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Couverture de 'Larcheologie du savoir'

L’Archéologie du Savoir

Michel Foucault

Les relations entre discours et ce qui leur est extérieur

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Description

Dans cet essai fondamental, le philosophe Michel Foucault nous invite à repenser en profondeur la manière dont nous abordons l'histoire et la production du savoir. Il remet en question les approches traditionnelles, qui tendent à considérer le savoir comme un ensemble cohérent et linéaire de connaissances. Foucault propose plutôt une "archéologie" du savoir, c'est-à-dire une méthode d'analyse qui s'attache à mettre au jour les discontinuités, les ruptures et les transformations qui traversent l'histoire des idées.

Il s'intéresse aux conditions de possibilité de l'émergence de certains discours, plutôt qu'à leur seul contenu. L'auteur nous invite ainsi à porter un regard neuf sur les archives, les documents et les pratiques qui ont façonné nos manières de penser et de connaître. Il montre comment le savoir est toujours lié à des enjeux de pouvoir et de contrôle social, remettant en cause l'idée d'une connaissance "objective" et "neutre".

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Foucault met ici en question le document dont il constate un changement de position de la part des historiens : si, auparavant, elle « faisait parler les traces », l’histoire veut désormais « travailler » le document de l’intérieur, en le transformant en « monument ». Ayant subi une mutation épistémologique, l’histoire tend alors à une archéologie : une description intrinsèque du discours-monument.

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02

Dispersion versus unité

La discontinuité pose des problèmes théoriques dont l’auteur souhaite s’affranchir. À la place de découpages historiques classiques, Foucault préfère une « population d’événements dispersés ». Son « découpage provisoire » est constitué par les sciences de l’homme (p.45) et place en son centre le document. Il met notamment « en suspens » les notions classiques d’« unité » et, notamment, celles de livre et d’œuvre. Face à ce qu’il nomme « unité discursive », l’unité d’un livre apparaît comme variable et relative, sa matérialité accessoire tandis que l’œuvre n’est qu’une « somme de textes qui peuvent être dénotés par le signe d’un nom propre » (p.37).

L’analyse discursive qu’il se propose de faire doit, elle, traiter un discours dans le « jeu de son instance », s’intéressant à sa « ponctualité », en saisissant l’énoncé dans l’étroitesse et la singularité de son événement, tout en évitant de le rapporter à des opérateurs psychologiques (une conscience humaine). Un énoncé est un « événement » que ni la langue ni le sens ne peuvent tout à fait épuiser. Un domaine immense s’ouvre alors, constitué de tous les énoncés effectifs dans leur « dispersion d’événements ».

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03

Le discours comme pratique

Il ne faut pas rapporter la formation des objets aux mots et aux choses, l’énoncé à un sujet : des règles de formation régissent le discours et ses rapports avec des objets extérieurs. La psychopathologie est de nouveau prise en exemple : on lui identifie des surfaces d’« émergence des discours », des milieux sensibles à la déviation (la famille, le groupe social proche, le milieu de travail, la communauté religieuse) ainsi que de nouvelles « surfaces » (l’art, la sexualité), des « instances de délimitation » (la médecine, la justice, l’autorité religieuse, la critique littéraire et artistique), enfin, des «grilles de spécification » (les différentes folies). Les relations discursives sont à la limite du discours.

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04

L’énoncé : une fonction

L’énoncé est un objet spécifique et paradoxal qui peut donc être défini comme une fonction énonciative mettant en jeu des unités diverses. Au premier regard, un énoncé est un élément dernier indécomposable, l’« atome » du discours, susceptible d’être isolé en lui-même et capable d’entrer dans un jeu de relations avec d’autres éléments semblables à lui. Bien qu’il leur soit indispensable, l’énoncé ne pourrait s’identifier à une proposition, à une phrase, à un acte de langage (speech act) car on trouve des énoncés là où on ne peut reconnaître aucun des trois. L’énoncé n’existe pas sur le même mode que la langue ou les objets quelconques donnés à la perception. Il n’est pas réductible à des éléments grammaticaux. Il s’agit plutôt d’une fonction d’existence qui appartient en propre aux signes. Il faut décrire l’énoncé dans son exercice à un niveau énonciatif et non pas grammatical ou logique, lié à un référentiel qui définit les possibilités d’apparition et de délimitation de ce qui donne à la phrase son sens. Le sujet de l’énoncé n’est pas identique à l’auteur de la formulation, mais on doit pouvoir toutefois assigner la position du sujet pour qu’une série de signe devienne énoncé. Il doit pouvoir aussi être mis en rapport avec un champ adjacent et se doter d’une existence matérielle : l’exemple du volume Fleurs du Mal de Baudelaire montre que le « grain de matérialité » a changé avec les éditions, mais les « petites » différences n’ont pas l’altéré l’identité de l’énoncé.

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05

Décrire des énoncés

On appellera « phrase » ou « proposition » les unités que la grammaire ou la logique peuvent reconnaître dans un ensemble de signes, tandis que l’on appellera « énoncé » la modalité d’existence propre à cet ensemble de signes, qui lui permet d’être autre chose qu’une série de traces, une succession de marques sur une substance, autre chose qu’un objet quelconque fabriqué par un être humain. Un discours est constitué par un ensemble de séries de signes en tant qu’elles sont des énoncés. La loi d’une pareille série est une « formation discursive ».

L’analyse discursive devient alors une « autre manière de s’intéresser aux performances verbales ». À la différence des linguistes ou des logiciens, elle voit dans le discours un ensemble des énoncés qui relèvent d’un même système de formation (par ex. discours clinique, économique).

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06

Un effort de définition

Foucault se défend de développer une théorie, mais souhaite « libérer un domaine cohérent de description ». En examinant l’énoncé, il l’établit comme une fonction qui porte sur des ensembles de signes qui requièrent un référentiel, un sujet, un champ associé, une matérialité.

Cela le conduit à une définition : la formation discursive est « le système énonciatif général auquel obéit un groupe de performances verbales », et un discours est « un ensemble d’énoncés en tant qu’ils relèvent de la même formation discursive », tandis que la pratique discursive consiste en « un ensemble de règles anonymes, historiques, toujours déterminées dans le temps et l’espace qui ont défini à une époque donnée, et pour une aire sociale, économique, géographique ou linguistique donnée, les conditions d’exercice de la fonction énonciative ». L’analyse des énoncés ambitionne de déterminer le principe selon lequel ont pu apparaître les seuls ensembles signifiants qui ont été énoncés et pas d’autres. Elle cherche à établir une sorte de « loi de rareté ». Elle traite les énoncés comme domaine pratiques, les considère dans leur discontinuité. S’effectuant « sans référence à un cogito » (p.168), elle se situe au niveau d’un « on dit », entendu ici comme ensemble de choses dites, relations, régularités et transformations. Cette description traite des énoncés dans l’épaisseur du cumul où ils sont pris. Décrire un ensemble d’énoncés c’est établir une positivité : traiter des performances verbales au niveau de ces énoncés. Cette positivité définit un espace limité de communication.

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07

Archéologie et histoire des idées

L’archéologie doit être départagée de l’histoire des idées. L’histoire des idées traditionnelle a un « objet incertain, des frontières mal dessinées, des méthodes « empruntées à droite et à gauche », elle raconte l’histoire des « à-côtés et des marges », des connaissances imparfaites, mal fondées, elle s’intéresse aux « représentations qui courent anonymement entre les hommes dans l’interstice des grands moments discursifs », elle montre comment des problèmes, des notions, des thèmes peuvent émigrer du champ non scientifique vers la science (p. 187).

L’archéologie, en revanche, est précisément l’abandon de l’histoire des idées, le refus systématique de ses postulats et de ses procédures. Elle cherche à définir les discours en tant que pratiques obéissant à des règles. Elle traite les discours non pas comme des « documents », mais comme des « monuments », refusant d’être « allégorique ». Elle cherche à définir les discours dans leur spécificité. Elle définit des types et des règles de pratique discursive qui traversent des œuvres individuelles. Elle est une réécriture.

L’histoire des idées montre comment « la vérité s’est arrachée à l’erreur », elle ne cesse de déterminer des rapports, des conflits, de la résistance, de la répression. Elle fonctionne d’après une loi de la cohérence (p.203). L’archéologie, elle, peut constituer « l’arbre de dérivation d’un discours », faire surgir des « périodes énonciatives », décrire les différents espaces de dissension. Pour elle, les contradictions sont des objets à décrire pour eux-mêmes. L’archéologie est toujours au pluriel, parcourant des interstices et des écarts. Toujours limitée et régionale, elle cherche à faire apparaître des configurations singulières. Elle ne veut pas caractériser l’esprit ou la science d’une époque ou le visage d’une culture. L’analyse archéologique individualise et décrit des formations discursives. Chaque formation discursive entre simultanément dans plusieurs champs de relations où elle n’occupe pas la même place ni la même fonction. Elle peut décrire un champ institutionnel, un ensemble d’événements, de pratiques, de décisions politiques.

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08

Pas de science, mais des savoirs

Quel est le rapport de l’archéologie à l’analyse des sciences ? L’archéologie ne décrirait-elle pas des disciplines quasi scientifiques ?

L’Histoire de la Folie montre que ce qui a rendu possible la discipline psychiatrique est un jeu de rapports entre les règles et les institutions de l’exclusion sociale, celles de la jurisprudence, une pratique discursive qui était à l’œuvre et qui débordait la psychiatrie. Or les formations discursives ne sont pas des sciences. L’archéologie ne décrit pas des disciplines, elle analyse des positivités : elle montre selon quelles règles une pratique discursive peut former des groupes d’objets, des ensembles d’énonciations, des jeux de concepts, des séries de choix théoriques. Ces éléments ne constituent pas une science, mais un « savoir » : « ce » à partir de quoi se bâtissent des théories, le préalable de ce qui fonctionnera plus tard comme une connaissance, un ensemble d’éléments formés de manière régulière par une pratique discursive.

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09

Conclusion

En s’intéressant à ce que les hommes font quand ils parlent, Foucault se désolidarise des linguistes ou encore des logiciens. Il invite à sonder non pas l’unité, mais les discontinuités du discours, et présente, à la place des unités, des « formations discursives », situées hors de l’emprise du sujet.

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10

Zone critique

Plus que la notion de discours, ce sont surtout les relations entre discours et ce qui leur est extérieur qui sont au cœur de cette étude. Le savoir est pratique discursive. Cet ouvrage met de côté le sujet et se désolidarise de l’histoire des idées afin de mettre en son cœur le discours comme pratique.

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11

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Michel Foucault, L’Archéologie du Savoir, Paris, Gallimard, 2017 (1969).

Du même auteur – Les Mots et les choses. Une archéologie des sciences humaines, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des sciences humaines », 1966 (réédition « Tel », 1990). – L’Ordre du discours, Paris, Gallimard, coll. « Blanche », 1971. – Histoire de la sexualité I. La volonté de savoir, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1976 (réédition « Tel », 1994). – Histoire de la sexualité III. Le souci de soi, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque des histoires », 1984 (réédition « Tel », 1997).

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