The Life You Can Save
Ce que nous devons aux plus pauvres
Description
Un après-midi, on marche près d'un étang peu profond. Un enfant y barbote, tombe, commence à se noyer. Personne d'autre en vue. Entrer dans l'eau ruinerait les chaussures neuves, salirait le pantalon, ferait rater un rendez-vous. Est-ce qu'on hésite ? Évidemment non. On y va, on sort l'enfant, tant pis pour les chaussures. Quiconque laisserait un gamin se noyer pour éviter de mouiller ses vêtements serait un monstre — là-dessus, tout le monde tombe d'accord.
Peter Singer, philosophe australien, part de cette scène toute simple dans un livre paru en 2009, The Life You Can Save. Et il pose une question désagréable : en quoi, moralement, cette situation diffère-t-elle de celle où un enfant, à l'autre bout du monde, meurt d'une maladie qu'une poignée d'euros aurait suffi à traiter ? Dans les deux cas, on peut sauver une vie à un coût dérisoire pour soi. Dans un cas on le fait sans y penser ; dans l'autre, on continue de commander des chaussures neuves.
Singer n'est pas là pour culpabiliser en passant. Il construit un argument serré, prémisse après prémisse, qui vise à montrer que notre indifférence à la pauvreté lointaine n'est pas moralement neutre. Et il anticipe chaque échappatoire qu'on va lui opposer.
La question que l’on se pose : Si on sauverait sans hésiter l'enfant qui se noie sous nos yeux, qu'est-ce qui nous autorise à ne rien faire pour celui qui meurt à dix mille kilomètres ?Ce que l’on va voir : Comment une image d'étang devient un raisonnement moral difficile à esquiver, et pourquoi la distance, qui pèse tant sur ce qu'on ressent, ne pèse rien sur ce qu'on doit.
Sommaire
01 Chapitre 1 — L'enfant dans la mare, et pourquoi ça change tout
L'expérience de pensée n'est pas de Singer seul — il l'affine depuis un article de 1972 écrit dans le contexte de la famine au Bengale. Mais dans The Life You Can Save, elle devient la porte d'entrée de tout le livre. Sa force tient à ce qu'elle ne demande aucune adhésion préalable. On n'a pas besoin d'être utilitariste, croyant ou militant pour répondre. La réponse vient d'elle-même : bien sûr qu'on sauve l'enfant, et bien sûr que les chaussures ne comptent pas face à une vie.
Une fois qu'on a dit ça, Singer resserre l'étau. Qu'est-ce qui rendait le sauvetage obligatoire, exactement ? Trois choses. Une vie était en jeu. On pouvait agir. Le coût pour soi était négligeable comparé à l'enjeu. Aucune de ces trois conditions ne mentionne la proximité. L'enfant n'a pas besoin d'être devant nous pour que ces conditions soient remplies — il a juste besoin d'être quelque part où l'on peut, réellement, changer son sort.
Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
02 Chapitre 2 — Trois prémisses qu'on a du mal à refuser
Singer met son argument à plat, presque comme un théorème. Première prémisse : la souffrance et la mort par manque de nourriture, d'abri et de soins sont des maux. Difficile de contester — personne ne va défendre que la mort d'un enfant par déshydratation est une bonne chose, ou même une chose neutre.
Deuxième prémisse : si l'on peut empêcher un mal de se produire sans sacrifier quelque chose d'une importance morale comparable, on doit le faire. C'est le cœur du dispositif, et c'est aussi la formulation prudente. Singer ne demande pas de tout donner jusqu'à devenir soi-même misérable. Il fixe le curseur au sacrifice « moralement comparable ». Renoncer à un dessert au restaurant, à un vêtement dont on n'a pas besoin, à un abonnement qu'on utilise à peine — rien de tout cela n'est comparable à une vie humaine. Le sacrifice reste dérisoire.
Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
03 Chapitre 3 — Pourquoi on ne donne pas, alors qu'on le pourrait
Singer est trop fin pour croire qu'un raisonnement suffit à faire ouvrir les portefeuilles. Une bonne partie du livre est consacrée à comprendre pourquoi, même convaincus, on ne bouge pas. Il puise dans la psychologie plus que dans la philosophie, et le portrait qu'il en tire n'est pas flatteur, mais il n'est pas accusateur non plus — plutôt lucide.
Il y a d'abord l'effet de la victime identifiable. On donne facilement pour une petite fille dont on connaît le nom et le visage ; on reste de marbre devant une statistique de huit millions de morts. Des expériences bien connues montrent que les gens donnent davantage pour un individu nommé que pour un groupe, et parfois même moins quand on ajoute des chiffres à l'histoire. Notre compassion s'éteint à mesure que le nombre grandit — l'inverse de ce que la morale demanderait.
Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
04 Chapitre 4 — La distance ne devrait rien changer
Reste l'objection qui résiste à tout : la distance. On la ressent si fort qu'elle semble avoir un poids moral. L'enfant de l'étang est là, sous nos yeux, sa détresse nous atteint physiquement. L'enfant lointain est une idée, un chiffre dans un rapport, une image qui défile. Singer accorde que la différence de ressenti est réelle. Ce qu'il conteste, c'est qu'elle fonde une différence de devoir.
Car pourquoi la distance changerait-elle quoi que ce soit à la valeur d'une vie ? Un enfant qui meurt à dix mille kilomètres ne souffre pas moins qu'un enfant qui meurt à nos pieds. Sa vie ne vaut pas moins. Notre capacité à le sauver, aujourd'hui, n'est pas si différente : un virement met quelques secondes, et il atteint sa cible aussi sûrement que nos bras atteignent l'enfant dans l'eau. La distance affecte notre émotion, notre visibilité, notre sentiment de proximité — elle n'affecte ni la réalité de la mort, ni notre pouvoir d'agir. Or ce sont ces deux-là, et non nos émotions, qui fondent l'obligation.
Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
05 Conclusion
On revient à l'étang. Ce que Singer a fait, en une image, c'est déplacer le lieu du problème : l'obstacle n'a jamais été de savoir s'il faut sauver l'enfant, mais de reconnaître qu'un enfant qu'on ne voit pas est tout aussi réel. Son livre n'est pas un catalogue de bonnes causes ni une leçon de vertu. C'est une tentative de faire coïncider ce qu'on croit déjà — qu'une vie compte plus qu'un confort — avec ce qu'on fait, ou ne fait pas.
Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !