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On Immunity

On Immunity

Eula Biss

Vaccination, peur et confiance

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Description

En 2009, une jeune mère américaine vient d'accoucher de son premier fils quand la grippe H1N1 se répand. Autour d'elle, dans les parcs, sur les forums, entre amies, une même inquiétude circule : faut-il vraiment vacciner ? Le vaccin contient-il du mercure, de l'aluminium, des choses dont on préférerait ne rien savoir ? Cette mère, c'est Eula Biss, essayiste et poète. Elle n'est pas anti-vaccins. Mais elle sent monter en elle une peur qu'elle n'arrive pas à raisonner — la peur très concrète de faire, à ce petit corps, du mal en croyant le protéger.

De cette peur intime, Biss tire un livre paru en 2014, On Immunity: An Inoculation. Plutôt que de trancher entre les camps, elle fait une chose plus rare : elle prend la défiance vaccinale au sérieux comme objet culturel. D'où vient cette angoisse ? Pourquoi résiste-t-elle aux chiffres, aux études, aux démentis répétés ? Elle remonte les métaphores, les vieilles peurs, les récits qui s'accrochent au geste de la piqûre. Et elle découvre que la question du vaccin parle beaucoup moins de virologie que de nous.

Le résultat n'est ni un pamphlet ni un manuel de santé publique. C'est une enquête sur ce qu'on redoute quand on redoute un vaccin : la contamination, la pureté perdue, le corps de l'enfant livré à des mains anonymes. Biss écrit en mère inquiète et en lectrice de Susan Sontag, de Bram Stoker, de Voltaire. Et elle finit par retourner la question de fond en comble.

La question que l’on se pose : Pourquoi la peur du vaccin résiste-t-elle aux preuves, et que dit-elle de notre rapport au corps, à la pureté et aux autres ?Ce que l’on va voir : Comment une mère lettrée démonte les récits qui nourrissent la défiance, et arrive à une idée qui renverse tout le débat.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un fils, un vaccin, une peur qui ne se raisonne pas

Le livre commence dans une chambre d'hôpital. Biss vient d'accoucher, son corps est encore une frontière poreuse entre elle et son fils, et déjà la question du danger la submerge. Elle raconte cette hantise très particulière de la jeune mère : le sentiment que le monde entier menace ce nouveau-né, et qu'à chaque décision — allaiter ou non, vacciner ou non — on joue quelque chose d'irréversible. Le vaccin cristallise cette angoisse parce qu'il demande d'introduire volontairement, dans un corps qu'on veut garder intact, une substance qu'on ne voit pas et qu'on ne comprend pas.

Ce qui frappe Biss, c'est qu'elle appartient à un milieu instruit, aisé, plutôt progressiste — et que c'est précisément là que la défiance est la plus vive. Les mères qui l'entourent lisent, se renseignent, s'échangent des articles. Elles ne sont pas ignorantes ; elles sont submergées d'informations contradictoires et cherchent à protéger. La peur ne vient pas d'un manque de savoir mais d'un excès de récits qui se disputent. Et cette peur circule comme un virus, de mère en mère, chacune contaminant l'autre de son inquiétude sous couvert de prudence.

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02

Chapitre 2 — Le sang, la pureté et la peur de ce qu'on nous injecte

Derrière le refus du vaccin, Biss repère une croyance tenace : celle d'un corps naturellement pur qu'une substance étrangère viendrait corrompre. On parle de « toxines », de « produits chimiques », d'un organisme sain qu'il faudrait préserver de toute intrusion artificielle. Le vaccin devient l'incarnation d'une souillure — l'idée qu'en injectant on ajoute de l'impur à du propre. Biss montre que cette opposition entre naturel et artificiel est une construction morale bien plus qu'une réalité biologique. Le corps n'a jamais été pur ; il est traversé, colonisé, habité de bactéries depuis toujours.

Elle relie cette angoisse à des peurs anciennes autour du sang et de la contamination. L'idée qu'un fluide venu de l'extérieur puisse nous altérer touche à quelque chose de très profond, presque religieux. Biss note que la variolisation, ancêtre du vaccin pratiqué dès le XVIIIe siècle, consistait déjà à introduire du pus d'un malade dans un corps sain — un geste répugnant à l'intuition, et pourtant salvateur. Voltaire lui-même, dans ses lettres, s'émerveillait que les Anglais osent une pratique que la peur du contact rendait impensable ailleurs.

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03

Chapitre 3 — Dracula, le dépôt bancaire et les métaphores qui pensent à notre place

Biss est convaincue que nos peurs vaccinales sont d'abord affaire de langage. On ne pense pas la maladie directement ; on la pense à travers des images héritées, et ces images orientent nos décisions à notre insu. Lectrice de Susan Sontag, qui avait montré comment la tuberculose puis le cancer se voyaient chargés de métaphores accablantes, Biss applique la même méthode au vaccin. Ce qu'on redoute, ce n'est pas une donnée pharmacologique — c'est une histoire qu'on se raconte sur ce qui entre en nous.

Elle relit ainsi Dracula comme un grand récit d'immunité. Le vampire contamine par le sang, transforme le pur en impur, se glisse la nuit dans les corps sans défense. Toute l'angoisse victorienne de l'infection y est logée. Biss montre que ce même imaginaire — l'invasion secrète, le fluide corrupteur, le monstre qu'on ne voit pas venir — nourrit encore, souterrainement, la façon dont on se représente ce qu'un vaccin fait à un enfant. Nos peurs ont des racines littéraires qu'on ignore.

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04

Chapitre 4 — Ce que le corps doit au corps des autres

Le retournement final du livre tient dans une idée que Biss laisse monter lentement : le corps n'appartient pas seulement à celui qui l'habite. L'immunité collective — ce seuil au-delà duquel une maladie ne circule plus faute d'hôtes disponibles — repose sur une évidence qu'on préfère ignorer : ma protection dépend de celle des autres, et la leur dépend de la mienne. Vacciné, je fais barrage pour un enfant que je ne connaîtrai jamais. Non vacciné, je deviens le maillon par lequel un virus atteint un corps sans défense. Il n'y a pas d'autonomie sanitaire.

C'est ce que Biss appelle penser le corps comme un jardin partagé plutôt que comme une forteresse privée. L'idée moderne du corps souverain, propriété exclusive de son occupant, libre de tout refuser, se heurte ici à sa limite. En matière de maladie contagieuse, mon corps est déjà, qu'on le veuille ou non, une partie du corps des autres. Le refuser n'annule pas le lien ; ça le rend seulement plus dangereux pour les plus vulnérables. La question du vaccin oblige à admettre une interdépendance qu'on passe le reste de nos vies à nier.

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05

Conclusion

Partie d'une chambre d'hôpital et d'une peur de jeune mère, Eula Biss termine ailleurs qu'elle n'avait commencé. Elle n'a pas cherché à humilier la défiance ni à la marteler de statistiques. Elle l'a écoutée, suivie dans ses images, retracée jusqu'à Dracula, jusqu'aux angoisses de pureté, jusqu'à ce rêve tenace d'un corps qu'on pourrait garder à l'écart du monde. Et elle a montré que cette peur, en croyant protéger un enfant, dessine une frontière qui ne tient pas : personne ne vit dans une bulle.

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