Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Michel Foucault et l'histoire du sujet en Occident

Michel Foucault et l'histoire du sujet en Occident

Franck Evrard

Foucault et la fabrique du sujet

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

On dit « je » cent fois par jour sans y penser. On croit avoir une intériorité, une personnalité, une vérité cachée quelque part en soi qu'une thérapie, un test de personnalité ou une bonne conversation finirait par faire remonter. Cette évidence-là, le fait de se vivre comme un sujet doté d'un intérieur à explorer, Michel Foucault a passé sa vie à montrer qu'elle n'a rien d'évident. Dans son livre consacré à l'histoire du sujet en Occident, Franck Evrard rassemble ce fil qui court d'un bout à l'autre de l'œuvre : et si le sujet, cette chose qu'on prend pour le socle de tout, était lui-même un produit de l'histoire ?

Foucault n'a pas écrit un traité sur « le sujet ». Il a décrit des hôpitaux, des prisons, des asiles, des confessionnaux, des écoles. Mais à chaque fois, la même question travaille en dessous : comment, à telle époque, a-t-on fabriqué une certaine manière d'être soi ? Le fou, le criminel, le malade, le pervers ne sont pas des figures éternelles qu'on aurait fini par mieux comprendre. Ce sont des personnages découpés par des savoirs et des pouvoirs précis, à des dates précises.

Evrard prend le pari de relire toute l'œuvre à partir de là, en suivant une ligne que Foucault lui-même n'a formulée clairement qu'à la fin de sa vie : il n'avait jamais parlé que du sujet, de la façon dont l'Occident le produit et dont, parfois, on peut se le réapproprier.

La question que l’on se pose : Et si ce « je » qu'on croit porter en soi depuis toujours avait été fabriqué, à des dates repérables, par des institutions et des savoirs ?Ce que l’on va voir : Comment Foucault retrace la généalogie du sujet occidental, de l'œil qui classe jusqu'à l'aveu intérieur, et où il finit par chercher une issue.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Le sujet n'est pas une évidence

Quand Foucault commence à publier, dans les années 1960, la pensée dominante part du sujet comme d'un point fixe. L'homme pense, perçoit, veut ; le reste s'organise autour de ce centre. Foucault retourne la perspective. Pour lui, « l'homme » au sens où on l'entend, cet être qui est à la fois celui qui connaît et l'objet qu'on prétend connaître, est une invention tardive. Il le dit dans une formule restée célèbre à la fin des Mots et les choses, en 1966 : cette figure pourrait bien s'effacer comme un visage de sable à la limite de la mer.

Ce n'est pas de la provocation gratuite. Evrard rappelle que Foucault travaille sur les conditions qui rendent une pensée possible à une époque donnée, ce qu'il appelle l'épistémè. Ce qu'on peut dire, classer, voir comme vrai change d'un âge à l'autre, et avec ça change ce que c'est qu'être un sujet. Le sujet n'est pas le point de départ de l'histoire, il en est un produit. On naît dans des catégories qui nous précèdent et qui nous assignent une place avant même qu'on ouvre la bouche.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — L'œil qui classe et qui enferme

Le premier grand chantier, c'est la folie. Dans l'Histoire de la folie à l'âge classique, publiée en 1961, Foucault raconte comment, au XVIIe siècle, l'Europe se met à enfermer. Pauvres, vagabonds, fous, libertins, tout ce qui ne travaille pas et dérange est rassemblé dans des hôpitaux généraux. En France, l'édit de 1656 crée l'Hôpital général de Paris, qui enferme en quelques années plusieurs milliers de personnes. Ce n'est pas encore un geste médical, c'est un geste d'ordre social : on range ce qui déborde.

Ce que montre Foucault, c'est que le fou n'existe pas comme catégorie stable avant qu'on le découpe ainsi. À la Renaissance, la folie parlait encore, elle avait sa place dans la ville et dans l'art. L'âge classique la fait taire, la met à l'écart, puis, plus tard, la confie au médecin. Le malade mental qu'on croit « enfin reconnu » par la science est en réalité un personnage produit par ce long travail d'exclusion et de regard.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — Fabriquer des corps dociles

En 1975 paraît Surveiller et punir, le livre où Foucault passe du savoir au pouvoir, ou plutôt montre qu'ils tiennent ensemble. Il s'ouvre sur une scène terrible : le supplice public d'un condamné en 1757, le corps écartelé sur la place. Quelques décennies plus tard, ce spectacle disparaît. On ne déchire plus les corps, on les enferme, on les rééduque, on établit des emplois du temps. Le pouvoir change de cible : il ne frappe plus la chair une fois pour toutes, il s'occupe des conduites, jour après jour.

Pour décrire ce nouveau pouvoir, Foucault emprunte une image à Jeremy Bentham : le panoptique, cette prison en anneau où un surveillant placé au centre peut voir chaque cellule sans jamais être vu. L'idée géniale et glaçante, c'est que le détenu, ne sachant jamais s'il est observé, finit par se surveiller lui-même. La contrainte n'a plus besoin de s'exercer en permanence ; elle est intériorisée. Le pouvoir devient économique, automatique, presque invisible.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Du corps surveillé à l'âme qu'on avoue

Avec le premier tome de l'Histoire de la sexualité, en 1976, Foucault s'attaque à une idée reçue : l'ère victorienne aurait fait taire le sexe, et nous serions enfin en train de nous libérer en en parlant. Faux, dit-il. Depuis des siècles, l'Occident n'a jamais tant produit de discours sur le sexe. Nous sommes des « bêtes d'aveu ». La confession religieuse, la médecine, la psychiatrie, puis la psychanalyse nous ont appris à chercher notre vérité dans notre désir, et à la dire à quelqu'un qui saura l'interpréter.

C'est le dernier tour de vis de la généalogie. Le pouvoir ne se contente plus de surveiller les corps du dehors ; il nous incite à fouiller notre intérieur et à l'énoncer. On se croit affranchi en se confiant, alors qu'on obéit à un dispositif qui a fait du secret intime le lieu même de notre vérité. L'injonction moderne « sois toi-même, dis qui tu es vraiment » est l'héritière directe du confessionnal.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

D'un bout à l'autre, le livre d'Evrard suit une même ligne : le sujet occidental n'est pas donné, il se fait. Il a été découpé par le regard qui classe les fous et les malades, modelé par les disciplines qui dressent les corps, puis sommé d'avouer sa vérité intime. Chaque fois, ce qu'on prend pour notre nature la plus profonde se révèle être le dépôt d'une histoire précise, avec ses dates, ses règlements, ses institutions.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !