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Les planètes géantes

Les planètes géantes

Thérèse Encrenaz

Jupiter, Saturne et leurs voisines

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Description

Quand on lève les yeux vers Jupiter un soir d'hiver, on voit un point lumineux, stable, presque banal. Pourtant, derrière ce point tient un objet qui pèse à lui seul plus de deux fois toutes les autres planètes du Système solaire réunies — une boule de gaz si massive qu'elle a bien failli, à quelques dizaines de masses près, s'allumer en étoile. Saturne, Uranus et Neptune complètent le tableau : quatre mondes énormes, lointains, sans surface solide, qui occupent la banlieue froide du Système solaire et que l'on connaît surtout par les quelques sondes qui ont osé s'y aventurer.

C'est l'objet du livre de Thérèse Encrenaz, astrophysicienne qui a passé sa carrière à scruter l'atmosphère de ces géantes. On les range volontiers en deux familles — les géantes gazeuses, Jupiter et Saturne, et les géantes de glace, Uranus et Neptune — mais ce classement propre cache des différences profondes de composition, de couleur, de rythme. Pendant longtemps, on a cru ces planètes figées, mornes, vides d'intérêt. Les missions spatiales ont montré l'inverse : des atmosphères déchaînées, des anneaux qui se font et se défont, des lunes qui abritent peut-être de l'eau liquide.

Ce qui rassemble ces quatre mondes, c'est moins leur ressemblance qu'une histoire commune : ils gardent, mieux que la Terre, la mémoire de ce qui s'est passé quand le Soleil était jeune. Les décrypter, c'est remonter à la matière brute dont tout le reste est sorti.

La question que l’on se pose : Que nous apprennent ces mondes de gaz sans sol sur la naissance du Système solaire et sur ce qui s'y joue encore ?Ce que l’on va voir : Comment ces planètes sont faites, ce que cache leur atmosphère, le cortège qui les entoure, et pourquoi on envoie des sondes jusque-là.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Quatre boules de gaz, aucun sol où poser le pied

La première chose à comprendre, et la plus déroutante, c'est qu'aucune de ces planètes n'a de surface au sens où on l'entend. Pas de plage, pas de rocher, pas de ligne nette entre le sol et le ciel. Si l'on plongeait vers Jupiter, on traverserait une atmosphère de plus en plus dense, de plus en plus chaude, jusqu'à ce que l'hydrogène gazeux devienne progressivement liquide, sans qu'on puisse jamais dire où commence l'un et où finit l'autre. Il n'y a pas de bas où atterrir — juste une transition continue vers un intérieur écrasant.

Jupiter et Saturne sont faites essentiellement d'hydrogène et d'hélium, exactement comme le Soleil. C'est pour ça qu'on les appelle géantes gazeuses : leur composition rappelle celle d'une étoile ratée. Au plus profond, la pression est telle que l'hydrogène adopte un état métallique, conducteur, qu'on ne sait reproduire en laboratoire que par éclairs. Encrenaz rappelle que Jupiter rayonne plus d'énergie qu'elle n'en reçoit du Soleil : elle se contracte encore très lentement, et cette contraction dégage une chaleur résiduelle venue de sa formation. Saturne en fait autant, et plus encore, ce qui suppose chez elle une source de chaleur supplémentaire qu'on explique mal.

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02

Chapitre 2 — Sous la brume, une chimie qui dévore la lumière

Ce qu'on voit d'une géante, ce n'est jamais elle — c'est le sommet de ses nuages. Et ces sommets sont le théâtre d'une chimie spectaculaire. Les bandes colorées de Jupiter, ces rubans ocre, blancs et bruns qui font sa signature, sont des courants atmosphériques tournant à des vitesses différentes, séparés par des zones de turbulence où se forment des nuages d'ammoniac. La Grande Tache rouge, un anticyclone plus large que la Terre, tourne sur elle-même depuis au moins trois siècles qu'on l'observe.

Saturne paraît plus douce, plus pâle, parce qu'une brume d'altitude estompe ses bandes. Mais sous cette apparence tranquille soufflent des vents parmi les plus rapides du Système solaire, et son pôle nord abrite un étrange motif hexagonal, un courant-jet dessinant un hexagone presque parfait que personne n'avait anticipé avant de le voir sur les images des sondes.

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03

Chapitre 3 — Anneaux, lunes et champs magnétiques démesurés

Une géante ne vient jamais seule. Chacune traîne derrière elle un véritable système miniature, et le plus célèbre reste les anneaux de Saturne. On a longtemps cru qu'ils étaient uniques ; on sait désormais que les quatre géantes en possèdent, mais que ceux de Saturne sont de loin les plus brillants et les plus larges, faits de milliards de blocs de glace allant du grain de poussière à la maison. Ces anneaux sont probablement jeunes à l'échelle cosmique, et sans doute condamnés à se disperser un jour.

Autour gravitent des dizaines de lunes, et certaines sont devenues des objets de fascination à part entière. Encrenaz s'attarde sur quelques-unes : Europe, l'une des lunes de Jupiter, cache sous sa croûte de glace un océan d'eau liquide ; Titan, la plus grande lune de Saturne, possède une atmosphère épaisse et des lacs de méthane liquide à sa surface ; Encelade crache dans l'espace des geysers d'eau salée. Autant de mondes où l'on cherche aujourd'hui les conditions d'une chimie organique, voire d'une vie possible.

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04

Chapitre 4 — Les géantes comme clé des mondes lointains

Longtemps, Jupiter, Saturne et leurs voisines ont été les seules géantes connues, un échantillon de quatre objets dont il fallait tout tirer. Depuis le milieu des années 1990 et la détection des premières exoplanètes, le regard a changé. Les premiers mondes repérés autour d'autres étoiles étaient justement des géantes de type jovien — parfois énormes, parfois collées à leur étoile, ces « Jupiter chauds » que rien dans notre Système solaire ne laissait prévoir. D'un seul coup, nos quatre géantes sont devenues les seuls spécimens qu'on peut examiner de près pour comprendre une population désormais comptée par milliers.

C'est tout le sens que donne Encrenaz à leur étude : ces planètes sont un laboratoire grandeur nature. Comprendre comment Jupiter s'est formée, à quelle distance, avec quelle proportion d'éléments lourds, c'est tester les scénarios qui expliquent pourquoi ailleurs les géantes finissent parfois tout près de leur soleil. La composition précise de leur atmosphère — la quantité de carbone, d'azote, d'eau par rapport à celle du Soleil — devient une archive chimique du disque primordial, et chaque molécule mesurée resserre les modèles de naissance planétaire.

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05

Conclusion

Au bout du parcours, les quatre géantes cessent d'être ces points lumineux interchangeables du ciel nocturne. Jupiter et Saturne, gonflées d'hydrogène comme des étoiles qui n'ont pas abouti ; Uranus et Neptune, chargées de glaces et de bleus, tordues par des magnétismes qu'on ne comprend pas. Chacune garde sous sa brume une chimie vivante, un cortège d'anneaux et de lunes, et la trace du disque de matière dont tout le Système solaire est sorti. Encrenaz montre à quel point ces mondes, qu'on croyait inertes, sont en réalité agités et bavards pour qui sait décomposer leur lumière.

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