Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Wild Fell

Wild Fell

Concilier élevage et biodiversité

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

En 2012, un écologue nommé Lee Schofield débarque dans une vallée du nord de l'Angleterre pour gérer deux fermes que la RSPB, la grande organisation britannique de protection des oiseaux, vient de reprendre. Le décor est spectaculaire : les collines du Lake District, patrimoine mondial, cartes postales à perte de vue. Sauf que Schofield, lui, ne voit pas une carte postale. Il voit des pentes rases, une herbe tondue au ras du sol par des générations de moutons, des rivières redressées au cordeau, et un silence qui n'a rien de paisible — l'absence des oiseaux qu'il est justement venu protéger.

Haweswater, c'est le nom de l'endroit. Un réservoir qui alimente Manchester en eau potable, entouré de fells, ces hauteurs dénudées que tout le monde trouve magnifiques et que peu de gens savent lire comme des paysages appauvris. L'idée de Schofield et de son équipe est simple à énoncer, épineuse à tenir : garder des moutons, garder des fermiers, mais rendre à la vallée une partie de sa vie sauvage. Faire cohabiter la production agricole et la biodiversité sur les mêmes hectares, au lieu de choisir un camp.

Son livre raconte dix ans de ce chantier. Les arbres replantés, les tourbières regonflées, la rivière qu'on laisse à nouveau serpenter. Mais il raconte surtout ce que personne n'avait prévu : que le plus dur n'est pas de faire repousser un bouleau, c'est de convaincre un voisin que le paysage qu'il aime depuis toujours n'est pas le bon.

La question que l’on se pose : Peut-on vraiment faire coexister l'élevage et la nature sauvage sur les mêmes terres, ou faut-il finir par choisir ?Ce que l’on va voir : Une vallée anglaise qu'on tente de guérir, et tout ce que cette guérison remue chez ceux qui y vivent.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Deux collines pelées et un pari à contre-courant

Les deux fermes s'appellent Naddle et Swindale. Elles couvrent des milliers d'hectares de landes, de prairies et de sommets, et elles viennent avec un troupeau de moutons de race Herdwick, ces bêtes grises emblématiques du Lake District, capables de vivre dehors toute l'année sur des pentes où rien d'autre ne tient. Quand Schofield arrive, la RSPB ne veut pas raser l'élevage. Elle veut le repenser. L'organisation a acheté les baux pour tenter quelque chose que peu d'acteurs osent : montrer qu'une exploitation peut nourrir des gens et abriter du vivant en même temps.

Le pari va à contre-courant de deux camps opposés. D'un côté, les tenants d'un rewilding radical, qui voudraient retirer tous les moutons et laisser la forêt tout reconquérir. De l'autre, une culture pastorale locale, ancienne, fière, pour qui la colline tondue est une œuvre transmise de père en fils, pas un dégât. Schofield se place, inconfortablement, entre les deux. Il garde des moutons — mais beaucoup moins, et pas partout. Il vise un paysage en mosaïque plutôt qu'une pelouse uniforme.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — Ce que des siècles de moutons ont effacé

Pour comprendre ce qu'il faut réparer, Schofield remonte le fil. Il y a des milliers d'années, ces collines étaient largement boisées : chênes, bouleaux, sorbiers, noisetiers grimpant haut sur les pentes. Puis les hommes ont défriché, et surtout ils ont fait paître. Le mouton, introduit puis multiplié au fil des siècles, mange les jeunes pousses avant qu'elles ne deviennent arbres. Une lande broutée en permanence ne peut pas se reboiser : chaque plantule est cueillie à peine sortie de terre. Le paysage se fige, rasé, génération après génération.

La disparition des arbres n'est que le symptôme visible. En dessous, tout un monde s'est effondré. Les tourbières des hauteurs, immenses réserves de carbone et d'eau, ont été drainées par des fossés creusés pour assécher les pâtures. Une tourbière saine agit comme une éponge ; asséchée, elle se craquelle, relâche son carbone, et laisse l'eau dévaler d'un coup vers les vallées. Les sols, tassés par les sabots et privés de racines profondes, retiennent moins, filtrent moins, vivent moins.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — Réparer l'eau, l'arbre et le sol en même temps

La restauration commence par le plus spectaculaire : rendre à Swindale Beck ses méandres. En 2016, l'équipe entreprend de recreuser un lit sinueux, en s'appuyant sur les traces de l'ancien tracé encore lisibles dans le sol. Des pelleteuses redessinent la rivière, on y remet des graviers, on la laisse ralentir. L'effet est presque immédiat : dès l'automne suivant, des saumons remontent frayer dans les nouveaux bas-fonds. Une rivière qui serpente inonde ses berges par crues douces au lieu de tout arracher en aval — un bénéfice qui dépasse largement la vallée.

En hauteur, on rebouche les fossés de drainage pour regonfler les tourbières. L'eau remonte, la sphaigne repart, le sol se remet à stocker carbone et pluie. Ce sont des gestes discrets, sans photo grandiose, mais qui touchent au cœur du système : une tourbière remise en eau ralentit tout, retient tout, respire à nouveau. Schofield insiste sur cette lenteur. Rien ici ne se répare en une saison ; on travaille pour des résultats qu'on ne verra parfois qu'à la génération suivante.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Quand rendre à la nature devient un conflit de voisinage

Le récit de Schofield bascule au moment où l'on comprend que l'obstacle principal n'est pas biologique. Un arbre finit toujours par pousser si on le laisse. Ce qui résiste, c'est l'humain autour. Chaque haie plantée, chaque clôture posée, chaque mouton retiré froisse une manière de voir le paysage qui a des siècles derrière elle. Pour beaucoup de fermiers locaux, la colline rase n'est pas un désastre écologique : c'est un chef-d'œuvre d'entretien, la preuve visible du travail bien fait, un héritage. Leur reprocher, même doucement, revient à contester leur identité.

Le conflit prend des formes concrètes et parfois brutales. Réunions publiques tendues, articles hostiles dans la presse, méfiance envers ces gens venus d'ailleurs qui prétendent savoir mieux. Il y a la question du classement au patrimoine mondial, obtenu en partie sur la beauté pastorale de ces paysages tondus : replanter, c'est presque défaire ce que l'Unesco est venu célébrer. Il y a la peur économique, réelle, des voisins qui vivent encore d'un élevage intensif et qui voient dans l'expérience un précédent menaçant. Restaurer la nature, ici, c'est toucher au gagne-pain et à la fierté des gens.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

Après dix ans, Haweswater n'est ni une forêt sauvage ni une carte postale figée. C'est un entre-deux vivant : des rivières qui serpentent à nouveau, des tourbières qui respirent, des bosquets qui montent sur les pentes, des courlis qui reviennent — et un troupeau réduit qui broute encore, à sa juste place. La démonstration de Schofield tient : on peut garder des moutons et des fermiers tout en rendant à une vallée une part de sa richesse perdue. Pas en choisissant un camp, mais en tissant patiemment les deux ensemble.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !