
Le Traumatisme
Comprendre et guérir les traumatismes
Description
"Le Traumatisme" de Sándor Ferenczi est une compilation de textes qui abordent la notion de traumatisme psychique et ses effets sur l'individu. Ferenczi, un psychanalyste hongrois et contemporain de Freud, a apporté des contributions significatives à la compréhension du traumatisme, en le décrivant comme un choc qui peut provoquer une "psychose passagère" et une rupture avec la réalité. Il a exploré les réponses inappropriées des adultes face à l'enfant traumatisé et a souligné l'importance de l'écoute et de la bienveillance dans le traitement des traumatismes.
Ferenczi a également mis en évidence les mécanismes d'auto-clivage développés par le psychisme pour survivre au traumatisme, et a insisté sur la nécessité de revivre le trauma dans un environnement sécurisant pour permettre la guérison.
Sommaire
01Introduction : un clinicien « expert » dans le traitement des traumatismes
Ferenczi était réputé pour recevoir en consultation des individus dits « inanalysables », parmi lesquels des personnes gravement traumatisées. Il était en effet si convaincu des possibilités thérapeutiques offertes par l’approche psychanalytique que l’idée de renoncer à soigner ces patients difficiles était pour lui inconcevable.
Résolu à apprendre par ses patients eux-mêmes comment les accompagner, il s’est aventuré par l’analyse sur des terrains jusqu’alors inexplorés. Les résultats thérapeutiques obtenus lui ont permis de se distinguer rapidement en tant que spécialiste des problématiques afférentes au traumatisme.

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02Les conflits entre Freud et Ferenczi autour de la théorie du trauma.
L’œuvre de Ferenczi doit être située dans le contexte de sa relation avec Freud, qui demeura jusqu’à sa mort le destinataire symbolique de ses écrits. Depuis leur rencontre en 1908, Freud constitua pour Ferenczi une figure de référence : il fut son analyste, son maître et son ami. Leur correspondance presque quotidienne, les voyages effectués ensemble attestent de la réciprocité de ce lien affectif, cependant teinté d’ambivalence.
On sait que Freud fut embarrassé par les nombreuses demandes affectives, troublantes par leur caractère infantile, que lui adressaient Ferenczi. On sait également que la cure psychanalytique entreprise par Ferenczi avec Freud le troubla si profondément qu’il dut « reprendre » et « rectifier » ce travail avec un autre analyste. Mais c’est probablement au niveau de leurs conceptions cliniques et théoriques, en particulier autour de la question du traumatisme, qu’éclatèrent entre eux les plus violents conflits.

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03Le trauma, entre réalité et fiction
La notion de traumatisme appartient aux fondamentaux de la psychanalyse et sa théorisation a constitué l’objet d’enjeux déterminants. On sait que l’abandon de la méthode cathartique (hypnose) par laquelle Freud entendait alors guérir les patientes hystériques, en faisant remonter à la conscience les souvenirs de scènes traumatiques refoulées (censurées puis durablement exclues de la pensée), constitue l’acte inaugural de la psychanalyse.
Freud abandonne la notion de traumatisme pour faire prévaloir la notion de « réalité psychique » (c’est-à-dire l’imaginaire, la construction fantasmatique) dans la cure psychanalytique. Celle-ci s’oriente dès lors comme la recherche des désirs refoulés (et non plus des scènes traumatiques, des évènements réels) qui sont à l’origine de la formation des symptômes.
Les hystériques ne souffriraient donc pas selon Freud des conséquences d’un événement traumatique, mais de l’insistance de leurs désirs refoulés pour se réaliser de façon fantasmagorique. Sans pour autant abandonner complètement ni définitivement la notion de traumatisme, Freud place ainsi l’accent sur le rapport désir-interdit plutôt que sur la réalité factuelle pour expliquer ces phénomènes.

