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The New Climate War

The New Climate War

La nouvelle bataille du climat

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Description

En 1998, un jeune climatologue américain, Michael Mann, publie avec deux collègues une courbe qui va changer sa vie. Elle montre la température de l'hémisphère nord sur mille ans : une longue ligne à peu près plate, puis une montée brutale au XXe siècle. On l'appellera la « courbe en crosse de hockey », à cause de sa forme. Elle devient l'image la plus reconnaissable du réchauffement — et fait de son auteur la bête noire de l'industrie fossile. Mann passera vingt ans sous les attaques : mails piratés, procès, menaces, enquêtes du Congrès. Il en tire un savoir rare, celui d'un homme qui a vu la guerre du climat de l'intérieur.

Dans un livre paru en 2021, La Nouvelle Guerre du climat, il raconte que le combat a changé de nature. Pendant des décennies, l'adversaire niait le problème : le climat ne se réchauffe pas, ou pas à cause de nous. Ce déni frontal ne tient plus. Les preuves sont trop nombreuses, les incendies et les canicules trop visibles. Alors les mêmes acteurs ont troqué le déni contre une stratégie plus fine, plus difficile à repérer, et selon Mann bien plus efficace pour retarder l'action.

Mann connaît ses adversaires parce qu'il les a affrontés en personne, et parce qu'il a étudié comment d'autres industries — le tabac, le plomb, le sucre — ont mené le même type de bataille avant elles. Son livre est autant un récit de combat qu'un manuel de reconnaissance des pièges tendus à ceux qui veulent agir.

La question que l’on se pose : Comment une industrie qui ne peut plus nier le réchauffement s'y prend-elle pour continuer à gagner du temps ?Ce que l’on va voir : On suit un climatologue qui a servi de cible pour décrypter comment la guerre du climat est passée du déni brutal à un art plus discret du retardement.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un cli­ma­to­logue devenu cible et sa cicatrice

Michael Mann n'a jamais choisi d'être un personnage public. Au départ, c'est un chercheur qui reconstitue les climats du passé à partir de cernes d'arbres, de carottes de glace, de coraux. En 1998 et 1999, avec Raymond Bradley et Malcolm Hughes, il assemble ces indices pour retracer la température de l'hémisphère nord sur un millénaire. Le graphique est net : le réchauffement récent sort complètement de la variabilité naturelle des siècles précédents. Le rapport du GIEC de 2001 le met bien en évidence, et la courbe devient un symbole. C'est précisément parce qu'elle est simple et lisible qu'elle dérange.

Ce qui suit ressemble moins à un débat scientifique qu'à une opération de démolition. Des groupes financés par l'industrie fossile lancent des attaques ciblées contre la courbe et contre son auteur. En 2009, à quelques semaines d'un sommet climatique majeur, des milliers de mails de chercheurs sont piratés et publiés hors contexte. On y traque des phrases isolées pour suggérer une fraude. L'épisode, surnommé le « Climategate », déclenche des enquêtes multiples. Toutes blanchiront les scientifiques. Mais le mal est fait : le doute a été semé au moment le plus stratégique.

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02

Chapitre 2 — Le déni ne meurt pas, il change de peau

Pendant longtemps, la stratégie de l'industrie fossile était limpide : nier. Nier que le climat se réchauffe, puis, quand ça ne tenait plus, nier que l'homme y soit pour quelque chose, puis nier que ce soit grave. Mann rappelle que cette mécanique n'a rien d'inédit. Elle est copiée presque à l'identique sur celle des cigarettiers, qui pendant des décennies ont financé de la fausse recherche pour prétendre que le lien entre tabac et cancer restait « incertain ». Le but n'était jamais de convaincre que le tabac était sain — seulement de fabriquer assez de doute pour que rien ne bouge.

Le problème, pour les pétroliers, c'est que le déni pur a une date de péremption. Quand les mégafeux ravagent la Californie et l'Australie, quand les records de chaleur tombent chaque été, il devient absurde de répéter qu'il ne se passe rien. Selon Mann, l'industrie l'a compris et a pivoté. Elle a largement abandonné le déni frontal, désormais réservé à une frange, pour adopter des postures qui reconnaissent le problème tout en s'assurant qu'on n'y touche pas vraiment.

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03

Chapitre 3 — Le sabotage de l'intérieur : diviser, culpa­bi­li­ser, décourager

Le cœur du livre de Mann, c'est l'inventaire de ces nouvelles armes. La première est le report de la responsabilité sur l'individu. L'idée même d'« empreinte carbone » personnelle, rappelle-t-il, a été popularisée par une campagne d'un géant pétrolier au début des années 2000. Le message implicite : le problème, c'est ta consommation, tes trajets, ton assiette. Une manière habile de déplacer le regard, des raffineries vers le citoyen, et de transformer une question de politique industrielle en affaire de vertu privée.

La deuxième arme, c'est la culpabilisation, avec un effet pervers. Quand le débat se focalise sur les gestes individuels, il divise le camp de ceux qui veulent agir. On se juge entre soi : tu manges encore de la viande, tu as pris l'avion, tu n'es donc pas légitime. Mann observe que cette guerre intestine du « qui est le plus pur » épuise les énergies militantes et détourne la pression du seul endroit où elle compterait vraiment, à savoir les décisions structurelles. Une des façons les plus efficaces de neutraliser un mouvement, c'est de le pousser à se dévorer lui-même.

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04

Chapitre 4 — Quand le mensonge devient une industrie du délai

Ce que le cas du climat révèle dépasse le climat. Mann décrit en creux une méthode réutilisable, une véritable ingénierie du retardement que certaines industries ont perfectionnée bien avant les pétroliers. L'histoire du tabac en est le prototype : reconnaître que le problème existe est un aveu trop coûteux, alors on ne le nie pas — on le noie. On fabrique de l'incertitude là où le consensus est solide, on finance des voix dissidentes pour donner l'illusion d'un débat ouvert, on multiplie les fronts pour épuiser l'adversaire.

Le trait de génie de cette méthode, c'est qu'elle n'a plus besoin de faire croire au public que le danger est faux. Il lui suffit de le rendre confus, ou fataliste, ou obsédé par sa propre culpabilité. Trois états d'esprit différents, un même résultat : personne n'exige de changement systémique. Le doute organisé et le désespoir organisé sont deux visages de la même stratégie, et Mann insiste : le second est aujourd'hui plus utile que le premier, parce qu'il désarme précisément ceux qui étaient prêts à se battre.

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05

Conclusion

La courbe en crosse de hockey a fait de Michael Mann une cible parce qu'elle disait une chose indéniable de façon trop claire. Vingt ans plus tard, ses adversaires ont cessé de contester la courbe. Ils ont déplacé le combat sur un terrain où les preuves comptent moins : celui des récits, des émotions, du sentiment d'impuissance. Le déni a mué en délai, et le délai se déguise en prudence, en réalisme, parfois en lucidité désabusée.

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