Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Politique et société

Politique et société

Pape François, Dominique Wolton

Le pape et le sociologue en dialogue

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Entre 2016 et 2017, un sociologue français des médias a franchi douze fois les portes de la maison Sainte-Marthe, au Vatican, pour s'asseoir face à Jorge Bergoglio — le pape François. Pas pour l'interviewer au sens classique, avec questions calibrées et réponses contrôlées, mais pour discuter, vraiment, à bâtons rompus. Dominique Wolton, chercheur au CNRS, spécialiste de la communication et de l'incommunication, n'est pas un théologien. C'est peut-être pour ça que l'échange a pris cette forme libre, où un chef de l'Église catholique et un intellectuel laïque creusent ensemble la guerre, les migrants, l'Europe, la politique, la famille.

Le livre qui en sort, Politique et société, paru en 2017, n'a rien d'un catéchisme. François y parle en homme qui a vu de près les dictatures argentines, les bidonvilles de Buenos Aires, et qui se méfie des idées qui prétendent tout expliquer. Wolton, lui, relance, objecte, pousse dans les angles. Le résultat tient davantage de deux amis qui ne sont pas d'accord sur tout mais s'écoutent, que du grand entretien solennel qu'on attendrait d'un pape.

Ce qui frappe, à la lecture, c'est le vocabulaire. François ne parle presque jamais de doctrine. Il parle de rencontre, de proximité, de peur, de miséricorde — des mots qui semblent plus politiques que religieux. Et c'est précisément là que se joue le fil du bouquin : un pape qui refuse de dire comment voter, mais qui passe son temps à parler de la cité des hommes.

La question que l’on se pose : Comment un pape qui refuse de faire de la politique partisane peut-il tenir un discours aussi frontal sur l'état du monde — et au nom de quoi ?Ce que l’on va voir : Le fil d'un dialogue inhabituel entre un pape et un sociologue laïque, où la foi se dit en mots de politique et la politique se mesure à l'aune des plus fragiles.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un pape et un sociologue, douze conver­sa­tions

L'origine du livre tient à une rencontre improbable. Dominique Wolton connaît le Vatican de loin, par ses travaux sur la communication et la mondialisation. Il obtient d'approcher François non pour un portrait, mais pour une série d'entretiens sur le temps long — ce que le pape appelle lui-même la différence entre le temps et l'espace, entre ce qui se construit lentement et ce qui se possède d'un coup. Les deux hommes se voient à plusieurs reprises sur une année environ, en espagnol et en italien, autour d'une table, parfois en riant.

Le dispositif compte autant que le contenu. Wolton n'est pas un courtisan, et François n'est pas en représentation. Le sociologue insiste, revient à la charge quand une réponse lui semble esquivée, défend parfois une position opposée à celle du pape — sur la place de la raison, sur la laïcité à la française, sur le rôle des médias. François encaisse, concède, nuance, mais ne se dérobe pas. On sent un homme qui préfère penser à voix haute plutôt que réciter des positions arrêtées.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — La culture de la rencontre contre la peur

Le mot qui revient le plus souvent dans la bouche de François est sans doute rencontre. Il en fait une véritable grille de lecture du monde contemporain. Face aux migrants qui traversent la Méditerranée, face aux tensions entre cultures et religions, sa réponse n'est jamais une politique précise — c'est d'abord une disposition : aller vers l'autre, le regarder, l'accueillir. Il parle d'une « culture de la rencontre » qu'il oppose à ce qu'il nomme la « mondialisation de l'indifférence ».

Son adversaire désigné, c'est la peur. François y revient constamment : la peur de l'étranger, la peur de perdre son identité, la peur qui pousse à construire des murs. Il la comprend — il ne la méprise pas — mais il la tient pour mauvaise conseillère. Pour lui, une société qui se referme par crainte se condamne à l'appauvrissement. Il cite volontiers l'exemple de l'Europe, qu'il voit comme une vieille maison fatiguée, oublieuse de sa capacité historique à intégrer, à mélanger, à se renouveler par l'apport des autres.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — Miséricorde, dis­cer­ne­ment, et le refus des systèmes clos

Si la rencontre est la méthode, la miséricorde en est le cœur. François a fait de ce mot l'axe de son pontificat, au point de décréter en 2015-2016 une année sainte entière qui lui était consacrée. Dans les entretiens, il en donne une définition très concrète : la miséricorde n'est pas la mollesse, ni l'excuse facile. C'est la capacité à voir une personne dans sa situation réelle, singulière, plutôt que de lui appliquer une règle générale comme un couperet.

De là vient son insistance sur le discernement, mot emprunté à la tradition jésuite dont il est issu. François se méfie profondément des systèmes qui prétendent répondre à tout d'avance. Il récuse les idéologies closes, de droite comme de gauche, et une certaine rigidité à l'intérieur même de l'Église, celle qui transforme la foi en catalogue d'interdits. Pour lui, la vie réelle est trop complexe pour être couverte par des formules — chaque situation demande qu'on regarde, qu'on pèse, qu'on accompagne.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Une Église qui parle au monde sans le gouverner

Reste la question qui traverse tout le livre sans jamais être posée frontalement : de quel droit un pape parle-t-il de politique ? François est clair là-dessus, et sa réponse dessine une certaine idée du rapport de l'Église au pouvoir. Il ne revendique aucune autorité temporelle, aucun programme, aucune consigne de vote. Mais il refuse l'idée que la foi devrait se taire sur l'injustice, la pauvreté ou la guerre. Entre le cléricalisme qui veut gouverner les consciences et le silence qui laisse faire, il cherche un troisième chemin.

Ce chemin, c'est celui du témoignage plutôt que du commandement. L'Église de François ne prétend pas dire aux États comment légiférer ; elle prétend rappeler ce que les calculs politiques oublient — le visage du migrant, du pauvre, du prisonnier. Son pouvoir n'est pas celui d'une institution qui tranche, mais celui d'une voix qui dérange, qui met mal à l'aise, qui refuse de normaliser ce que tout le monde a fini par accepter. C'est une politique du déplacement du regard, pas de la prise de décision.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

Au fil des douze conversations, une cohérence se dessine, qui n'est pas celle d'un système mais d'un regard. Rencontre, peur, miséricorde, discernement : ces mots qu'on croyait religieux s'avèrent être la grammaire d'une pensée du monde commun. François ne propose pas de doctrine politique ; il propose une manière de se tenir face aux autres, et refuse de la traduire en consignes. Wolton, en relançant sans cesse, aura au moins obtenu ça — faire apparaître la logique souterraine d'un pontificat qui déroute parce qu'il ne joue pas le jeu attendu du pouvoir.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !