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Venture capital

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La loi de puissance du capital-risque

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Description

En 2004, un investisseur relativement inconnu du nom de Peter Thiel met 500 000 dollars dans une petite entreprise qui vient de sortir des chambres d'étudiants de Harvard. Personne ne le sait encore, mais ce chèque va rapporter, à la sortie, plus d'un milliard de dollars. Sur la même période, le fonds qui l'accompagne financera des dizaines d'autres jeunes pousses. La plupart mourront. Quelques-unes rendront à peu près la mise. Et une poignée, comme celle-là, paiera tout le reste — les échecs, les demi-succès, les salaires, et encore un joli surplus.

Vu de l'extérieur, le métier ressemble à un pari sur des gagnants. Vu de l'intérieur, c'est presque l'inverse : le capital-risque est un métier où l'on a raison de se tromper la plupart du temps, à condition de se tromper petit et d'avoir raison très, très grand une seule fois. Cette asymétrie n'est pas un accident de parcours ni une anomalie de marché. C'est la structure même du jeu, et elle a un nom emprunté aux mathématiques.

On parle de loi de puissance. L'expression sonne technique, mais elle décrit quelque chose de très concret : dans un portefeuille de start-up, ce n'est pas la moyenne qui décide du résultat, c'est l'extrême. Un seul investissement peut peser plus que tous les autres réunis. Comprendre cette courbe, c'est comprendre pourquoi les investisseurs se comportent comme ils le font — et pourquoi ils poussent les fondateurs dans une direction bien précise.

La question que l’on se pose : Pourquoi un métier qui échoue sur la majorité de ses paris reste-t-il l'un des plus rentables du capitalisme, et que change cette logique pour ceux qui reçoivent l'argent ?Ce que l’on va voir : Comment un seul coup gagnant paie tout le reste, pourquoi cette distribution n'a rien d'une moyenne, et ce qu'elle impose à ceux qui montent une boîte.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un fonds qui perd de l'argent sur presque tout

Prenons un fonds de capital-risque type, celui qui lève disons 200 millions de dollars et les répartit sur une trentaine de start-up. On imagine volontiers un gestionnaire qui sélectionne, arbitre, écarte les mauvais dossiers pour ne garder que les bons. La réalité est plus brutale. Sur ces trente lignes, une bonne moitié va tout simplement disparaître — liquidation, dépôt de bilan, actifs revendus pour rien. L'argent investi est perdu, sec, sans espoir de le revoir.

Un deuxième tiers, environ, va survivre sans briller. Ces entreprises se font racheter pour un montant modeste, ou continuent à tourner sans jamais offrir de sortie spectaculaire. Elles rendent l'équivalent de la mise, parfois deux ou trois fois — de quoi ne pas pleurer, pas de quoi faire un métier. Si le fonds s'arrêtait là, il aurait globalement perdu de l'argent une fois les frais de gestion déduits, année après année, et ses souscripteurs auraient mieux fait de laisser dormir leur argent ailleurs.

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02

Chapitre 2 — La courbe qui n'est pas une cloche

Notre intuition statistique est calibrée sur une forme : la courbe en cloche. La taille des humains, les résultats à un examen, la plupart des phénomènes naturels se répartissent autour d'une moyenne, avec des extrêmes rares et proches du centre. Personne ne mesure quarante mètres. Dans ce monde-là, la moyenne veut dire quelque chose, et connaître la moyenne suffit à peu près à comprendre l'ensemble.

Les retours du capital-risque ne suivent pas cette forme du tout. Ils suivent une loi de puissance, la même famille de distributions qu'on retrouve dans la taille des villes, la richesse des individus ou le nombre de liens pointant vers une page web. Ici, la moyenne ne dit presque rien, parce qu'un seul point aberrant peut la faire exploser. La médiane et la moyenne divergent violemment : la plupart des investissements sont sous la moyenne, et quelques-uns la tirent tout en haut. Sur ce type de courbe, l'exception n'est pas un bruit qu'on peut ignorer, c'est le signal principal.

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03

Chapitre 3 — Le seul chiffre qui compte : la taille de la sortie

Une fois la courbe admise, la question que se pose vraiment un investisseur avant d'écrire un chèque n'est pas « cette entreprise a-t-elle des chances de réussir ? ». C'est une question plus étrange : « si elle réussit au-delà de tout, jusqu'où peut-elle monter ? ». Autrement dit, quelle est la taille du scénario le plus fou. Parce que dans un portefeuille gouverné par la loi de puissance, une entreprise qui a 80 % de chances de rendre trois fois la mise vaut moins qu'une entreprise qui a 10 % de chances d'en rendre cent.

Cette logique explique des comportements qui paraissent absurdes vus de l'extérieur. Pourquoi un fonds refuse-t-il une boîte solide, rentable, bien gérée, qui pourrait devenir une belle PME ? Parce qu'une belle PME ne sauve pas un fonds construit sur la loi de puissance. Elle rend gentiment sa mise et occupe une ligne qui aurait pu contenir le prochain coup à cent. Le rentable modeste est, paradoxalement, l'ennemi du modèle — il consomme du capital, mobilise du temps et de l'attention, sans jamais offrir la queue de distribution qu'on est venu chercher.

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04

Chapitre 4 — Ce que la courbe demande aux fondateurs

La loi de puissance n'est pas qu'une affaire de tableur interne aux fonds. Elle redescend, presque intacte, sur celui qui monte la boîte. Un entrepreneur qui prend de l'argent de capital-risque ne signe pas seulement un chèque encaissé — il signe une trajectoire. Son investisseur n'a pas besoin qu'il réussisse. Il a besoin qu'il vise l'extrême, et rien d'autre, parce que c'est le seul scénario qui compte dans un portefeuille où une ligne doit tout rembourser.

Cette exigence crée une incitation d'une puissance rarement dite à voix haute. Un fondateur qui pourrait revendre confortablement sa société pour vingt millions — de quoi changer une vie, offrir la sécurité à toute une équipe, tourner la page sans dette ni regret — se voit souvent découragé de le faire par ceux qui l'ont financé. Pour lui, vingt millions est une réussite entière, l'aboutissement de plusieurs années de travail. Pour un fonds d'un milliard, c'est un arrondi, presque une perte de temps. Les intérêts, alignés au départ, divergent dès que la sortie modeste devient possible.

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05

Conclusion

Le chèque de Thiel à Facebook n'était pas un coup de génie de sélection : c'était un pari parmi d'autres, dont la particularité était de pouvoir monter jusqu'au ciel. C'est là tout le paradoxe du métier. On ne gagne pas en ayant raison souvent, on gagne en ayant raison à une échelle démesurée une fois de temps en temps, et en survivant financièrement à tous les ratés qui accompagnent cette recherche. La loi de puissance transforme l'échec fréquent en simple coût d'entrée, et l'exception en tout le rendement.

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