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The Soul of an Octopus

The Soul of an Octopus

Sy Montgomery

La conscience d'une pieuvre

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Description

Un aquarium de Boston, un bac d'eau froide, et une main qu'on plonge dedans sans trop savoir à quoi s'attendre. Ce qui remonte, c'est une créature molle, changeante, qui enroule ses ventouses autour d'un avant-bras humain et se met, tranquillement, à goûter la peau qu'elle touche. La naturaliste américaine Sy Montgomery a vécu cette scène, et elle en a fait un livre paru en 2015, The Soul of an Octopus. Le titre a l'air d'une provocation romantique. C'est en réalité une question posée très au sérieux : est-ce qu'un animal aussi éloigné de nous peut avoir quelque chose comme une vie intérieure ?

Le poulpe est le genre de bête qu'on croit connaître parce qu'on en a mangé, ou parce qu'on a vu une vidéo d'évasion virale. On sait vaguement qu'il change de couleur, qu'il a huit bras, qu'il gicle de l'encre. Ce qu'on ignore, c'est qu'il reconnaît les visages humains, ouvre des bocaux par curiosité, joue avec des objets, et manifeste des humeurs qu'on peine à ne pas appeler des humeurs. Montgomery a passé des années au contact de plusieurs individus — Athena, Octavia, Kali, Karma — et chacun avait, dit-elle, son caractère.

L'intérêt du livre n'est pas seulement affectif. Le poulpe est un mollusque, cousin de l'escargot et de l'huître, séparé de nous par plus d'un demi-milliard d'années d'évolution. Il n'a pas de squelette, pas de colonne vertébrale, et pourtant il résout des problèmes. Ça oblige à reconsidérer d'où vient l'intelligence, et si la nôtre est le seul modèle possible.

La question que l’on se pose : Une créature sans squelette, presque entièrement étrangère à notre lignée, peut-elle abriter une forme de conscience — et comment le saurait-on ?Ce que l’on va voir : Une rencontre au bord d'un bac, un système nerveux qui contredit tout ce qu'on croyait, et le vertige d'une intelligence qui a poussé sur une autre branche que la nôtre.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Athena, ou la première poignée de tentacule

La première pieuvre de Montgomery s'appelait Athena, une géante du Pacifique installée à l'aquarium de Nouvelle-Angleterre, à Boston. Quand la naturaliste plonge la main dans le bac pour la rencontrer, l'animal ne fuit pas et n'attaque pas. Il vient. Il déplie ses bras, colle ses ventouses contre la peau, et commence à tirer doucement, comme pour évaluer qui est là. Chaque ventouse — il y en a environ deux mille sur l'ensemble des bras — goûte autant qu'elle agrippe. Athena, littéralement, la dégustait.

Ce contact n'a rien d'un réflexe alimentaire. Les soigneurs de Boston racontent à Montgomery que leurs pieuvres les reconnaissent une par une. Une expérience menée ailleurs a montré qu'un poulpe traité gentiment par une personne et brusquement par une autre finit par accueillir la première et arroser la seconde d'un jet d'eau dès qu'elle approche. Distinguer deux humains habillés pareil, en se fiant au visage, c'est déjà une prouesse pour un animal censé n'être qu'un tube nerveux mou.

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02

Chapitre 2 — Un cerveau qui déborde de partout

Le poulpe possède environ cinq cents millions de neurones, un chiffre comparable à celui d'un chien. Mais la comparaison s'arrête là, parce que ces neurones ne sont pas rangés comme chez nous. Moins de la moitié se trouvent dans le cerveau central, logé entre les yeux. Le reste — la majorité — est réparti dans les bras. Chaque bras contient son propre réseau, capable de sentir, de goûter et de bouger avec une large autonomie. Un bras sectionné continue un moment à attraper de la nourriture et à la porter vers l'endroit où serait la bouche.

Cela veut dire qu'un poulpe pense, en partie, avec ses membres. Montgomery décrit une intelligence distribuée, presque décentralisée : le cerveau central donne une intention générale — aller par là, ouvrir ça — et les bras improvisent le détail, chacun palpant son coin du monde. Nos catégories peinent à décrire ça. On n'a pas de mot pour un être dont la réflexion se fait aux deux tiers hors de la tête.

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03

Chapitre 3 — Ce que voit une pieuvre qui n'a pas de visage

Comment décider qu'un poulpe est intelligent ? Montgomery s'appuie sur les indices que les biologistes retiennent d'ordinaire : la résolution de problèmes, le jeu, la mémoire, la curiosité. Sur tous ces terrains, le poulpe marque des points. En laboratoire, il apprend à ouvrir un bocal pour attraper un crabe placé dedans — puis, quand on emboîte un second bocal à l'intérieur du premier, il finit par résoudre la double énigme. Il retient la solution et va plus vite la fois suivante.

Le jeu est un signe encore plus troublant, parce qu'il ne sert à rien d'immédiat. Des chercheurs ont observé des poulpes pousser une bouteille en plastique dans le courant d'une pompe, la laisser revenir, la repousser — encore et encore, sans récompense, comme un enfant fait rebondir une balle. Or on ne joue que quand les besoins vitaux sont couverts et qu'il reste du surplus mental à dépenser. Le jeu suppose un esprit qui explore pour explorer.

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04

Chapitre 4 — L'in­tel­li­gence a bifurqué deux fois

Si le poulpe fascine autant Montgomery, c'est qu'il tient une position unique dans l'arbre du vivant. Tous les animaux qu'on juge d'ordinaire intelligents — grands singes, dauphins, éléphants, corbeaux — partagent avec nous un ancêtre relativement récent et un plan de base : un squelette interne, un système nerveux centralisé, une même architecture héritée. Le poulpe, lui, se situe de l'autre côté d'une séparation vieille de plus de cinq cents millions d'années. Notre dernier ancêtre commun était probablement une sorte de ver plat aveugle, doté de quelques cellules nerveuses au mieux.

Autrement dit, l'intelligence complexe ne s'est pas inventée une fois puis diffusée. Elle a surgi au moins deux fois, indépendamment, sur deux branches qui n'avaient presque rien en commun au départ. La nôtre a concentré les neurones dans une boîte crânienne ; celle du poulpe les a semés dans des bras. Deux solutions distinctes au même problème — se repérer, chasser, apprendre, survivre. C'est ce que les biologistes appellent une évolution convergente, et le poulpe en est le cas le plus vertigineux.

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05

Conclusion

Athena est morte pendant l'écriture du livre, comme meurent toutes les pieuvres géantes du Pacifique, au bout de trois ou quatre ans à peine. C'est une des cruautés de l'histoire : ces créatures capables d'apprendre, de jouer et de reconnaître des visages ne vivent presque rien. Montgomery a suivi la naissance, la vie et la fin de plusieurs d'entre elles, et chaque disparition l'a affectée comme celle d'un être qui comptait — pas d'un spécimen. Le lien allait dans les deux sens, autant qu'un lien peut aller entre deux formes de vie aussi éloignées.

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