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Maigrir, c'est fou !

Maigrir, c'est fou !

Gérard Apfeldorfer

Pourquoi les régimes échouent

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Description

On connaît tous la scène. Le lundi, on décide que ça suffit. On range les gâteaux, on télécharge l'application qui compte les calories, on se promet de tenir cette fois. Trois semaines plus tard, parfois trois mois, la balance remonte — souvent plus haut qu'au départ. Et on se retrouve à se dire qu'on manque de volonté. C'est exactement ce que Gérard Apfeldorfer, psychiatre français spécialisé depuis les années 1980 dans les troubles du comportement alimentaire, refuse d'admettre dans son livre Maigrir, c'est fou !

Son constat est sans appel, et il n'est pas vraiment contesté par les chiffres : la grande majorité des gens qui suivent un régime reprennent le poids perdu dans les années qui suivent, et une bonne part finit plus lourde qu'avant. Apfeldorfer ne voit pas là une suite d'échecs individuels. Il y voit l'échec d'une méthode — et pire, une méthode qui fabrique le problème qu'elle prétend résoudre. Le régime, pour lui, n'est pas la solution ratée du surpoids. Il en est souvent la cause.

Derrière cette provocation, il y a une idée venue de la psychologie et de la physiologie du comportement alimentaire : notre corps sait, en principe, ce dont il a besoin. Le problème, c'est qu'à force de vouloir le contrôler de l'extérieur, on a cassé ce savoir. Reste à comprendre pourquoi un geste aussi raisonnable en apparence — décider de moins manger — peut se retourner contre celui qui le fait.

La question que l’on se pose : Pourquoi les régimes, suivis sérieusement et à grande échelle, finissent-ils par faire reprendre du poids plutôt qu'en perdre durablement ?Ce que l’on va voir : Comment la restriction dérègle le corps et la tête, et ce qu'Apfeldorfer propose de remettre à la place : l'écoute des sensations plutôt que le calcul.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Le corps qui se défend contre la famine qu'on lui impose

Quand on se met au régime, on croit parler à sa raison. En réalité, on parle à un organisme façonné par des centaines de milliers d'années de disette, pour qui une baisse soudaine des apports ne signifie qu'une chose : danger. Apfeldorfer décrit un corps qui ne distingue pas le régime volontaire de la famine subie. Les deux lui apparaissent identiques, et il répond par les mêmes défenses, mises au point bien avant que les magazines n'inventent le bikini body.

La première défense, c'est le ralentissement. Privé de carburant, l'organisme réduit sa dépense énergétique. Le métabolisme de base baisse, on brûle moins au repos, on se sent plus frileux, plus fatigué, moins porté au mouvement sans même s'en rendre compte. La perte de poids, rapide au début, finit par caler alors qu'on mange toujours aussi peu. Le corps a appris à vivre avec moins. C'est une prouesse de survie — et un cauchemar pour qui veut maigrir.

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02

Chapitre 2 — La faim mentale, ou comment le contrôle fabrique la perte de contrôle

La biologie n'explique que la moitié de l'affaire. L'autre moitié se joue dans la tête, et Apfeldorfer, en psychiatre, en fait le cœur de son propos. Décider de contrôler ce qu'on mange transforme la nourriture en objet de surveillance permanente. On ne mange plus un plat, on évalue un risque. Chaque aliment devient autorisé ou interdit, bon ou mauvais, et cette comptabilité morale colonise l'esprit du matin au soir.

Or l'interdit, par nature, attire. Un aliment qu'on s'est juré de ne plus toucher occupe l'esprit bien plus qu'avant. On y pense, on résiste, on y repense. Les psychologues parlent d'ironie du contrôle mental : plus on cherche à chasser une pensée, plus elle revient. Le chocolat banni devient une obsession. Et la tension monte, jour après jour, jusqu'au point de rupture.

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03

Chapitre 3 — Réapprendre à écouter sa faim et sa satiété

Si le contrôle externe échoue, que propose Apfeldorfer à la place ? Pas une nouvelle discipline, mais l'abandon de la discipline au profit d'une écoute. L'idée, née des travaux américains sur l'alimentation intuitive qu'il adapte au contexte français, tient en une phrase simple et presque dérangeante : le corps est capable de réguler son poids tout seul, à condition qu'on cesse de l'en empêcher. Encore faut-il réapprendre à l'entendre.

Cela commence par distinguer deux choses qu'on a appris à confondre. La faim, qui est une sensation physique, creuse, dans le ventre — et l'envie de manger, qui est émotionnelle, déclenchée par l'ennui, le stress, la vue d'une vitrine. Le mangeur réglé par les régimes a perdu cette boussole : il mange à heures fixes, ou dès qu'il s'autorise, sans plus savoir s'il a faim. Réapprendre, c'est attendre la vraie faim, et manger pour elle. Cela demande du temps, car la sensation, longtemps étouffée, revient d'abord timidement, puis se précise à mesure qu'on lui refait confiance.

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04

Chapitre 4 — Quand manger redevient une affaire de corps, pas de calculs

Ce que raconte Apfeldorfer dépasse la question du poids. En toile de fond, il y a le portrait d'une époque qui a cessé de faire confiance aux sensations du corps pour les remplacer par des chiffres. On ne mange plus ce qu'on sent, on mange ce qu'on calcule : des calories, des portions, des macronutriments, des indices affichés sur les emballages. La balance et l'application ont pris la place du ventre comme autorité en matière de faim.

Ce transfert a quelque chose de vertigineux. Pendant toute l'histoire humaine, les gens ont mangé sans compter, régulés par des signaux internes dont ils ne connaissaient même pas le nom. Le surpoids de masse est récent, et il coïncide, remarque Apfeldorfer, avec l'ère de la diététique savante et des régimes. Autrement dit : jamais on n'a autant su ce qu'il faudrait manger, et jamais on n'a aussi mal mangé. Le savoir a remplacé le ressenti, et le ressenti s'est atrophié faute d'usage.

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05

Conclusion

On revient à la scène du lundi matin, l'application prête, les gâteaux au fond du placard. Ce qu'Apfeldorfer démonte, c'est la croyance qui la sous-tend : qu'il suffirait de se contrôler assez fort. Le corps répond à la restriction par le ralentissement et le stockage ; la tête répond à l'interdit par l'obsession et le craquage. Les deux conspirent contre le régime, et c'est pour ça qu'il échoue si régulièrement, avec une fidélité que les statistiques finissent par rendre comique.

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