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A Bright Future

A Bright Future

Joshua S. Goldstein

Les pays qui ont déjà décarboné

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Description

En 2019, un physicien et politologue américain publie un livre au titre optimiste, presque provocant vu l'ambiance climatique du moment : A Bright Future. Joshua Goldstein, qui a passé sa carrière à étudier les guerres et la paix, s'associe à un ingénieur suédois, Staffan Qvist, pour poser une question têtue : parmi tous les pays du monde, lesquels ont déjà décarboné leur électricité pour de bon ? Pas dans des plans à l'horizon 2050, pas dans des promesses. Déjà. Fait.

La réponse tient sur les doigts d'une main, et elle dérange beaucoup de monde. Parce que les rares pays qui ont réussi à produire une électricité quasi sans carbone n'y sont pas arrivés en couvrant leurs plaines de panneaux, mais en combinant l'hydraulique de leurs montagnes et une énergie que le discours écologiste dominant classe, depuis quarante ans, du côté du problème plutôt que de la solution. Goldstein et Qvist prennent deux voisins européens et regardent ce qui s'est réellement passé, courbe de CO₂ à l'appui.

Leur méthode a quelque chose de rafraîchissant : plutôt que de débattre de ce qui devrait marcher, ils regardent ce qui a marché, où, quand, à quelle vitesse. Et le résultat ne colle pas avec l'intuition que la plupart d'entre nous ont sur la transition énergétique.

La question que l’on se pose : Comment une poignée de pays ont-ils déjà décarboné leur électricité, et pourquoi refuse-t-on de regarder comment ils s'y sont pris ?Ce que l’on va voir : Deux voisins européens, deux trajectoires, et une énergie mal-aimée au cœur de la seule décarbonation rapide jamais réussie.

Sommaire

01

Chapitre 1 — La Suède, un pays qui a déjà réussi

Quand Goldstein cherche un modèle de décarbonation réussie, il n'a pas besoin d'inventer un scénario : il montre la Suède. Le pays produit une électricité dont l'empreinte carbone est parmi les plus basses de la planète, autour de quinze grammes de CO₂ par kilowattheure — à comparer aux quatre ou cinq cents grammes d'un pays qui brûle encore beaucoup de charbon ou de gaz. Un Suédois branche sa bouilloire avec une conscience climatique quasi tranquille, et ça, ce n'est pas un projet, c'est une réalité vieille de plusieurs décennies.

La recette suédoise tient en deux mots : l'eau et l'atome. Environ la moitié de l'électricité vient des barrages hydroélectriques, nourris par les rivières du nord et les reliefs scandinaves. L'autre moitié, ou presque, vient des réacteurs nucléaires construits pour l'essentiel dans les années 1970 et 1980. Le reste, une part croissante d'éolien, complète le tableau. Le gros du travail de décarbonation a donc été accompli avant même qu'on parle de réchauffement climatique dans les journaux télévisés.

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02

Chapitre 2 — La France, la décennie où tout a basculé

Le deuxième cas de Goldstein, c'est le voisin français, et il est plus spectaculaire encore. Au début des années 1970, la France produit son électricité surtout avec du pétrole et du charbon importés. Le choc pétrolier de 1973 frappe un pays sans ressources fossiles, et le gouvernement de Pierre Messmer prend une décision brutale de rapidité : construire un parc nucléaire national, le plus vite possible. Le fameux plan Messmer lance des dizaines de réacteurs presque simultanément.

Le résultat est l'un des faits les plus stupéfiants de l'histoire énergétique, et pourtant l'un des plus ignorés. En une quinzaine d'années, entre le milieu des années 1970 et la fin des années 1980, la France construit une cinquantaine de réacteurs et fait chuter l'intensité carbone de son électricité d'un facteur considérable. Goldstein et Qvist insistent sur ce chiffre : aucun pays n'a jamais décarboné son électricité aussi vite, à cette échelle, que la France pendant cette décennie-là. Ni les champions solaires, ni les champions éoliens.

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03

Chapitre 3 — Pourquoi l'Allemagne a pris le chemin inverse

Pour comprendre ce qui coince, Goldstein regarde le contre-exemple parfait : l'Allemagne. Après la catastrophe de Fukushima en 2011, Berlin décide de fermer ses centrales nucléaires, une par une, dans le cadre de sa politique de transition énergétique, l'Energiewende. Le pays investit des sommes colossales — plusieurs centaines de milliards d'euros sur deux décennies — dans le solaire et l'éolien. Sur le papier, l'archétype de la transition verte.

Sauf que les chiffres racontent une autre histoire, et c'est là que le livre appuie. En fermant ses réacteurs, l'Allemagne a dû compenser la production perdue, et elle l'a fait en partie avec du charbon, y compris le lignite, l'un des combustibles les plus sales qui existent. Résultat : malgré des dépenses gigantesques et un déploiement massif de renouvelables, l'électricité allemande est restée bien plus carbonée que l'électricité française ou suédoise. Un Allemand qui branche sa bouilloire émet plusieurs fois plus de CO₂ qu'un Français, alors même que son pays se présente comme le champion écologique de l'Europe.

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04

Chapitre 4 — Le nucléaire, cette énergie qu'on refuse de regarder

Au-delà des courbes de CO₂, le vrai sujet du livre est notre rapport au risque. Pourquoi une énergie qui a permis les seules décarbonations rapides de l'histoire suscite-t-elle une répulsion si tenace ? Goldstein, en spécialiste des conflits, s'intéresse à la manière dont les sociétés trient leurs peurs. Et il constate une distorsion frappante : on redoute intensément le nucléaire, très peu la pollution des fossiles, alors que le bilan humain penche massivement dans l'autre sens.

Les chiffres qu'il aligne sont contre-intuitifs. Tchernobyl et Fukushima, les deux accidents qui hantent l'imaginaire, ont fait un nombre de morts directement attribuables bien inférieur à ce qu'on imagine — quelques dizaines pour Tchernobyl, quasiment aucun décès par radiation à Fukushima, l'essentiel des victimes venant de l'évacuation elle-même. Pendant ce temps, la pollution de l'air liée à la combustion des énergies fossiles tue, selon les estimations que reprennent les auteurs, plusieurs millions de personnes chaque année, silencieusement, sans image spectaculaire ni nom d'accident.

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05

Conclusion

Goldstein et Qvist ne livrent pas un plaidoyer romantique pour l'atome. Ils font quelque chose de plus modeste et de plus dérangeant : ils regardent qui a déjà décarboné, mesurent à quelle vitesse, et constatent que la réponse ne ressemble pas à celle qu'on attendait. La Suède avec ses barrages et ses réacteurs, la France avec son pari des années 1970, ont réussi en une génération ce que d'autres promettent pour la seconde moitié de ce siècle. L'Allemagne, en tournant le dos au nucléaire, a montré à l'inverse le coût carbone d'un refus de principe.

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