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Couverture de 'Discours de la servitude volontaire'

Discours de la servitude volontaire

Étienne de La Boétie

La révolte contre l'oppression

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Description

"Discours de la servitude volontaire" d'Étienne de La Boétie est un texte intemporel qui explore les fondements de la soumission des peuples à l'autorité et les mécanismes par lesquels les individus consentent à leur propre asservissement. Rédigé au XVIe siècle, ce traité pénétrant demeure d'une étonnante actualité, invitant à une réflexion profonde sur la liberté, l'autonomie et le pouvoir.

La Boétie se penche sur les raisons pour lesquelles les hommes acceptent souvent de renoncer à leur liberté au profit d'un tyran, soulignant l'importance du consentement dans la perpétuation de la domination. Par une analyse lucide et une prose engageante, il nous pousse à questionner les structures de pouvoir et à reconnaître notre rôle dans leur maintien.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

La pensée politique évolue profondément à la Renaissance : on s'interroge de plus en plus sur ce qui fonde la légitimité du pouvoir. Le contemporain de La Boétie, Jean Bodin, forge le concept de souveraineté pour légitimer la monarchie absolue. La Boétie choisit une approche opposée et se concentre sur le problème de la tyrannie : une monarchie dans laquelle le pouvoir est dans les mains d’un seul souverain qui fait souffrir ses sujets. Par quels procédés ce tyran impose-t-il sa domination ? Pourquoi n'y a t-il pas de révoltes ?

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02

Le paradoxe de la servitude volontaire

La Boétie souligne le fait que les situations dans lesquelles un peuple est soumis à un tyran sont paradoxales.

Pour comprendre ce paradoxe, il faut s’interroger sur l’origine du pouvoir. Un tyran seul parvient à oppresser plusieurs milliers de sujet : d’où lui vient la force nécessaire à cela ? Pour La Boétie, le pouvoir du tyran ne peut venir que du peuple. Par exemple, si un tyran donne un ordre à un sujet, l’ordre n’a d’effet que si le sujet obéit à cet ordre. C'est l'obéissance de tous qui fonde le pouvoir du tyran. C’est parce que le peuple obéit que le tyran a du pouvoir.

D’un autre côté, le tyran abuse par définition de son pouvoir. Il oppresse le peuple, lui fait endurer toute une série de souffrances : il l’accable d’impôts, l’entraîne dans des guerres injustes, le soumet à la censure ou discrimine une partie de la population.

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03

La coutume contre l’amour naturel de la liberté

Pour La Boétie, la Nature a doté l’homme d’un amour spontané de la liberté. On voit à l’œuvre cet amour de la liberté chez les animaux sauvages qui se débattent à coups de griffes et de crocs lorsqu’on tente de les capturer : il en va de même pour l’homme lorsqu’il se trouve dans son état naturel. La liberté est ce qui donne sa saveur à la vie, et tous les biens du monde ne sauraient compenser la perte de celle-ci. Comment donc un homme peut-il tomber dans la servitude volontaire et tourner le dos à la liberté ?

Si la liberté est naturellement recherchée par l’homme, alors la servitude volontaire ne peut-être qu’une dénaturation de l’homme. La Boétie cite l’exemple du peuple de Syracuse qui résista dans un premier temps au tyran Denys l’Ancien, mais qui au bout de quelques années, par habitude, oublia le goût de la liberté et finit par accepter sa servitude. Cet exemple montre que l’amour de la liberté, lorsqu’il n’est pas entretenu, est oublié et recouvert par la coutume. Les enfants nés sous la tyrannie voient leur goût naturel pour la liberté tué dans l’œuf dès le plus jeune âge, et s’accoutument sans difficulté à la servitude. La coutume est donc une des causes principales de la servitude volontaire, en ce qu’elle peut faire que le peuple n’ait plus de désir de liberté.

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04

Aimer et craindre le tyran

La Boétie observe deux choses répandues dans les tyrannies antiques. D’une part, elles ont fait construire un grand nombre de tavernes et développés les divertissements, comme les jeux du cirque. D’autre part, le tyran était maintenu caché ou entouré d’apparats mystérieux. Il s’agit en réalité de stratégies qui visent à développer l’amour et la crainte du tyran. Ce sont deux causes de la servitude volontaire : plus le tyran est aimé, plus le peuple souhaite sa propre servitude. Plus le tyran est craint, plus la perspective d’une rébellion s’éloigne, ce qui contribue également au maintien de la servitude.

La Boétie donne un exemple la domination par l’amour du tyran en racontant l’annexion de la ville de Sardis par les Perses. Après la conquête de la ville, la population restait hostile et était prête à se révolter. Les Perses n'avaient cependant pas assez d’hommes pour laisser une garnison sur place afin de maintenir l’ordre. Ils construisirent alors des jeux et des tavernes. Cela suffit à amollir la population et à rendre désirable la domination perse, qui fut ainsi assurée. De même, Rome ne connut pas pire tyran que Néron, qui incendia délibérément la ville. Et pourtant le peuple fut fort triste de sa mort tant il était prodigue en pain, en vin et en jeux.

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05

L’or­ga­ni­sa­tion hié­rar­chique du pouvoir

Le ressort principal de la servitude volontaire est l’organisation hiérarchique du pouvoir. La Boétie présente les choses ainsi : un tyran s’entoure de six conseillers, des complices grassement récompensés pour leurs services. Subordonnés à ces six conseillers se trouvent 600 sous-conseillers, qui tirent eux-aussi profit de leur fonction.

Sous les ordres de ces 600 individus, il y en a 6 000, qui trouvent eux-mêmes un intérêt à servir leurs supérieurs, etc. On a donc une structure hiérarchique où chacun a intérêt à satisfaire son supérieur hiérarchique, et donc ultimement à servir le tyran. La tyrannie est ainsi rendue profitable à un très grand nombre de gens.

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06

L’inconstance du tyran

On pourrait se dire qu'après tout, si la servitude est volontaire et que les sujets se satisfont de la tyrannie, faut-il vraiment la critiquer ? La Boétie défend toutefois l’idée au fil du texte que malgré la soumission volontaire des sujets, le fait de servir le tyran n’a rien de souhaitable. En effet, il rappelle que les conseillers et officiers du tyran n’en demeurent pas moins constamment dans la crainte d’un retournement.

Le tyran n’est soumis à rien d’autre qu’à son bon vouloir : il peut faire volte-face sans que rien ne l’en empêche. Ainsi les conseillers les plus proches sont souvent ceux qui risquent d’être radiés, exilés ou tués. Sénèque en est l’exemple parfait : il fut condamné à mort par l’empereur Néron, qu’il avait lui-même éduqué et longuement conseillé.

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07

Conclusion

Dans le Discours de la servitude volontaire, La Boétie réussit à exposer les raisons pour lesquelles un peuple en vient à servir avec zèle un tyran qui pourtant le maltraite.

Premièrement, un peuple asservi perd peu à peu l’amour naturel de la liberté, et une habitude de servitude l’empêche de désirer autre chose, d’autant plus lorsque la censure rétrécit l’horizon intellectuel des individus. De plus, le tyran développe les divertissements (les jeux, le théâtre, etc.), et par ce biais il parvient à la fois à se faire aimer et à éloigner encore davantage le peuple de l’étude et de l'amour de la liberté. Le tyran se sert aussi des superstitions, il les entretient pour faire planer un doute sur sa nature (est-il un homme ou est-il un dieu ?), afin d’être craint et de dissuader les révoltes. Mais c’est surtout la méticuleuse organisation hiérarchique du pouvoir, dans laquelle chaque conseiller et sous-conseiller a intérêt à servir son supérieur et faire pression sur son subordonné, qui constitue le ressort principal de la servitude volontaire : chacun de ces conseillers sert avec zèle le tyran, car il y trouve un intérêt personnel.

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08

Zone critique : un texte si actuel

Le thème de la servitude volontaire est utilisé pour penser diverses situations actuelles. On a pu l'utiliser pour penser le totalitarisme et sa force idéologique (Adorno). On le retrouve également dans la tradition libérale critique de l’État providence. En se préoccupant du bien-être matériel de la population (sécurité sociale et services publics en tous genres), l'État providence nuirait en réalité à la liberté des individus (Hayek).

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09

Pour aller plus loin

– Theodor Adorno, Études sur la personnalité autoritaire, Éditions Allia, 2007 (première édition en 1950). – Christophe Dejours, Souffrance en France : la banalisation de l'injustice sociale, Le Seuil, coll. « Essais », 1998.

– Friedrich Hayek, La Route de la servitude, Paris, PUF, coll. « Quadridge », 2013 (première édition en 1944). – Gilles Deleuze et Félix Guattari, L'anti-Oedipe, capitalisme et schizophrénie, Paris, Les éditions de minuit, 1972.

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