
12 règles pour une vie
Douze règles contre le chaos
Description
En janvier 2018 sort un livre d'un psychologue clinicien canadien jusque-là connu surtout de ses étudiants à Toronto. Titre austère, sous-titre plus austère encore : un antidote au chaos. En quelques mois, il se vend par millions, traduit dans une cinquantaine de langues, et son auteur remplit des salles entières de gens venus l'écouter parler de responsabilité, de rangement de chambre et de dinosaures posturaux. Le phénomène dépasse largement le rayon développement personnel.
Jordan Peterson n'écrit pourtant rien de très neuf, et il le revendique. Il pioche chez les stoïciens, chez Jung, chez Dostoïevski, dans la Bible et dans la biologie animale, pour formuler douze règles de conduite d'une simplicité presque gênante. Range ta chambre. Tiens-toi droit. Dis la vérité. Prises isolément, elles ressemblent à des conseils qu'une grand-mère donnerait. Assemblées, elles dessinent une thèse plus dure : la vie est une lutte contre le désordre, et l'individu en est le premier responsable.
Ce mélange de banalité apparente et de gravité assumée explique à la fois l'engouement et la controverse. Beaucoup y ont trouvé une boussole ; d'autres y ont vu un conservatisme déguisé en sagesse universelle. Reste un objet singulier : un manuel de conduite qui prend au sérieux l'idée que le chaos guette en permanence.
La question que l’on se pose : Comment douze conseils qui ressemblent à des évidences en viennent-ils à porter une vision aussi tranchée de l'existence ?Ce que l’on va voir : On entre dans le socle psychologique de ces règles, dans deux ou trois d'entre elles vues de près, puis dans ce que ce succès révèle et ce qu'on lui a reproché.
Sommaire
01Chapitre 1 — Un homard, la sérotonine et la posture droite
La toute première règle du livre est aussi la plus commentée, et elle commence par un animal. Peterson ouvre sur le homard. Ces crustacés existent depuis des centaines de millions d'années, bien avant les mammifères, et ils vivent en hiérarchies. Deux homards qui se disputent un abri s'affrontent ; le perdant se recroqueville, le gagnant se redresse. Ce qui intéresse Peterson, c'est ce qui se passe dans leur système nerveux : le vainqueur voit sa sérotonine grimper, le vaincu la voit chuter. La molécule qui règle notre humeur règle aussi la posture du homard.
L'argument est le suivant. Les hiérarchies de statut ne sont pas une invention récente du capitalisme ou de la culture, mais un dispositif ancien, inscrit dans le vivant depuis très loin. Notre cerveau possède, dit-il, un mécanisme qui surveille en permanence notre rang, et qui ajuste notre chimie interne selon qu'on se sent au-dessus ou en dessous. Perdre trop souvent enclenche une spirale : moins de sérotonine, moins d'assurance, posture affaissée, défaites qui s'enchaînent.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
02Chapitre 2 — Se traiter comme quelqu'un dont on a la charge
Deuxième règle, formulée d'une manière volontairement retorse : se traiter comme quelqu'un dont on aurait la responsabilité. Peterson part d'un constat clinique qu'il dit avoir observé chez ses patients et dans les statistiques. Les gens prennent mieux soin d'un animal ou d'un enfant que d'eux-mêmes. On donne à un chien ses médicaments à l'heure ; on oublie de prendre les siens. Comme si soi-même méritait moins d'attention que ceux qu'on aime.
Il relie cette négligence à une intuition morale enfouie : le sentiment obscur qu'on ne vaut pas grand-chose, qu'on connaît trop bien ses propres failles pour se juger digne de soin. Pour dénouer ça, il passe par le récit biblique de la Genèse, du jardin, de la chute, du savoir du bien et du mal. L'être humain est le seul animal conscient de sa propre fragilité et de sa propre capacité à faire le mal — ce qui nourrit un mépris de soi diffus.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
03Chapitre 3 — Dire la vérité, ou au moins ne pas mentir
Au cœur du livre, une règle que Peterson considère comme centrale : dire la vérité, ou au minimum ne pas mentir. Elle vient de son travail de psychologue et de sa lecture des régimes totalitaires du vingtième siècle. Chez Soljenitsyne, dans les écrits sur le Goulag, il retient une idée fixe : les grandes catastrophes collectives se construisent aussi à partir d'une multitude de petits mensonges quotidiens, individuels, que chacun se raconte et raconte aux autres pour se simplifier la vie.
Le mensonge dont il parle n'est pas d'abord le gros mensonge spectaculaire. C'est le mensonge de vie : dire ce qu'on croit qu'on attend de nous, choisir une carrière pour plaire, taire un désaccord pour éviter le conflit, se persuader qu'on pense ce qui est commode de penser. À force, dit-il, on construit une existence sur des fondations fausses, et le réel finit par la rattraper — souvent brutalement.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
04Chapitre 4 — Ordre, chaos et le fil qui relie les douze règles
Si l'on prend de la hauteur, les douze règles racontent une seule histoire, empruntée pour l'essentiel à Jung et à une lecture symbolique des vieux mythes. La vie oscille entre deux pôles. D'un côté l'ordre : le connu, la structure, la tradition, ce qui marche et qu'on peut prévoir. De l'autre le chaos : l'inconnu, l'imprévu, ce qui déborde et menace. Trop d'ordre étouffe et fige ; trop de chaos écrase et paralyse. Le lieu où l'on doit se tenir, selon Peterson, c'est la frontière entre les deux, le fil étroit où l'on est stable sans être rigide.
Chaque règle est une manière de se maintenir sur ce fil. Se tenir droit, ranger sa chambre, dire la vérité, poursuivre une visée claire : autant de gestes qui produisent de l'ordre là où le désordre gagnait. Et cet ordre, Peterson le fait porter presque entièrement par l'individu. Là est le geste caractéristique du livre : avant de vouloir réparer le monde, réparer ce dont on a directement la charge — sa posture, sa parole, sa maison, ses enfants. Le grand est hors de portée ; le petit ne l'est pas.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
05Conclusion
Au bout des douze règles, on retrouve le homard du début et son dos redressé. Le livre boucle sur son image inaugurale : face à un monde qui pèse, la première chose à faire est de tenir debout, littéralement et moralement. Ranger sa chambre, dire ce qu'on pense vrai, se traiter avec le soin qu'on accorde à ceux qu'on aime — ce sont des marches modestes vers un même sommet, celui d'une existence qu'on assume au lieu de la subir. La simplicité des consignes n'est pas une naïveté ; c'est un pari sur ce qui reste à portée de main quand le reste échappe.

Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !












