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La naturaleza contra el capital

La naturaleza contra el capital

Kohei Saito, Javiera Mondaca

La nature contre le capital

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Description

Quand Marx meurt en 1883, il laisse derrière lui une montagne de papiers. Le deuxième et le troisième tome du Capital sont inachevés, Engels s'arrache les cheveux pour les mettre en forme, et une bonne partie du reste finit dans des malles : des dizaines de cahiers remplis d'une écriture serrée, où le vieil homme recopie des pages entières de livres de chimie agricole, de botanique, de géologie. Pendant plus d'un siècle, presque personne ne les lit. On range ça dans la catégorie « vieux Marx fatigué qui a arrêté d'écrire ».

Un philosophe japonais, Kohei Saito, a passé des années sur ces cahiers, édités tardivement dans l'édition historico-critique des œuvres complètes. Et il en tire une thèse qui dérange autant les marxistes orthodoxes que les écologistes : dans ses dernières années, Marx ne faisait pas que vieillir. Il refaisait ses comptes. Il lisait l'agronome Justus von Liebig, il s'inquiétait de l'épuisement des sols, et il commençait à douter de l'idée que les forces productives devaient grandir indéfiniment. Avec Javiera Mondaca, Saito en fait le socle d'un communisme de la décroissance.

L'enjeu n'est pas seulement universitaire. Si Saito a raison, le Marx qu'on croyait connaître — prophète de la machine, du progrès technique, de l'abondance libérée — n'est que la moitié de l'histoire. L'autre moitié dormait dans des carnets. Et elle parle directement de ce qu'on vit aujourd'hui, quand la croissance verte promet de tout concilier sans rien changer au fond.

La question que l’on se pose : Et si le dernier Marx avait tourné le dos à l'idée de croissance infinie — et que la preuve dormait dans des carnets jamais lus ?Ce que l’on va voir : On remonte aux cahiers écologiques de Marx pour suivre le fil qui mène, chez Saito, à un communisme sans croissance.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Des carnets oubliés dans une malle

Il faut imaginer Marx après 1868. Le premier tome du Capital est publié, mais la suite n'avance plus. Au lieu d'écrire, il lit — énormément, et pas ce qu'on attendrait d'un économiste. Il se plonge dans les traités d'agronomie, de chimie des sols, de minéralogie, de physiologie végétale. Il remplit cahier après cahier d'extraits recopiés à la main, annotés dans les marges. Ce sont les fameux carnets d'extraits, des milliers de pages qui n'ont jamais été intégrées à une œuvre publiée.

Longtemps, ces cahiers sont restés invisibles, au sens propre. Ils n'avaient pas été publiés. C'est l'édition MEGA — la Marx-Engels-Gesamtausgabe, projet monumental de publication intégrale des manuscrits — qui a commencé à les éditer, section par section, à un rythme lent, sur plusieurs décennies. Saito travaille à partir de ces volumes récents, ceux qui donnent enfin accès aux notes de sciences naturelles du dernier Marx. Avant, on en parlait comme d'une rumeur ; là, on peut les lire.

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02

Chapitre 2 — Le métabolisme rompu entre l'homme et la terre

Le mot-clé que Saito extrait de ces lectures, c'est métabolisme — Stoffwechsel en allemand. Marx l'emprunte à la chimie et à la biologie de son époque pour décrire l'échange permanent de matière entre les sociétés humaines et le reste de la nature. On prend à la terre, on transforme, on rend. Le travail humain, chez Marx, c'est d'abord ça : la médiation de cet échange métabolique. L'être humain n'est pas face à la nature, il est dedans, en circulation constante avec elle.

C'est là qu'intervient Liebig. L'agronome allemand avait montré que l'agriculture intensive du XIXᵉ siècle vidait les sols de leurs nutriments — azote, phosphore, potassium — sans les restituer. Les récoltes partaient nourrir les villes, les déchets s'accumulaient dans les métropoles au lieu de retourner aux champs, et la terre s'appauvrissait. Marx récupère l'idée et la généralise : le capitalisme creuse une « faille » dans le métabolisme entre l'humanité et la terre. Il prend plus vite que la nature ne peut reconstituer.

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03

Chapitre 3 — Le Marx qui a changé d'avis

Le jeune Marx, celui du Manifeste de 1848, avait une foi assez nette dans le développement des forces productives. Le capitalisme était certes injuste, mais il préparait le terrain : il industrialisait, il rationalisait, il créait l'abondance matérielle que le socialisme n'aurait plus qu'à récupérer et redistribuer. Dans cette vision, le progrès technique est globalement bon, et la croissance une base neutre dont on changerait seulement le propriétaire. C'est ce Marx-là que le XXᵉ siècle a surtout retenu — y compris les régimes productivistes qui se réclamaient de lui.

Saito soutient que les carnets racontent un autre Marx, plus tardif et moins confortable. À force de lire les agronomes, puis les travaux sur les communautés rurales non occidentales — notamment les communes paysannes russes —, Marx desserre sa confiance dans le schéma d'un progrès linéaire que tous les peuples devraient traverser. Il s'intéresse à des sociétés qui entretiennent un rapport durable, cyclique, à leur terre, sans passer par la case industrialisation. L'idée d'une seule voie obligatoire vers le communisme, celle qui passe par le plus de machines possible, commence à se fissurer.

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04

Chapitre 4 — La dé­crois­sance comme horizon communiste

De cette relecture, Saito tire une position qui ne se contente pas de commenter Marx : il propose un « communisme de la décroissance ». L'idée centrale est que la sortie de la crise écologique ne passe ni par une croissance « verte » qui garderait l'accumulation intacte, ni par un socialisme qui se contenterait de mieux partager une production toujours plus grosse. Il faut s'attaquer à la croissance elle-même — réduire volontairement le volume global de production et de consommation, en concentrant l'effort sur ce qui répond à des besoins réels plutôt que sur ce qui alimente le profit.

Ce qui rend l'argument gênant, au bon sens du terme, c'est qu'il touche un présupposé qu'on partage presque tous sans le questionner : l'idée que plus est forcément mieux, que l'économie doit croître ou mourir. Droite et gauche, pendant un siècle, se sont surtout disputées sur le partage du gâteau, en s'accordant tacitement pour le faire grossir. Saito pointe que cet accord-là est précisément ce que la planète ne peut plus encaisser. La décroissance, dans sa bouche, n'est pas une austérité imposée, mais le choix assumé de travailler moins, de produire moins de choses inutiles, de redonner du temps à ce qui se régénère lentement.

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05

Conclusion

Au départ, il y a des malles pleines de cahiers qu'on avait classés comme le travail d'un homme fatigué. Saito y lit l'inverse : un penseur qui, en lisant de la chimie des sols et des récits de communes paysannes, revoit sa copie sur la croissance et le rapport à la nature. Le Marx prophète des machines laisse place à un Marx inquiet de l'épuisement de la terre, qui n'a pas eu le temps de boucler sa révision mais en avait tracé la direction.

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