source. Le minéral aspire à devenir végétal, le végétal animal, l'animal humain, et l'humain aspire à quelque chose au-delà de lui-même. Rûmî décrit une sorte d'échelle des êtres parcourue par un seul élan ascendant. Mourir à un état inférieur n'est pas une perte mais un passage : « Je suis mort minéral et suis devenu plante », écrit-il à peu près — et il déroule la série jusqu'à l'homme, puis au-delà.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — La séparation, le roseau et le retour

Le Masnavî s'ouvre sur une image qui résume toute la pensée de Rûmî : « Écoute le roseau, comment il se plaint ; il raconte l'histoire des séparations. » Can y voit la clé de voûte de l'œuvre. Le roseau, pour faire une flûte, a été coupé de la roselière où il poussait. Son chant n'est rien d'autre que la plainte de cet arrachement. Chaque son qui en sort dit le manque de l'origine.

L'humain, pour Rûmî, est ce roseau. Il a été séparé de sa source — de Dieu, de l'unité première — et il porte en lui, sans toujours la reconnaître, la nostalgie du lieu d'où il vient. Tout le mal-être, toute l'inquiétude, toute la quête de l'être humain s'expliquent par cette coupure originelle. Et le vide que chacun tente de combler par mille choses n'est, au fond, que ce creux-là qui réclame son retour.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Une pensée qui se danse plus qu'elle ne se démontre

Ce que l'œuvre de Şefik Can rend visible, c'est qu'on ne comprend pas Rûmî si on le lit seulement comme un auteur. Sa pensée a produit une forme vivante : la confrérie mevlevie, fondée après sa mort par son fils Sultan Veled et ses proches, et dont Can fut lui-même un maître au XXᵉ siècle. Cette filiation n'est pas anecdotique. Elle dit quelque chose de la nature de la doctrine : certaines idées ne se transmettent pas uniquement par le commentaire, elles ont besoin d'un corps, d'un geste, d'un groupe.

Le geste, ici, c'est le semâ — le tournoiement des derviches. Ce n'est pas une danse au sens de spectacle, et Can tient à la distinction. Le derviche tourne une main ouverte vers le ciel, l'autre vers la terre : il reçoit d'en haut et redistribue vers le bas, tournant sur lui-même comme les planètes autour d'un centre. Tout ce qu'on a vu — l'amour qui fait tourner l'univers, la remontée vers la source, le manque transformé en mouvement — est là, rendu visible dans un corps qui tourne. La doctrine cesse d'être une proposition : elle devient une orientation physique.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

Les fondements de la pensée de Rûmî tiennent à une poignée d'intuitions reliées entre elles : l'amour comme moteur du monde, la séparation d'avec l'origine comme condition de l'être humain, le retour comme sens de toute une vie. Şefik Can montre que ces intuitions ne sont pas des aphorismes isolés mais un seul mouvement, qu'un juriste de Konya a découvert dans la perte d'un ami et déroulé pendant des années en vingt-cinq mille vers. Le roseau coupé qui se plaint, le papillon qui se jette dans la flamme, le derviche qui tourne : trois images d'une même chose, le manque devenu chemin.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !