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La recherche du principe chez Platon, Aristote et Plotin

La recherche du principe chez Platon, Aristote et Plotin

Sylvain Roux

Le Principe chez Platon et ses héritiers

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Description

Tout ce qui existe vient de quelque chose. On sait ça d'instinct : une chaise vient d'un arbre, l'arbre d'une graine, la graine d'un autre arbre. Mais remonte la chaîne assez longtemps et une question gênante apparaît. Si tout vient d'autre chose, est-ce qu'on remonte à l'infini, ou est-ce qu'on bute, un jour, sur un premier terme qui, lui, ne vient de rien ? Les Grecs ont donné un nom à ce premier terme : le principe. En grec, archè — à la fois le commencement et le commandement, ce par quoi une chose débute et ce qui la gouverne.

C'est cette quête que Sylvain Roux a entrepris de suivre dans La recherche du principe chez Platon, Aristote et Plotin. Pas la doctrine figée d'un auteur, mais un mouvement qui traverse trois penseurs et plusieurs siècles. Platon ouvre la piste, Aristote la discute et la détourne, Plotin la reprend en la poussant à un endroit où aucun des deux n'était allé. Entre eux, un même problème se transmet comme un fil : de quoi a-t-on besoin pour que l'explication s'arrête enfin, et comment nommer ce qui, par définition, échappe à tout ce qu'il explique ?

L'enjeu n'a rien d'une curiosité d'historien. Chercher un principe, c'est supposer que le réel tient ensemble, qu'il n'est pas un amas d'accidents mais un ordre qu'on peut remonter jusqu'à sa source. Et là commencent les ennuis : plus on approche de cette source, plus elle se dérobe. On va voir pourquoi.

La question que l’on se pose : De quoi la pensée grecque a-t-elle besoin pour que la chaîne des causes s'arrête enfin sur un premier terme — et peut-on vraiment nommer ce qui échappe à ce qu'il fonde ?Ce que l’on va voir : Comment la notion de principe se transmet, se déforme et se radicalise de Platon à Plotin, et ce qu'elle exige de toute pensée qui veut un fondement.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Pourquoi les Grecs cherchent un premier

Avant d'être une réponse, le principe est un besoin. Les premiers philosophes grecs — ceux qu'on range sous l'étiquette un peu commode de présocratiques — étaient déjà obsédés par une question toute simple : de quoi le monde est-il fait au départ ? L'eau, pour Thalès. L'indéfini, pour Anaximandre. Le feu, pour Héraclite. Chacun cherchait un terme unique à partir duquel le reste pouvait être expliqué. C'est le réflexe fondateur de la pensée grecque : ramener la multiplicité des choses à une origine, parce qu'un monde qui ne vient de rien n'est pas pensable.

Le mot archè porte cette double exigence. Il désigne le commencement, ce par quoi une chose démarre dans le temps ou dans l'ordre logique. Mais il désigne aussi le commandement — on retrouve la racine dans monarchie, anarchie. Le principe n'est pas seulement ce qui vient avant, c'est ce qui régit, ce qui tient le reste sous sa dépendance. Chercher le principe, c'est donc chercher à la fois l'origine et le maître de ce qui est.

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02

Chapitre 2 — Platon, ou l'Un au-delà de l'être

Chez Platon, le monde sensible ne se suffit pas à lui-même. Les choses qu'on voit sont changeantes, périssables, jamais tout à fait ce qu'elles sont. Pour qu'elles aient une consistance, il faut qu'elles tiennent de quelque chose de plus stable : les Idées, ces réalités intelligibles dont les choses sensibles ne sont que des copies. Le beau cheval est beau parce qu'il participe à l'Idée de beau. Mais Platon ne s'arrête pas là, et c'est ce que Roux suit avec attention.

Car les Idées elles-mêmes sont multiples. Il y a l'Idée du beau, du juste, du grand. Or une multiplicité, même intelligible, appelle encore un principe qui l'unifie. Platon le nomme, dans la République, le Bien — et il en dit une chose vertigineuse : le Bien est au-delà de l'essence, epekeina tès ousias. Autrement dit, le principe suprême n'est pas lui-même une Idée parmi les autres, il n'est même pas un être au sens plein. Il est ce qui donne aux Idées leur être et leur intelligibilité, comme le soleil donne aux choses d'être vues sans être lui-même une chose vue.

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03

Chapitre 3 — Aristote, le premier moteur qui ne cherche rien

Aristote a étudié vingt ans à l'Académie de Platon, et il en sort avec une méfiance tenace envers les Idées séparées. Son objection est simple et redoutable : à quoi bon doubler le monde ? Poser un ciel d'Idées au-dessus des choses, c'est se donner deux problèmes au lieu d'un, sans expliquer comment ces Idées lointaines agiraient sur le sensible. Pour Aristote, le principe ne doit pas s'évader du monde ; il doit en rendre compte depuis l'intérieur de ce qui est.

Il reformule donc la question en termes de cause. Toute chose, pour exister et changer, suppose plusieurs causes — ce dont elle est faite, sa forme, ce qui l'a produite, ce vers quoi elle tend. Et le mouvement du monde, pour ne pas remonter à l'infini, exige un premier terme qui meut sans être mû. C'est le fameux premier moteur. Mais Roux souligne la subtilité du dispositif : ce premier moteur ne pousse pas le monde comme une main pousse une pierre. Il meut comme un objet d'amour meut celui qui le désire — en étant désiré, sans agir lui-même.

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04

Chapitre 4 — Ce que la quête du principe dit de la pensée elle-même

Plotin, cinq siècles plus tard, hérite des deux et refuse de choisir. Lecteur passionné de Platon, il reprend l'Un et le radicalise : son principe n'est pas seulement au-delà de l'être, il est au-delà même de la pensée et du nom. On ne peut dire de lui ni qu'il est, ni qu'il pense — car être et penser introduisent déjà une dualité, celle du sujet et de l'objet, et le principe doit être absolument simple, sans la moindre division interne. De l'Un, Plotin dit qu'on ne peut au fond que dire ce qu'il n'est pas.

Mais Roux montre que ce silence n'est pas une démission. Si l'Un ne peut rien produire sans se diviser, comment le reste existe-t-il ? La réponse de Plotin est l'une des idées les plus fécondes de l'Antiquité : l'émanation. L'Un, par pure surabondance, déborde sans se diminuer, comme une source qui coule sans se vider. De ce débordement procède l'Intellect, puis l'Âme, puis le monde sensible — une cascade de réalités de plus en plus éloignées de la simplicité première. Le principe fonde non en agissant, mais en surabondant.

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05

Conclusion

D'un auteur à l'autre, le même fil s'est tendu puis retendu. Platon place le principe au-delà de l'être et nomme l'Un. Aristote refuse l'évasion et fait de son principe l'acte le plus plein, un premier moteur qui meut en étant désiré. Plotin reprend l'Un platonicien et le pousse si loin qu'il échappe à l'être, à la pensée et au nom, et n'engendre le monde que par surabondance. Trois réponses, un seul problème : fonder le multiple sans que le fondement soit lui-même à fonder.

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