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04L’auto-clivage narcissique et l’identification à l’agresseur
Ferenczi décrit l’événement traumatique comme « un choc inattendu, non préparé et écrasant » ayant sur l’organisme l’effet d’un anesthésiant : cela se traduit par « l’arrêt de toute espèce d’activité psychique, joint à l’instauration d’un état de passivité dépourvue de toute résistance ».
Ce phénomène de paralysie physique et psychologique se produit lorsque la souffrance dépasse un seuil au-delà duquel l’esprit ne parvient plus à la supporter. La personne qui mobilisait jusqu’alors toutes ses forces pour maintenir « l’unité de sa personnalité » en se raccrochant à l’espoir que la torture psychologique ou physique finirait tôt ou tard par s’arrêter se « rend » sous l’effet de la violence : lorsqu’il semble que « cela ne vaut plus la peine de rassembler ces choses douloureuses en unité, on se fragmente en morceaux. Je ne souffre plus, je cesse même d’exister tout au moins comme moi global. ».
Le psychisme va élaborer une stratégie de défense consistant à suspendre temporairement l’activité de pensée et les investissements de la réalité (dont les sensations et les émotions) afin que celle-ci ne puisse plus l’impacter. La personnalité se fragmente, de façon à isoler durablement ce qui se rapporte au vécu traumatique : c’est cette opération que Ferenczi désigne par le concept « d’auto-clivage narcissique ». Une part de la personnalité continue de se développer comme si l'évènement n’était pas arrivé, ou n’avait eu aucun impact sur le plan psychologique. Une autre subsiste à l’état inerte, mortifiée par l’excès de souffrance.

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05Clinique psychanalytique du traumatisme
Pour Ferenczi, l’attitude qu’adoptent les adultes à l’égard de l’enfant qui a subi un choc psychologique joue un rôle absolument déterminant dans la formation du traumatisme.
Or, comme il l’écrit « ceux-ci font généralement preuve d’incompréhension psychique à un très haut degré […] ou bien réagissent par un silence de mort » : c’est-à-dire qu’ils font fréquemment subir à l’enfant une violence supplémentaire, celle du « désaveu ».
Le trauma sera d’autant plus pathogène que les personnes auxquelles se confie l’enfant le poussent à dénier ce qu’il a vécu et renforcent en lui un sentiment de culpabilité qui impulsera cette opération d’auto-censure que constitue le refoulement. Ces réactions produisent ainsi un renforcement « après-coup » de l’auto-clivage narcissique et contribuent à la formation de la névrose traumatique. La censure parentale est en effet « introjectée » (intégrée) dans le psychisme sous la forme d’une instance psychique particulière : le « surmoi ».
L’injonction au silence et le sentiment de culpabilité liés à la condamnation (jugement dépréciatif voire punition) de la victime par son entourage vont se répéter systématiquement par l’opération du surmoi, chaque fois qu’elle tentera d’ « abréagir » fantasmatiquement le trauma. Si la personne épuise ses forces psychiques à essayer de rejouer fantasmatiquement l’événement traumatique, c’est-à-dire à le remettre en scène dans son vécu actuel (sous une forme symbolique) afin de pouvoir s’en libérer, ce surmoi cruel se charge ainsi de tenir en échec chacune de ces tentatives.

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06Conclusion
La sensibilité particulière de Ferenczi à l’égard des traumatismes précoces est manifestement liée à son histoire personnelle, que celui-ci évoque à de multiples reprises sans pourtant préciser la nature de ce qu’il aurait lui-même subi. Nous savons que Ferenczi dût affronter précocement l’épreuve de la perte de son père (il avait 15 ans lorsque ce dernier est décédé), et qu’il aurait souffert de ne pas se sentir « accueilli » par sa mère.
« Confondu » dans une fratrie de onze enfants et ayant reçu de sa mère une éducation très stricte, allant pratiquement jusqu’à interdire toute forme de manifestations affectives au sein de la famille, Ferenczi écrit avoir souffert de cette absence de lien empathique.

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07Zone critique
Les conceptions théoriques et cliniques de Sándor Ferenczi ont été injustement discréditées par les psychanalystes freudiens durant plusieurs dizaines d’années, en raison de leur caractère non dogmatique.
C’est essentiellement aux efforts continuels du psychiatre et psychanalyste Michael Balint (1896-1970), qui fut son élève et son patient, que nous devons la (re)connaissance de son œuvre.

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08Pour aller plus loin
Ouvrage recensé
– Le traumatisme, Paris, Payot, coll. « Petite bibliothèque Payot », 2006.
Du même auteur
– L’enfant dans l’adulte, Paris, éditions Payot, coll. « Petite Bibliothèque Payot », 2006. – Journal clinique. Janvier-octobre 1932, Paris, Payot, coll. « Petite bibliothèque Payot », 1990. – Psychanalyse IV, Œuvres complètes, 1927-1933, Paris, Payot, coll. « Petite bibliothèque Payot », 1990.

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