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Eating to Extinction

Eating to Extinction

Les aliments qui disparaissent

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Description

Dans un coin reculé de Turquie, un journaliste britannique goûte un pain fait avec une variété de blé que presque plus personne ne cultive. En Ouganda, il tient dans les mains une banane trapue et fibreuse dont l'espèce compte encore des centaines de formes différentes — alors que le supermarché n'en propose qu'une, partout, identique. Dan Saladino a passé des années à courir la planète pour manger, une dernière fois, des choses en train de disparaître. Il en a tiré Eating to Extinction, un livre qui se lit comme un inventaire de deuil et une enquête sur ce qu'on est en train de perdre sans le remarquer.

Le constat de départ est brutal. Sur les milliers d'espèces végétales que les humains ont mangées au cours de leur histoire, une poignée seulement nourrit aujourd'hui l'essentiel de l'humanité. Le riz, le blé et le maïs fournissent à eux seuls la majeure partie des calories consommées sur Terre. Un seul type de banane, une poignée de races de vaches, quelques souches de café tiennent des marchés mondiaux entiers. La diversité qui a mis dix mille ans à se construire s'efface en quelques décennies, discrètement, une variété après l'autre.

Saladino ne raconte pas ça comme un rapport d'expert. Il le raconte comme un homme qui va sur place, rencontre les derniers qui savent, et ramène l'histoire de chaque aliment menacé avant qu'elle ne s'éteigne pour de bon. Derrière chaque graine oubliée, il y a un savoir, un paysage, une manière de vivre. Et une question qui dépasse le goût.

La question que l’on se pose : Comment l'humanité, en cherchant à mieux nourrir le monde, a-t-elle appauvri à ce point ce qu'elle mange — et qu'est-ce que ça coûte vraiment ?Ce que l’on va voir : Un tour du monde des saveurs qui s'effacent, des forces qui les effacent, et de ce que leur disparition dit de la solidité de nos assiettes.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Une graine, un fromage, un fruit qui s'éteignent

Saladino entre par le concret, jamais par la statistique. Il commence par des objets qu'on peut tenir, sentir, mâcher. Une variété de blé rouge et haut sur tige, le Kavılca, cultivée depuis des millénaires dans l'est de la Turquie et réduite aujourd'hui à quelques champs. Un miel sauvage récolté à flanc de falaise au Népal par des hommes suspendus à des échelles de corde, dont personne ne prendra la relève. Un fromage irlandais fabriqué à partir du lait d'une race de vache que l'industrie laitière a jugée trop peu productive pour survivre.

Chaque aliment vient avec son monde. Le blé turc ne pousse pas seul : il tient à un sol, à un climat de montagne, à un boulanger qui sait quoi en faire, à des gestes transmis de génération en génération. Quand la variété disparaît, ce n'est pas juste une saveur qui s'en va — c'est tout l'écheveau autour d'elle qui se défait. Le savoir-faire ne sert plus à rien, donc on ne le transmet plus, donc il meurt avec le dernier qui le portait.

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02

Chapitre 2 — Comment on a rétréci l'assiette du monde

Comment en est-on arrivé là ? Saladino remonte le fil, et le coupable n'est pas une méchanceté mais une réussite. Au XXe siècle, l'humanité a réussi à produire beaucoup plus de nourriture, beaucoup moins cher, pour beaucoup plus de gens. C'est un exploit réel qui a sorti des millions de personnes de la faim. Mais il a été obtenu en misant tout sur quelques variétés très productives, cultivées de façon uniforme à l'échelle de continents entiers.

Le tournant porte un nom : la Révolution verte. Dans les années 1960 et 1970, l'agronome Norman Borlaug met au point des blés nains à haut rendement qui, associés aux engrais et à l'irrigation, font exploser les récoltes en Inde, au Mexique, au Pakistan. Le résultat sauve des vies et vaut à Borlaug un prix Nobel de la paix en 1970. Le revers, moins raconté, c'est que ces variétés miracles remplacent des milliers de blés et de riz locaux. Pourquoi cultiver son vieux grain capricieux quand le nouveau produit trois fois plus ? En une génération, des paysages de diversité deviennent des monocultures.

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03

Chapitre 3 — Les gardiens de ce qui reste

Face à cette érosion, le livre s'attache aux gens qui, souvent seuls, tiennent encore un maillon de la chaîne. Saladino les appelle rarement des héros, mais c'est ce qu'ils sont dans son récit : des paysans, des chercheurs, des cuisiniers, des collectionneurs obstinés qui refusent de laisser filer une variété.

Il y a les banques de graines, ces coffres-forts du vivant. La plus spectaculaire est la réserve mondiale de semences du Svalbard, creusée dans le permafrost d'une île norvégienne près du pôle Nord, conçue pour conserver des centaines de milliers d'échantillons de graines à l'abri des guerres et des catastrophes. Saladino raconte aussi la banque de semences de Syrie, à Alep, dont les scientifiques ont dû, pendant la guerre, faire sortir et dupliquer les collections avant que le conflit ne les détruise — un sauvetage à la dernière minute d'un patrimoine agricole vieux de millénaires.

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04

Chapitre 4 — Ce qu'on perd quand on perd la variété

Au fond, l'enjeu que Saladino déterre n'est pas gastronomique, il est vital. Miser l'alimentation de milliards d'humains sur quelques variétés génétiquement homogènes, c'est construire un système d'une efficacité redoutable et d'une fragilité totale. La monoculture est une force tant que rien ne l'attaque. Le jour où une maladie ou un climat trouve la faille, elle la trouve partout à la fois, parce qu'il n'y a plus de différence entre un champ et le suivant.

L'histoire a déjà donné l'avertissement. La grande famine irlandaise du milieu du XIXe siècle est venue d'une dépendance à une poignée de variétés de pomme de terre : un champignon les a toutes touchées en même temps, et un million de personnes en sont mortes. La Gros Michel, banane commerciale du début du XXe siècle, a été effacée par une maladie précisément parce qu'elle était partout identique. Ce ne sont pas des accidents exotiques. Ce sont les symptômes prévisibles d'un système qui a troqué sa résilience contre du rendement.

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05

Conclusion

Eating to Extinction se referme sur les mêmes images qu'il ouvre : un pain de blé oublié, une banane qui n'existe qu'au marché d'un village, un fromage d'une vache que l'industrie a laissée mourir. Saladino ne prêche pas le retour en arrière et ne condamne pas la Révolution verte qui a nourri le monde. Il constate, avec la précision d'un homme qui a goûté ce dont il parle, qu'on a construit un système alimentaire d'une puissance inédite et d'une monotonie dangereuse, et qu'on efface, presque sans y penser, le stock de diversité qui nous a toujours servi de recours.

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