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On Animals

On Animals

Nos vies mêlées à celles des animaux

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Description

En 2011, Susan Orlean quitte Manhattan pour une ferme de la vallée de l'Hudson, et se retrouve un matin à compter ses poules comme d'autres comptent leurs mails. Elle en aura eu jusqu'à une vingtaine, plus des dindes, un âne, des chiens, un bœuf de trait imaginé puis abandonné. Journaliste au New Yorker, connue pour Le Voleur d'orchidées, elle a passé sa carrière à suivre des obsessions humaines. Un jour, elle regarde autour d'elle et comprend que la sienne, tenace depuis l'enfance, a toujours porté un poil ou une plume.

On Animals, paru en 2021, rassemble une quinzaine de récits écrits sur près de vingt ans. Un lion domestiqué dans un appartement, une éleveuse de pigeons voyageurs, une mule vedette du cinéma, un tigre échappé dans le New Jersey, des chiens de traîneau, un âne qu'on ne retrouve plus. Chaque texte part d'une histoire vraie, souvent bizarre, toujours tendre, et refuse la leçon. Orlean n'explique pas les animaux. Elle raconte les gens qui vivent près d'eux, et se laisse déborder par ce que ça remue.

Ce qui traverse le livre n'est pas une thèse mais une insistance : nos vies sont mêlées à celles des bêtes bien plus qu'on ne l'admet, et cette proximité nous rend étranges à nous-mêmes. On les nourrit, on les nomme, on les pleure, on les mange parfois, et on ne sait jamais tout à fait ce qu'ils pensent de nous — ni ce qu'on pense d'eux.

La question que l’on se pose : Qu'est-ce que nos manières de vivre avec les animaux disent de nous, de nos attachements et de nos contradictions ?Ce que l’on va voir : Une collection de récits vrais où la bête est toujours le point d'entrée vers quelque chose de profondément humain.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Une reporter qui n'a jamais cessé d'écrire sur les bêtes

Susan Orlean a grandi à Cleveland dans une maison peuplée d'animaux en peluche, de livres sur les chiens et d'un désir jamais rassasié d'en avoir de vrais. Elle raconte que, petite, elle collectionnait moins les jouets que les histoires d'animaux — celle du cheval qui rentre seul à l'écurie, du chien qui traverse un pays pour retrouver sa famille. Ce goût ne l'a plus quittée. Devenue l'une des grandes plumes du New Yorker, elle a bâti sa réputation sur des sujets qu'elle transforme en portraits obsessionnels, du chasseur d'orchidées de Floride aux amateurs de choses improbables.

Ce qui frappe, en relisant sa carrière, c'est que les animaux y reviennent sans qu'elle l'ait vraiment décidé. Un reportage sur Rin Tin Tin, le berger allemand star d'Hollywood, devient un livre entier sur la mémoire et la célébrité canine. Une commande sur les pigeons voyageurs la mène chez des passionnés qui parlent de leurs oiseaux comme d'athlètes de haut niveau. On dirait que le sujet vient à elle, encore et encore, comme s'il portait une question qu'elle n'arrivait pas à poser autrement.

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02

Chapitre 2 — Vivre avec, élever, s'attacher — la ferme et la maison

Une bonne moitié du livre se passe à hauteur de basse-cour. Quand Orlean s'installe à la campagne, elle veut des poules pour les œufs, geste pratique et un peu romantique. Très vite, la logique se dérègle. Elle nomme ses volailles, distingue leurs caractères, s'inquiète pour la plus faible du groupe. Le calcul rationnel — tant de poules pour tant d'œufs — cède devant l'attachement. Elle décrit avec une honnêteté désarmante ce moment où l'animal utile devient un être qu'on ne peut plus tout à fait traiter comme une ressource.

Cette tension parcourt tout le livre : on vit avec les animaux à la croisée de l'affection et de l'usage. Orlean visite des éleveurs, des passionnés de concours, des gens qui achètent et vendent des bêtes comme d'autres des voitures. Chez une femme qui élève des poulets de race pour les expositions, elle observe un univers de standards, de plumes évaluées au millimètre, de fierté immense pour un oiseau qui, ailleurs, finirait au four. La beauté et la marchandise cohabitent sans que personne y voie de contradiction.

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03

Chapitre 3 — Ceux qu'on cherche, ceux qu'on perd, ceux qui dis­pa­raissent

Un autre fil du livre suit les animaux qui échappent, ceux qu'on poursuit ou qu'on pleure. Orlean raconte l'histoire d'un âne perdu au Maroc, disparu dans un paysage où personne ne semble s'en émouvoir autant qu'elle. La quête devient absurde, touchante, révélatrice : elle mesure l'écart entre son attachement d'Occidentale et le rapport plus utilitaire d'une région où l'animal est d'abord un outil de travail. La bête absente en dit long sur ceux qui la cherchent.

Elle s'attarde aussi sur des disparitions plus spectaculaires. En 2011, dans l'Ohio, un homme relâche des dizaines de fauves — lions, tigres, ours — avant de se donner la mort ; la police doit les abattre presque tous en une nuit. Orlean ne fait pas le procès facile du propriétaire. Elle explore la fascination trouble qui pousse des gens ordinaires à vouloir posséder l'indomptable, à faire entrer un prédateur de trois cents kilos dans une vie de banlieue. Le désir d'animal sauvage y apparaît comme une forme extrême, et pathétique, d'un besoin qu'on connaît tous en plus doux.

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04

Chapitre 4 — Ce que la bête révèle du côté humain de l'histoire

Ramassés bout à bout, ces récits pointent tous dans la même direction : on ne parle jamais vraiment de l'animal seul. Orlean le dit à sa façon, sans le formuler comme une théorie — dès qu'on raconte une bête, on raconte quelqu'un. Le pigeon voyageur existe à travers l'obsession de son éleveur, le lion à travers le fantasme de son propriétaire, la poule à travers l'attachement d'une citadine devenue fermière. L'animal est le prétexte, mais aussi le révélateur : il fait remonter à la surface ce que les humains, laissés à eux-mêmes, cacheraient volontiers.

Ce que la frontière entre eux et nous rend visible, c'est notre incohérence assumée. On aime un être et on en mange un autre de la même espèce ; on pleure un chien plus qu'un lointain cousin ; on dépense des sommes folles pour un sauvage qu'on aurait dû laisser tranquille. Ces contradictions ne sont pas des erreurs à corriger, chez Orlean, mais la texture même de notre rapport au vivant. Vivre avec les animaux, c'est vivre avec des sentiments qui ne s'additionnent pas proprement.

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05

Conclusion

Orlean referme le livre où elle l'a commencé, sur sa ferme, entourée de bêtes qu'elle n'a pas fini de comprendre. Aucune synthèse, aucune morale du vivant. Juste une femme qui a passé vingt ans à écrire sur des poules, des lions, des mules et des ânes, et qui découvre que ces récits éparpillés formaient une seule histoire — la sienne, tissée à celle des animaux qui ont traversé sa vie. Le livre tient sa force de ce refus de conclure : il laisse chaque relation dans sa singularité, avec ses joies encombrantes et ses contradictions non résolues.

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