Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

Le beau et l'art, c'est quoi ?

Le beau et l'art, c'est quoi ?

Oscar Brenifier

La beauté expliquée aux enfants

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

On pose la question à un enfant de huit ans : « C'est quoi, le beau ? » Il répond vite. Une fleur, un coucher de soleil, sa maman, un chaton. Puis on demande : « Et pourquoi c'est beau ? » Là, ça se complique. Le pote qui a lu, ici, c'est Oscar Brenifier, philosophe praticien qui anime des ateliers avec des enfants depuis les années 1990 et qui en a tiré une petite collection de bouquins au format question-réponse. Celui-ci s'appelle Le beau et l'art, c'est quoi ?, et il ne donne jamais la réponse.

La méthode est simple et un peu diabolique. On pose une question, on propose une réponse d'enfant, et aussitôt on la retourne. Tu trouves que c'est beau parce que ça te plaît ? Mais est-ce que tout ce qui te plaît est beau ? Un bonbon te plaît, tu ne le trouves pas beau pour autant. Chaque réponse ouvre une faille, et dans la faille, une autre question. Le livre avance comme une spirale plutôt que comme une leçon, et c'est là tout son intérêt : il n'explique pas la beauté, il apprend à ne pas s'en débarrasser trop vite.

On croit souvent que ces questions sont des questions d'enfants, le genre qu'on laisse derrière soi en grandissant. Brenifier fait le pari inverse : ce sont les questions qu'on a arrêté de se poser, et qu'on aurait tort d'abandonner. Derrière « c'est quoi le beau », il y a tout ce qu'on engage sans le savoir quand on dit d'une chose qu'elle est belle.

La question que l’on se pose : Quand on dit qu'une chose est belle, est-ce qu'on parle de la chose, ou de nous ?Ce que l’on va voir : Comment une poignée de questions posées à des enfants décousent, une à une, nos certitudes d'adultes sur le beau et l'art.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Une fleur est-elle belle, ou est-ce qu'on la trouve belle ?

La première fissure que Brenifier ouvre est la plus vertigineuse, et c'est celle qui structure tout le livre. Un enfant dit : la fleur est belle. Réponse apparemment solide. Sauf qu'on peut la lire de deux façons opposées. Ou bien la beauté est dans la fleur, comme sa couleur ou son odeur — une propriété qu'elle possède, que je le veuille ou non. Ou bien la beauté est dans mon regard, et la fleur n'y est pour rien : c'est moi qui la trouve belle, et un autre pourrait passer sans la voir.

Les deux pistes mènent loin, et chacune a son prix. Si la beauté est dans la fleur, alors elle devrait être belle pour tout le monde, tout le temps. Mais ce n'est pas le cas : ce qui émeut l'un laisse l'autre indifférent, ce qu'on adorait enfant nous paraît fade plus tard. Si au contraire la beauté est seulement dans mon regard, alors dire « cette fleur est belle » reviendrait à dire « j'aime cette fleur » — et ce n'est pas tout à fait pareil. Quand on dit beau, on a le sentiment de parler de la chose, pas seulement de soi.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — Un dessin raté, est-ce que c'est de l'art ?

Du beau, le livre glisse vers l'art, et le passage n'a rien d'évident. On suppose souvent que l'art sert à faire du beau. Mais Brenifier pousse l'enfant à décoller les deux. Un couteau bien aiguisé, une voiture rapide, un geste sportif parfait peuvent être beaux sans être de l'art. Et une œuvre peut être de l'art sans qu'on la trouve belle. Alors qu'est-ce qui fait qu'une chose est de l'art ?

Première réponse d'enfant : c'est de l'art quand c'est bien fait, quand c'est difficile, quand ça demande du talent. Brenifier retourne la carte. Un maçon fait un travail difficile et bien fait ; est-il artiste ? Un enfant barbouille trois traits qui ne ressemblent à rien ; est-ce de l'art ? Si le critère est l'habileté, beaucoup d'objets du quotidien deviennent de l'art, et beaucoup de tableaux de musée n'en seraient plus. L'habileté ne suffit pas, et pourtant on ne peut pas s'en passer complètement.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — Le laid peut-il faire une belle œuvre ?

Voici le moment où l'intuition de départ se retourne pour de bon. Si l'art sert à faire du beau, alors un tableau qui représente une chose laide devrait être laid lui-même. Un enfant le sent bien : une sorcière hideuse, un monstre, une scène de guerre, une vieille chaussure crottée. Pourtant des peintres passent leur vie à représenter la laideur, la misère, la souffrance — et on parle de chefs-d'œuvre. Comment une chose laide peut-elle donner une œuvre belle ?

Brenifier pose la distinction sans la nommer savamment : il y a ce qui est représenté, et il y a la façon de le représenter. Le sujet peut être repoussant, le tableau magnifique. Autrement dit, la beauté d'une œuvre ne se mesure pas à la beauté de ce qu'elle montre. Elle tient à autre chose — une manière de regarder, de donner à voir, qui transforme même le laid en quelque chose qui nous retient. Un enfant comprend ça très vite s'il pense à une histoire qui fait peur mais qu'on redemande le soir.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — Chacun ses goûts, et après ?

Arrivé au bout, l'enfant a une porte de sortie toute prête, celle que les adultes lui tendent en permanence : chacun ses goûts. Tu trouves ça beau, je trouve ça moche, et personne n'a tort. La formule met fin à la dispute. Elle met fin aussi à la réflexion, et c'est précisément contre elle que travaille tout le livre de Brenifier. « Chacun ses goûts » n'est pas une réponse, c'est une façon polie d'arrêter de penser.

Car si tout se vaut, alors plus rien ne se discute, et quelque chose se perd. On ne peut plus apprendre à voir, puisqu'il n'y aurait rien à mieux voir. On ne peut plus être déçu par son propre regard d'avant, ni surpris par une œuvre qui nous force à réviser ce qu'on croyait aimer. L'enfant qui lâche trop vite « chacun ses goûts » se prive de l'expérience la plus intéressante : celle de trouver beau ce qu'on trouvait laid hier. Brenifier, à travers ses petites questions en apparence naïves, défend obstinément le droit de continuer à chercher là où l'adulte pressé déclare l'affaire classée.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

Le beau et l'art, c'est quoi ? ne répond jamais à son titre, et c'est son honnêteté. Brenifier part des réponses simples des enfants — la fleur est belle, l'art fait du joli, chacun ses goûts — et les fait éclater une par une, sans jamais les remplacer par la bonne. À la fin, l'enfant ne sait pas davantage ce qu'est le beau. Mais il sait qu'il ne le savait pas, et qu'il y a là une vraie énigme, pas une simple affaire de préférences.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !