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Constellations familiales, guérir le transgénérationnel

Constel­la­tions familiales, guérir le trans­gé­né­ra­tion­nel

Constanze Potschka-Lang

Le transgénérationnel en constellation

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Description

On connaît tous une famille où le même malheur revient. Un divorce à chaque génération, une faillite qui recommence, un enfant qui meurt jeune, un secret dont on ne parle qu'à voix basse quand les grands-parents ne sont pas dans la pièce. On met ça sur le compte du hasard, ou d'un mauvais karma dont on rigole à moitié. Et puis un jour, quelqu'un dit : et si ce n'était pas toi, mais ta grand-mère que tu n'as jamais connue ? Dans son bouquin Constellations familiales, guérir le transgénérationnel, Constanze Potschka-Lang prend cette intuition au sérieux et en fait une méthode.

Son point de départ tient en une phrase simple : ce que les générations précédentes n'ont pas réglé — un deuil tu, une injustice enfouie, un exclu de la famille — ne disparaît pas. Ça se transmet. Pas par les gènes, pas par l'éducation consciente, mais par une sorte de loyauté invisible qui nous pousse à porter ce que d'autres n'ont pas pu porter. Un descendant répète, répare, ou expie sans savoir qu'il le fait.

La méthode qu'elle décrit vient d'un ancien prêtre allemand devenu thérapeute, et elle a ceci de troublant qu'elle se pratique en groupe, presque comme une pièce de théâtre, avec des inconnus qui incarnent notre père, notre mère, le frère mort-né dont personne ne parlait. Beaucoup de participants en ressortent bouleversés. Les cliniciens, eux, regardent tout ça d'un œil plus circonspect.

La question que l’on se pose : Comment un malheur qu'on n'a pas vécu peut-il nous être transmis, et une mise en scène entre inconnus prétendre le dénouer ?Ce que l’on va voir : D'où vient l'idée d'un héritage psychique entre générations, comment elle se joue concrètement en séance, et ce qu'en pensent celles et ceux qui soignent.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un héritage qu'on ne choisit pas

L'idée que Potschka-Lang place au centre n'est pas neuve, mais elle la formule avec netteté : une famille est un système, et dans ce système, rien ne se perd. Un drame non digéré par une génération ne s'évapore pas avec la mort de ceux qui l'ont vécu. Il descend. Un arrière-grand-père mort au front dont on n'a jamais fait le deuil, une sœur placée à la naissance et rayée des conversations, une fortune bâtie sur une spoliation — autant de dossiers restés ouverts qui attendent, parfois sur trois ou quatre générations, que quelqu'un les referme.

Le mécanisme qu'elle invoque porte un nom : la loyauté invisible. On est lié aux siens par un attachement qui précède le langage et qui nous engage à leur insu comme au nôtre. Face à une souffrance familiale non résolue, un descendant va inconsciemment se charger de l'équilibrer. Il peut répéter le drame — échouer là où un aïeul a échoué. Il peut tenter de réparer — réussir démesurément pour compenser une humiliation ancienne. Il peut aussi expier, s'interdire le bonheur par fidélité à ceux qui n'y ont pas eu droit.

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02

Chapitre 2 — Bert Hellinger et la mise en scène des liens

La méthode décrite par Potschka-Lang porte la marque d'un homme : Bert Hellinger. Né en Allemagne en 1925, prêtre catholique missionnaire en Afrique du Sud pendant seize ans, il quitte les ordres, se forme à la psychanalyse, à la thérapie familiale, à l'analyse transactionnelle, à l'hypnose. De ce parcours composite il tire dans les années 1980 et 1990 une pratique qu'il appelle les constellations familiales, et qui connaît une diffusion rapide dans le monde germanophone avant de gagner la France.

Le dispositif a de quoi surprendre la première fois. On travaille en groupe. Une personne vient exposer brièvement une difficulté — un conflit, un symptôme, une impasse. Le thérapeute lui demande alors de choisir parmi les participants des représentants pour les membres de sa famille : voici ma mère, voici mon père, voici mon frère. Elle les place dans l'espace, à distance, orientés d'une certaine façon, selon ce qu'elle ressent sans trop réfléchir. Puis elle s'assoit et regarde.

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03

Chapitre 3 — Les lois invisibles du clan

Derrière le théâtre, Potschka-Lang dégage ce que Hellinger appelait les ordres de l'amour : trois régularités qui, selon lui, gouvernent tout système familial et dont la violation produit du désordre. La première est l'appartenance. Quiconque fait partie du clan y a droit, pour toujours. L'enfant avorté, le suicidé, le criminel, l'amant caché : les écarter ne les efface pas, ça crée au contraire un trou que la génération suivante viendra combler malgré elle. Réparer, c'est d'abord nommer l'exclu et lui redonner sa place.

La deuxième loi est celle de l'ordre, ou de la hiérarchie des rangs. Ceux qui sont arrivés avant priment sur ceux qui arrivent après ; les parents précèdent les enfants, l'aîné précède le cadet. Beaucoup de souffrances, dans cette grille de lecture, viennent d'un rang inversé : un enfant qui s'est fait parent de ses propres parents, qui porte un fardeau qui ne lui revenait pas, qui s'est hissé au-dessus de sa place par amour mal orienté. Remettre chacun à son rang soulage.

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04

Chapitre 4 — Ce que la science fait du trans­gé­né­ra­tion­nel

Reste la question qui fâche, et que Potschka-Lang ne peut pas tout à fait contourner : est-ce que ça marche, et surtout, est-ce que c'est vrai ? Les deux ne sont pas la même question, et c'est là que la pratique se trouve sur une ligne de crête. Que des participants ressortent d'une constellation soulagés, souvent en larmes, avec le sentiment d'avoir touché quelque chose, les comptes rendus l'attestent largement. Que ce soulagement prouve l'existence d'une mémoire transmise par le clan, c'est un tout autre saut.

Du côté des cliniciens et des chercheurs, l'accueil est prudent, parfois franchement critique. On fait remarquer que le fameux champ ressenti par les représentants s'explique très bien sans invoquer quoi que ce soit de transgénérationnel : indices non verbaux, attentes du groupe, suggestion du thérapeute, désir de bien faire. Les représentants captent des micro-signaux et produisent ce que la situation appelle, comme dans toute dynamique de groupe intense. L'émotion est réelle ; son interprétation est contestée. Et les études contrôlées solides, celles qui mesureraient un effet durable au-delà du moment, manquent cruellement.

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05

Conclusion

Au fond, le livre de Potschka-Lang tient ensemble deux choses qu'on a du mal à faire cohabiter : une intuition très ancienne — nos familles nous habitent plus qu'on ne le croit, leurs morts et leurs secrets pèsent sur nous — et une pratique très particulière, théâtrale, collective, où des inconnus prêtent leur corps à notre roman familial. L'intuition parle à presque tout le monde. La pratique divise. Et entre les deux se loge toute la tension du sujet : on sort souvent transformé d'une constellation sans qu'on puisse dire au juste ce qui, de la vérité ou de la mise en scène, a opéré.

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