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L'amour en Islam

L'amour en Islam

Héchmi Dhaoui

L'amour, la mémoire et l'islam

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Description

Héchmi Dhaoui est psychanalyste, tunisien, formé à l'écoute des blocages intimes. Dans son livre L'amour en Islam, il part d'un constat qu'il voit remonter sur son divan comme dans la rue : un malaise face au désir, une difficulté à dire l'amour, une pudeur qui vire parfois à la honte. Rien d'exotique là-dedans — juste des gens qui peinent à habiter leur propre corps. Mais au lieu d'en rester au symptôme individuel, il remonte le fil beaucoup plus loin, jusqu'aux textes, aux poèmes et aux savants d'une civilisation qui, autrefois, parlait du corps et de l'amour sans trembler.

Car c'est là que son enquête se corse. L'islam qu'on associe aujourd'hui à la retenue et au contrôle des pulsions a produit, du VIIIᵉ au XIIIᵉ siècle, une littérature amoureuse d'une liberté qui déconcerte. Des traités sur le désir, des manuels de volupté, des poètes qui chantaient le vin et les corps, des théologiens qui discutaient le plaisir sans le condamner. Dhaoui ne reconstitue pas un passé perdu par nostalgie : il cherche à comprendre comment une tradition si à l'aise avec Éros a fini par s'en méfier.

Son geste tient de la cure autant que de l'histoire. Ce qu'une personne refoule, une culture peut le refouler aussi — et le prix est le même : un appauvrissement, une part de soi reniée. Dhaoui propose de remettre cette part au jour, non pour juger le présent, mais pour lui rendre une mémoire.

La question que l’on se pose : Comment une tradition qui a célébré le désir et l'amour en est-elle venue à s'en méfier, et que coûte ce reniement ?Ce que l’on va voir : Le regard d'un psychanalyste sur un islam amoureux qu'on a oublié, et sur la mémoire qu'une civilisation choisit de garder ou d'effacer.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un psy­cha­na­lyste au chevet de l'amoureux

Dhaoui n'ouvre pas son livre par un chapitre d'histoire. Il l'ouvre par l'intime, parce que c'est là qu'il travaille. Le psychanalyste reçoit des patients qui buttent sur le désir : hommes qui n'arrivent pas à aimer sans culpabilité, femmes partagées entre l'élan et la faute, couples qui ne savent plus nommer ce qui les lie. Ce qu'il entend n'est pas un défaut personnel mais un héritage — une manière d'avoir appris que le corps est un terrain miné, que le plaisir se paie, que l'amour vrai se mérite par la souffrance plutôt que par la joie.

Pour lire ces blocages, il mobilise sa grille : le refoulement, cette opération par laquelle on repousse hors de la conscience ce qui dérange, sans pour autant le faire disparaître. Ce qui est refoulé revient, déformé, sous forme d'angoisse ou de symptôme. Et Dhaoui remarque que l'amoureux de ses consultations rejoue quelque chose de plus vaste que son histoire familiale. Il porte une mémoire collective abîmée, une transmission où l'interdit a pris toute la place et où l'ode au désir s'est tue.

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02

Chapitre 2 — L'âge d'or d'un islam qui chantait le désir

Ce que Dhaoui exhume, c'est un monde. Entre le VIIIᵉ et le XIIIᵉ siècle, du Bagdad abbasside à l'Andalousie, l'amour est un sujet savant, poétique, discuté sans gêne. Les poètes de cour, comme Abou Nouwas à Bagdad autour de l'an 800, écrivent sur le vin, le désir et les corps avec une audace qui n'a rien de marginal : ils sont lus, recopiés, célébrés. La poésie amoureuse, le ghazal, est un genre majeur, pas une transgression tolérée dans les coins.

À côté des poètes, il y a les lettrés qui théorisent. Dhaoui s'attarde sur Ibn Hazm, savant andalou du XIᵉ siècle, qui compose Le Collier de la colombe, un traité délicat sur la naissance de l'amour, ses signes, ses détours, ses douleurs. On y parle du regard qui se prolonge, de l'attente, de la jalousie, de la fidélité — une psychologie de l'amour écrite par un homme de religion, sans que les deux se contredisent. Plus loin dans le temps et dans un registre plus explicite, des manuels abordent la sexualité avec un souci presque médical du plaisir partagé, celui des femmes compris.

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03

Chapitre 3 — La fracture : quand le corps devient suspect

Reste la question qui tient tout le livre : comment on est passé de là à ici. Dhaoui ne croit pas à une rupture nette, un jour daté où l'amour aurait été proscrit. Il décrit plutôt un lent glissement, une sédimentation d'interdits, un durcissement progressif qui s'accélère à mesure que les sociétés musulmanes affrontent des crises — invasions, déclins politiques, chocs avec l'extérieur. Quand une civilisation se sent menacée, elle tend à se raidir, à chercher la pureté, à faire du contrôle des corps un marqueur d'identité.

Le psychanalyste lit ce raidissement comme un mécanisme défensif. Face à l'angoisse collective, le désir devient suspect parce qu'il est ce qui échappe le plus au contrôle. On resserre d'abord sur les femmes, dont le corps se charge de l'honneur du groupe ; on moralise ensuite l'ensemble du rapport à la chair. Les textes libres ne sont pas brûlés — ils sont simplement moins lus, moins transmis, rangés parmi les curiosités d'un passé qu'on préfère oublier. Le refoulement culturel fonctionne comme l'individuel : par mise à l'écart silencieuse, pas par destruction.

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04

Chapitre 4 — Ce qu'une ci­vi­li­sa­tion fait de sa propre mémoire

Au fond, le livre de Dhaoui parle d'un geste que toute tradition est tentée de faire : choisir son passé. Une culture n'hérite jamais passivement de son histoire. Elle sélectionne, elle met en avant certains textes et en range d'autres, elle se raconte une version d'elle-même qui l'arrange au moment où elle la raconte. Le problème commence quand cette version se fait passer pour la seule, pour l'origine pure et immuable, alors qu'elle n'est qu'un montage tardif parmi d'autres possibles.

Ce que le psychanalyste apporte ici dépasse l'histoire des idées. Il montre qu'une civilisation peut refouler comme un individu : non pas oublier par hasard, mais écarter activement ce qui gêne l'image qu'elle veut tenir d'elle-même. Un islam amoureux, savant du désir, à l'aise avec le corps, contredit le récit austère que certains préfèrent. Alors on le marginalise, non parce qu'il serait faux, mais parce qu'il complique. Et comme dans la cure, ce qui est écarté ne s'efface pas : il fait retour sous forme de malaise, de rigidité, d'un rapport crispé à l'intime.

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05

Conclusion

Dhaoui referme son enquête là où il l'avait ouverte : sur l'amoureux qui vient parler de sa honte. Sauf qu'entre-temps, cette honte a changé de statut. Elle n'est plus un défaut intime ni l'application d'une loi éternelle. Elle est devenue le symptôme d'un oubli — la trace, dans un corps d'aujourd'hui, d'une mémoire qu'une civilisation a préféré ranger. Le psychanalyste ne prescrit pas de solution ; il rend disponible ce qui avait été recouvert, et laisse l'intéressé en faire quelque chose.

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