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Voyage dans les mondes souterrains

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Description

On passe sa vie à la surface. On lève les yeux vers le ciel, on regarde l'horizon, on marche sur un sol qu'on ne questionne jamais. Ce qui est sous nos pieds, on préfère ne pas y penser — c'est là qu'on cache les morts, les déchets, les câbles, les choses qu'on ne veut plus voir. Robert Macfarlane, écrivain et arpenteur de paysages britannique, a décidé de faire l'inverse. Pendant plusieurs années, il est descendu : dans des grottes du Somerset, sous les glaciers du Groenland, dans les catacombes de Paris, au fond d'un laboratoire enfoui à un kilomètre de roche norvégienne. Le livre qui en sort, publié en 2019, s'appelle Underland.

Ce n'est pas un carnet d'exploration de plus, avec cordes et frontales et frissons. Macfarlane s'intéresse à une question plus vieille et plus dérangeante : pourquoi, dans presque toutes les cultures, place-t-on sous terre trois choses à la fois — ce qu'on veut protéger, ce qu'on veut extraire, et ce dont on veut se débarrasser. Le trésor, le minerai, le cadavre. La graine, l'or, le secret. Le sous-sol n'est pas un décor. C'est un espace où l'humanité range ce qu'elle ne sait pas regarder en face.

Et à force de descendre, une autre échelle s'impose à lui, celle qui donne le vertige : le temps des profondeurs n'est pas le nôtre. La roche compte en millions d'années, la glace garde la mémoire de climats disparus, et certains déchets qu'on enfouit resteront dangereux plus longtemps que toute civilisation n'a duré. Descendre, chez Macfarlane, c'est finir par regarder le futur.

La question que l’on se pose : Pourquoi enfouit-on sous terre ce qu'on veut à la fois cacher, garder et exploiter — et qu'est-ce que le sous-sol nous apprend sur notre place dans le temps ?Ce que l’on va voir : Une traversée des mondes du dessous, des grottes aux racines des forêts, jusqu'à cette échelle de temps qui nous dépasse et nous engage.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Ce que la terre garde, cache et rend

Macfarlane part d'une intuition qu'il déroule tout au long du livre : partout où des humains ont vécu, ils ont assigné au sous-sol trois fonctions qui reviennent sans cesse. On y met à l'abri ce qui compte — une graine, un souvenir, un être aimé qu'on enterre. On y va chercher ce qu'on convoite — le sel, le charbon, le cuivre, l'or. Et on y jette ce qui fait peur — les déchets, les corps, les choses honteuses. Garder, extraire, se débarrasser. Trois gestes que la surface n'accueille pas et que la profondeur absorbe.

Il descend d'abord dans les entrailles calcaires du Mendip, dans le sud-ouest de l'Angleterre, en compagnie d'un caveur qui connaît ces boyaux comme d'autres connaissent leur jardin. Là, le corps devient un problème concret : on rampe, on se coince, on avance dans le noir absolu vers des salles que personne ne verra jamais deux fois de la même façon. Ce n'est pas du tourisme. C'est une manière d'éprouver physiquement ce que veut dire quitter la lumière.

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02

Chapitre 2 — Le sous-sol vivant, ou la forêt qui parle par le bas

On imagine le sous-sol inerte, minéral, mort. L'un des chapitres les plus marquants d'Underland démonte cette idée en s'enfonçant dans un monde grouillant : celui des racines et des champignons. Macfarlane raconte le travail de chercheurs, notamment l'écologue canadienne Suzanne Simard, qui ont mis en évidence ce qu'on surnomme aujourd'hui le wood wide web — un réseau de filaments fongiques qui relie les arbres d'une forêt sous nos pieds.

Le mécanisme tient de la symbiose. Les champignons mycorhiziens s'associent aux racines : ils prélèvent une part des sucres fabriqués par l'arbre grâce à la photosynthèse, et lui fournissent en échange de l'eau et des sels minéraux qu'ils vont chercher loin, dans des recoins de sol qu'aucune racine n'atteindrait seule. Mais le réseau fait plus que nourrir. Il transporte. Un arbre en bonne santé peut envoyer du carbone à un voisin affaibli ; une plante à l'ombre peut recevoir de quoi tenir. La forêt, vue d'en bas, ressemble moins à une collection d'individus qu'à un tissu qui échange.

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03

Chapitre 3 — Descendre pour lire le temps

Plus il descend, plus une notion s'impose à Macfarlane, celle qu'il appelle le deep time — le temps profond, l'échelle géologique où l'humanité tout entière n'est qu'un clignement. La roche, la glace et les sédiments sont des archives. Chaque couche est une page. Descendre, c'est remonter le temps ; s'enfoncer dans la matière, c'est feuilleter des millions d'années.

Cette lecture devient littérale dans les glaces. Au Groenland, Macfarlane s'approche des calottes et des moulins glaciaires, ces puits où l'eau de fonte s'engouffre dans la glace. Les carottes prélevées par les scientifiques contiennent des bulles d'air piégées depuis des dizaines de milliers d'années — de l'atmosphère fossile, littéralement. On peut y mesurer la composition de l'air d'avant nous, d'avant tout. La glace ne raconte pas le passé, elle le conserve intact, comme une mémoire qui n'aurait pas vieilli. Et cette mémoire est en train de fondre.

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04

Chapitre 4 — Léguer un aver­tis­se­ment à qui n'est pas né

Le deep time, tel qu'Underland finit par le poser, cesse d'être une curiosité géologique pour devenir un problème moral. Car nous sommes devenus, pour la première fois, une espèce capable de fabriquer des choses qui dureront plus longtemps que nous. Le plastique, le carbone relâché dans l'atmosphère, et surtout les déchets nucléaires : autant de traces que nous déposons dans la roche et qui parleront pour nous bien après notre disparition.

Macfarlane s'arrête sur un cas qui condense tout : les sites d'enfouissement de déchets radioactifs, comme celui d'Onkalo en Finlande, creusé pour garder des matières dangereuses à l'écart du vivant pendant cent mille ans. Ce chiffre est proprement impensable. Cent mille ans, c'est plus que toute l'histoire de l'écriture, plus que toute civilisation connue. Comment prévenir un futur si lointain qu'on ignore s'il parlera encore une langue humaine ? Des comités ont sérieusement travaillé la question : quels symboles, quels signes, quelle architecture pourraient dire « danger, ne creusez pas ici » à des êtres qu'on ne peut même pas imaginer.

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05

Conclusion

Macfarlane redescend, à la fin, vers la lumière. Il ressort des grottes, des glaces, des laboratoires enfouis, et retrouve la surface qu'on croit être le seul lieu digne d'attention. Mais quelque chose a changé dans son regard. Le sol sous ses pieds n'est plus un fond neutre : c'est un espace saturé de ce que l'humanité y a caché, extrait, enterré, et de ce qu'elle continue d'y déposer sans toujours mesurer pour combien de temps. Underland refuse la synthèse rassurante. Le livre garde jusqu'au bout sa double nature — émerveillement devant les réseaux de racines et la mémoire de la glace, effroi devant ce qu'on enfouit pour des millénaires.

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