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Ce que nous devons au futur

Ce que nous devons au futur

William MacAskill

Ce que nous devons aux générations futures

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Description

Imaginons une vie qui commence à la naissance et qui, au lieu de s'arrêter à la mort, se poursuivrait dans le corps de chaque humain qui viendra ensuite. On naîtrait aujourd'hui, on vieillirait quelques décennies, puis on rouvrirait les yeux dans la peau d'un enfant du prochain siècle, et encore après, sur des milliers, des millions de vies. C'est l'exercice mental que propose William MacAskill, philosophe écossais installé à Oxford, dans son livre paru en 2022. Sa question tient en une phrase : si on devait vivre toutes ces vies l'une après l'autre, agirait-on de la même façon ?

Le pari du bouquin est vertigineux. L'humanité a environ trois cent mille ans d'existence derrière elle. Si l'espèce dure aussi longtemps qu'un mammifère typique, elle a des centaines de milliers d'années devant elle — et si elle s'installe au-delà de la Terre, davantage encore. Autrement dit, la quasi-totalité des humains qui vivront un jour ne sont pas encore nés. Ils n'ont ni voix, ni vote, ni moyen de peser sur les décisions qu'on prend maintenant à leur place. Et pourtant ces décisions les engagent.

MacAskill appelle cette position le long-termisme : l'idée que protéger le futur lointain est une des grandes priorités morales de notre temps. Ça sonne abstrait, presque théorique. Mais derrière l'abstraction, il y a des choix très concrets sur le climat, les pandémies, les technologies, et sur ce qu'on transmet à ceux qui hériteront de notre monde sans avoir eu leur mot à dire.

La question que l’on se pose : Qu'est-ce qu'on doit, moralement, à des gens qui n'existent pas encore et n'existeront peut-être jamais ?Ce que l’on va voir : Comment un philosophe d'Oxford tente de donner une place aux générations futures dans nos décisions présentes — et pourquoi tout le monde n'est pas convaincu.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Une lettre à ceux qui n'existent pas encore

Le point de départ de MacAskill est une intuition qu'on partage tous, à petite échelle. On plante un arbre dont on ne verra pas l'ombre. On économise pour des enfants pas encore conçus. On trouve normal qu'un vandale qui enfouit du verre brisé sur un sentier ait commis une faute, même si la personne qui se coupera le pied naîtra dans trente ans. Le futur nous semble compter, un peu, spontanément. Le long-termisme prend cette intuition ordinaire et la pousse jusqu'au bout de sa logique.

Le cœur de l'argument tient en trois marches. D'abord, les gens du futur comptent moralement — une souffrance reste une souffrance, qu'elle arrive demain ou dans mille ans, et le simple fait d'être né plus tard ne rend personne moins réel. Ensuite, ils pourraient être extrêmement nombreux : mis bout à bout, les humains à venir écrasent en masse ceux d'aujourd'hui, comme un fleuve écrase un verre d'eau. Enfin, on peut réellement améliorer leur sort — nos choix d'aujourd'hui projettent une ombre longue sur des siècles qu'on ne verra pas.

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02

Chapitre 2 — La longue traînée du présent

Pour montrer que nos actes portent loin, MacAskill remonte le fil de décisions passées dont on vit encore les effets. Le tracé des voies ferrées américaines, hérité d'un écartement de rails choisi presque par hasard, contraint aujourd'hui des trains modernes. Des frontières coloniales dessinées à la règle en une après-midi structurent encore des guerres. L'histoire est pleine de moments où un choix contingent s'est figé et a enfermé les siècles suivants dans une voie dont il devenait très coûteux de sortir.

Il emploie une image parlante : celle du verre en fusion. Tant que le verre est chaud, on peut lui donner mille formes ; une fois refroidi, il faut le briser pour le refaçonner. Certaines périodes de l'histoire sont chaudes — les valeurs, les institutions, les techniques y restent malléables. Puis elles refroidissent, et une configuration se verrouille pour très longtemps. MacAskill soutient qu'on vit peut-être un de ces moments chauds, avec des technologies naissantes dont l'orientation prise maintenant pourrait tenir des siècles.

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03

Chapitre 3 — Verrouiller le monde, ou le garder ouvert

De ce raisonnement, MacAskill tire une hiérarchie des dangers. En haut, tout ce qui pourrait fermer définitivement l'avenir : l'extinction de l'humanité, ou un effondrement dont on ne se relèverait pas. Une civilisation qui s'éteint ne perd pas seulement ses vivants — elle annule tous les gens qui auraient pu naître, et tout le bien qu'ils auraient pu vivre. C'est ce qui rend, à ses yeux, la réduction des risques d'extinction si prioritaire, même quand ces risques semblent faibles.

Parmi ces risques, il insiste sur ceux qu'on fabrique nous-mêmes. Les armes nucléaires, dont l'arsenal reste capable d'un hiver planétaire. Les pandémies, surtout celles qui pourraient être conçues en laboratoire, bien plus meurtrières que ce que la nature produit spontanément. Et l'intelligence artificielle, dont il redoute moins les robots tueurs qu'un scénario plus subtil : qu'une valeur, un régime ou un système se stabilise pour de bon, sans plus jamais pouvoir être corrigé.

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04

Chapitre 4 — Le futur peut-il vraiment nous obliger ?

Le long-termisme a rencontré des objections sérieuses, et elles valent d'être posées. La première est celle de l'incertitude. Prétendre agir pour l'an 3000 suppose de savoir quel geste, aujourd'hui, produira quel effet dans mille ans. Or l'histoire est un enchaînement d'effets non voulus, où les meilleures intentions se retournent régulièrement. Les critiques rétorquent qu'à cette échelle, on ne pilote plus rien : on projette nos préférences présentes sur un écran vide et on appelle ça un devoir envers le futur.

Vient ensuite une inquiétude plus mordante. Quand on met dans la balance des milliards, des milliards de milliards d'humains à venir, aucun problème présent ne fait plus le poids. La pauvreté, les injustices, les souffrances actuelles risquent d'être reléguées au rang de détail statistique face à l'immensité hypothétique des générations futures. Les adversaires du long-termisme y voient une machine à justifier l'indifférence au présent — une morale qui, à force de regarder loin, ne voit plus ce qui est sous ses yeux.

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05

Conclusion

Le livre de MacAskill fait une chose simple et dérangeante : il rappelle qu'on décide en permanence pour des gens qui ne sont pas dans la pièce, et qui n'y seront jamais tant qu'on n'aura pas décidé. Le futur n'a pas de délégué, pas de lobby, pas de bulletin de vote. Sa seule présence dans nos débats, c'est nous qui la lui donnons ou la lui refusons. Le long-termisme est une tentative — contestée, imparfaite, parfois maladroite dans ses fréquentations — de lui ménager un siège à la table.

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