Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

The Good Heart

The Good Heart

Dalai Lama

Un regard bouddhiste sur les Évangiles

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Londres, septembre 1994. Pendant trois jours, le Séminaire John Main réunit un public de moines et de contemplatifs chrétiens autour d'un invité inhabituel : le quatorzième Dalaï-Lama. La demande qu'on lui adresse est audacieuse. On ne lui propose pas de parler du bouddhisme, mais de lire et de commenter huit passages des Évangiles — le Sermon sur la montagne, les Béatitudes, la Transfiguration, la Résurrection. Un chef spirituel tibétain penché sur les textes fondateurs du christianisme, devant des chrétiens qui l'écoutent.

Le livre qui en est tiré, The Good Heart, garde la trace de cet exercice délicat. Le Dalaï-Lama y avance avec prudence, répète qu'il n'est pas expert du christianisme, s'excuse presque de toucher à des textes qui ne sont pas les siens. Et pourtant il lit vraiment. Il rapproche « aimer ses ennemis » du travail bouddhiste sur la compassion, la foi des Évangiles de la confiance qu'un pratiquant place dans sa méthode, sans jamais faire semblant que tout se recoupe.

Ce qui se joue là dépasse la curiosité pour un texte étranger. Deux traditions parmi les plus anciennes du monde se regardent en face, cherchent ce qu'elles partagent et nomment sans détour ce qui les sépare. L'intérêt de l'exercice tient précisément à ce refus de tout fondre dans une bouillie œcuménique confortable.

La question que l’on se pose : Que voit un maître bouddhiste quand il lit les Évangiles, et jusqu'où deux traditions peuvent-elles se reconnaître sans se confondre ?Ce que l’on va voir : Une lecture croisée où la compassion, la foi et le salut changent d'éclairage selon qu'on les regarde depuis Bénarès ou depuis la Galilée.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un moine bouddhiste face à huit passages de l'Évangile

Le dispositif du séminaire est simple et exigeant. On tend au Dalaï-Lama huit extraits des Évangiles, il les lit à voix haute, puis les commente à la lumière de sa propre pratique. Autour de lui, la communauté de méditation chrétienne fondée par John Main, bénédictin qui avait justement appris la méditation auprès d'un maître indien avant de la retrouver dans la tradition contemplative chrétienne. Le cadre n'a rien d'hostile : ce sont des chrétiens qui veulent entendre un regard extérieur sur leurs propres textes.

Le Dalaï-Lama pose d'emblée une règle qu'il tiendra jusqu'au bout. Il ne cherche pas à démontrer que Jésus enseignait, sans le savoir, du bouddhisme. Il ne veut pas non plus convertir qui que ce soit — il répète même qu'à ses yeux, changer de religion est rarement une bonne idée, et qu'un chrétien a tout intérêt à creuser le christianisme plutôt qu'à picorer ailleurs. Sa posture est celle d'un pratiquant qui reconnaît, dans les mots d'une autre tradition, des gestes intérieurs qu'il connaît de l'intérieur.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — Aimer ses ennemis, ou l'en­traî­ne­ment de l'esprit

Le passage sur lequel le Dalaï-Lama s'anime le plus est sans doute le commandement d'aimer ses ennemis. Il y reconnaît un frère de la pratique bouddhiste qui lui est la plus chère. Dans la tradition tibétaine, l'ennemi n'est pas seulement quelqu'un qu'on doit tolérer ; il est un maître irremplaçable. Car c'est lui, et lui seul, qui offre l'occasion de développer la patience et la tolérance véritables. Un ami ne met jamais à l'épreuve notre capacité à ne pas haïr.

Il raconte comment un pratiquant peut retourner l'hostilité en occasion d'exercice. Face à quelqu'un qui nous nuit, la réaction spontanée est la colère ; l'entraînement consiste à voir dans cette personne un être qui souffre lui aussi, prisonnier de ses propres afflictions. Le Dalaï-Lama y ajoute une méthode concrète, le tonglen, où l'on s'exerce mentalement à absorber la souffrance d'autrui et à lui rendre du bien-être. Aimer son ennemi cesse alors d'être une injonction impossible pour devenir une discipline graduée.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — Le règne de Dieu, la nature de Bouddha et la question du fondateur

Sur les passages moins moraux et plus métaphysiques, l'exercice se tend. Face au « règne de Dieu » ou à la Transfiguration, le Dalaï-Lama tâtonne, prudent, conscient qu'il touche à des notions sans équivalent bouddhiste. Il propose des ponts, mais des ponts qu'il présente comme fragiles. Le Royaume qui est « au-dedans de vous » lui évoque la nature de Bouddha, ce potentiel d'éveil que le bouddhisme dit présent en chaque être. Le rapprochement éclaire, sans jamais recouvrir tout à fait.

Car les deux édifices ne reposent pas sur le même sol. Le christianisme est bâti sur un Dieu créateur, personnel, qui aime ses créatures et vers lequel l'âme est appelée. Le bouddhisme, lui, ne pose pas de créateur et remplace l'âme permanente par le principe d'interdépendance et d'absence de soi fixe. Le Dalaï-Lama le dit sans détour : sur ces questions, un chrétien croyant et un bouddhiste ne peuvent pas être d'accord, et il serait malhonnête de prétendre le contraire. Il refuse le confort du « au fond, c'est la même chose ».

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Deux traditions qui ne se dissolvent pas l'une dans l'autre

Ce que The Good Heart met en scène, au-delà de huit passages commentés, c'est une certaine idée du dialogue entre les religions. Une idée qui va à contre-courant d'un réflexe répandu : croire que se rapprocher, c'est trouver le plus petit dénominateur commun, gommer les aspérités, aboutir à une sagesse universelle vaguement spirituelle où plus rien ne s'oppose. Le Dalaï-Lama fait exactement l'inverse. Il rapproche là où c'est vrai et sépare là où c'est vrai, avec la même tranquillité.

Cette exigence a une conséquence forte. Elle suppose qu'on tienne à sa propre tradition assez pour ne pas la brader dans l'échange. Le Dalaï-Lama insiste sur ce point avec une insistance qui surprend chez un apôtre du dialogue : il déconseille les conversions, met en garde contre le bricolage spirituel qui prend un peu de méditation ici, un peu de prière là, et se retrouve sans racine nulle part. On dialogue mieux, dit-il en substance, quand on est enraciné quelque part que quand on flotte partout.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

Le Dalaï-Lama était venu lire, pas convertir ni se laisser convertir. Il repart de Londres avec le même bouddhisme qu'à son arrivée, ses interlocuteurs avec le même christianisme, et pourtant quelque chose a bougé. Les Évangiles, passés au filtre d'un regard qui cherche d'abord ce qu'un texte demande de faire, ont révélé une profondeur pratique que leurs propres lecteurs ne mesuraient plus toujours. Et les points de friction — le créateur, l'âme, la nature de Jésus — ont été nommés au lieu d'être poliment contournés.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !