
Coyote America
Le coyote, survivant obstiné
Description
Un soir de 2007, un coyote entre par une porte automatique dans une sandwicherie Quiznos du centre-ville de Chicago, traverse le magasin devant les clients et s'installe dans le frigo à boissons. La photo fait le tour du pays. On rit, on s'étonne, on se demande ce qu'un prédateur sauvage fabrique au milieu des gratte-ciel. Mais pour l'historien de l'environnement Dan Flores, cette scène n'a rien d'un accident. Elle est l'aboutissement logique d'un des programmes de destruction animale les plus acharnés jamais menés — et de son échec total.
Dans Coyote America, publié en 2016, Flores raconte comment un pays a passé plus d'un siècle à tenter d'éliminer une seule espèce. Poison, pièges, primes, campagnes d'abattage aérien : entre le début du XXᵉ siècle et aujourd'hui, on estime que des millions de coyotes ont été tués par des programmes publics et privés. Le résultat va à rebours de toute intuition. L'animal n'a pas reculé. Il a doublé son territoire, colonisé les cinquante États, et fini par s'installer là où on l'attendait le moins : les villes.
Flores mêle l'histoire naturelle, la mythologie amérindienne et la politique fédérale pour suivre un même fil : la longue cohabitation ratée entre les Américains et une bête qu'ils n'ont jamais réussi à classer entre le gibier, le nuisible et le voisin. Le coyote traverse le livre comme il traverse le continent — sans permission, et sans jamais disparaître.
La question que l’on se pose : Comment une espèce visée par plus d'un siècle d'éradication méthodique a-t-elle fini par prospérer et coloniser jusqu'aux centres-villes ?Ce que l’on va voir : La rencontre d'un prédateur increvable et d'un pays qui a confondu maîtrise de la nature et guerre contre une bête.
Sommaire
01Chapitre 1 — Un animal qu'on a voulu rayer de la carte
Avant l'arrivée des colons européens, le coyote occupait surtout les plaines de l'Ouest, dans l'ombre d'un rival plus grand : le loup. Les deux prédateurs se partageaient le continent selon une hiérarchie stable, le loup dominant, le coyote se glissant dans les marges. Cet équilibre-là, les Amérindiens des Grandes Plaines le connaissaient depuis des millénaires, et ils en avaient tiré une figure centrale de leurs récits. Le coyote n'était pas un nuisible : c'était un personnage, à la fois rusé et vénéré.
Tout bascule avec la conquête de l'Ouest. À mesure que le bétail remplace les bisons et que l'élevage devient l'économie dominante des plaines, les grands prédateurs passent du statut de voisins à celui d'ennemis. Le loup est traqué le premier, avec une efficacité redoutable : au début du XXᵉ siècle, il a quasiment disparu des États-Unis continentaux. Les éleveurs et les autorités pensaient régler le problème des prédateurs. Ils venaient en réalité de le rouvrir, plus grand qu'avant.

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02Chapitre 2 — Le programme fédéral qui n'a jamais tenu sa promesse
En 1915, le Congrès américain vote un budget dédié à la destruction des prédateurs, confié à une agence fédérale qui deviendra le Bureau of Biological Survey. Pour la première fois, l'État se dote d'un service entier consacré à tuer une faune jugée indésirable. Coyotes, loups restants, pumas et autres carnivores entrent dans le viseur d'une bureaucratie qui mesure son succès au nombre de cadavres. Le programme reçoit un soutien constant des lobbys de l'élevage, qui y voient une garantie publique de leurs troupeaux.
L'arme de prédilection devient le poison. Le composé 1080, un produit incolore et sans odeur d'une redoutable toxicité, est répandu par appâts sur d'immenses surfaces. La strychnine et d'autres substances complètent l'arsenal. L'efficacité est brutale, mais aveugle : les poisons tuent sans distinction renards, aigles, blaireaux, chiens de ferme, tout ce qui goûte l'appât ou charogne les victimes. Des pans entiers de la faune sauvage s'effondrent dans le sillage de la chasse au coyote, bien au-delà de la cible affichée.

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03Chapitre 3 — La biologie qui déjoue le fusil
Le paradoxe central du livre tient à une particularité biologique que les stratèges de l'abattage n'avaient pas comprise. Le coyote possède un mécanisme de reproduction qui répond à la pression. Quand une population est fortement réduite, les portées grossissent. Une femelle qui met bas cinq petits en temps normal peut en avoir huit, dix, parfois davantage lorsque les densités s'effondrent et que la nourriture redevient abondante pour les survivants.
Ce phénomène, que les biologistes lient au signal transmis par les hurlements et à la disponibilité des ressources, transforme chaque campagne d'abattage en stimulant démographique. Une population dense s'entend et s'autolimite ; une population décimée n'entend plus rien, et les femelles répondent en produisant davantage de petits. Tuer massivement des coyotes ne fait pas que laisser de la place : cela déclenche un rebond. Flores en tire une formule saisissante — on ne peut pas tuer assez de coyotes assez vite pour les faire disparaître, car l'espèce accélère précisément quand on l'attaque. La guerre nourrissait son adversaire.

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04Chapitre 4 — Le trickster ancien devenu voisin de banlieue
Flores insiste sur un fait que la guerre au coyote a longtemps recouvert : bien avant d'être un nuisible, l'animal était un dieu farceur. Dans les cosmologies de nombreux peuples amérindiens, Coyote est le trickster par excellence — rusé, gourmand, immortel, créateur du monde autant que fauteur de désordre. Il meurt et renaît dans les récits, jamais vaincu tout à fait. Que l'espèce réelle ait survécu à un siècle d'éradication donne à ce mythe une résonance troublante, comme si la biologie avait donné raison à la mythologie.
Ce contraste éclaire une manière très particulière de penser la nature. Les colons et l'État fédéral ont abordé le continent comme un décor à trier : espèces utiles d'un côté, espèces à supprimer de l'autre, avec l'idée qu'un coup de volonté et de technique suffirait à composer le paysage voulu. Le loup, le bison, le coyote n'étaient pas des membres d'un système mais des pièces à retirer ou à garder. Cette vision suppose un monde inerte, obéissant, qui attendrait qu'on le réorganise selon nos préférences.

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05Conclusion
Le coyote assis dans le frigo du Quiznos n'était pas une bizarrerie mais un verdict. Un siècle de primes, de poison et de campagnes fédérales avait cherché à faire disparaître l'espèce ; au terme de cet effort, elle occupait plus de terrain que jamais, jusque dans les métropoles qui l'avaient déclarée indésirable. Flores raconte cette histoire sans triomphalisme ni condamnation facile : il montre simplement une machine de destruction qui tournait à plein régime en produisant l'inverse de ce qu'elle visait.

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