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Secrets of sand hill road

Secrets of sand hill road

Scott Kupor

Ce que le fondateur signe sans le lire

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Description

Un fondateur reçoit une term sheet. Deux ou trois pages, souvent envoyées un vendredi soir, avec une valorisation en gros au milieu — disons vingt millions. C'est le chiffre qu'il retient, celui qu'il répétera à ses potes, celui qui fera la fierté d'un dîner. Le reste, il le survole : des lignes sur la « préférence de liquidation », les « anti-dilution », les « drag-along », les sièges au board. Du jargon. Il signe, parce que l'argent est là et que le closing presse. Scott Kupor, associé chez Andreessen Horowitz — l'un des plus gros fonds de la Silicon Valley — a passé sa carrière de l'autre côté de cette table. Son livre part d'un constat simple : ce que le fondateur ne lit pas est précisément ce qui décidera de son sort.

Sand Hill Road, c'est cette rue de Menlo Park où sont alignés les plus gros fonds de capital-risque du monde. Un lieu physique devenu un mot de code pour toute une mécanique — celle qui transforme une idée et un PowerPoint en centaines de millions, ou en rien. Kupor n'écrit pas un manifeste ni une success story. Il ouvre le capot. Il explique, clause par clause, comment un deal est vraiment construit, et pourquoi les mots choisis pèsent souvent plus lourd que les chiffres affichés.

Son pari : un fondateur qui comprend d'où vient l'argent, à qui le VC lui-même rend des comptes, et ce que chaque terme protège, négocie mieux — et se fait moins surprendre le jour de la sortie. Le déclic du bouquin n'est pas « comment lever des fonds », c'est « à quoi on dit oui quand on dit oui ».

La question que l’on se pose : Pourquoi les termes qu'un fondateur signe sans les lire décident-ils plus de son sort que la valorisation qu'il retient ?Ce que l’on va voir : On entre dans la salle des machines du capital-risque, là où quelques clauses techniques redistribuent silencieusement l'argent et le pouvoir entre ceux qui construisent et ceux qui financent.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Les deux clients cachés du VC

Avant de comprendre un deal, Kupor insiste sur un point qu'on oublie toujours : le VC assis en face n'est pas le vrai patron de l'argent. Il le gère. Derrière lui se trouvent les limited partners, ou LPs — fonds de pension, dotations universitaires, family offices, fondations — qui confient leurs capitaux à un fonds pour dix ans environ. Le VC, lui, est un general partner : il investit l'argent des autres, prélève une commission de gestion (souvent autour de 2 % par an) et empoche une part des plus-values (le fameux carried interest, généralement 20 %). Il travaille donc pour deux maîtres à la fois.

Cette structure change tout au comportement du fonds. Un LP juge son VC sur un cycle long et attend un rendement supérieur à ce qu'il obtiendrait ailleurs, sinon il n'a aucune raison de prendre le risque du non-coté. Résultat : le VC ne cherche pas une entreprise qui rapporte gentiment. Il cherche celle qui peut rendre à elle seule la totalité du fonds. Kupor décrit la loi de puissance qui régit ce métier : sur dix investissements, la plupart meurent ou stagnent, et c'est une ou deux réussites démesurées qui font tout le rendement. Le VC ne mise pas contre la perte, il mise pour l'énorme.

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02

Chapitre 2 — Le prix n'est pas le prix

Vient alors la ligne que Kupor considère comme la plus mal comprise de toutes : la préférence de liquidation. C'est elle qui découple la valorisation affichée du montant que chacun touchera réellement le jour de la vente. Le principe : en cas de sortie, l'investisseur récupère sa mise avant que quoi que ce soit ne soit partagé avec les fondateurs et les salariés. Une préférence « 1x » signifie qu'il reprend d'abord un multiple de un — son argent — puis participe éventuellement au reste. C'est une protection à la baisse : quoi qu'il arrive, il passe devant.

L'exemple que Kupor déroule est éclairant. Deux term sheets arrivent. La première valorise la boîte à cent millions ; la seconde à quatre-vingts. Le fondateur, spontanément, choisit cent. Sauf que la première assortit son investissement d'une préférence « 2x participating » — l'investisseur reprend deux fois sa mise, puis touche encore sa part du solde comme s'il n'avait rien repris. Dans une sortie modeste, ce fondateur-là gagne bien moins qu'avec la valorisation « plus basse » et sa préférence « 1x non-participating ». Le chiffre le plus gros cachait le deal le moins favorable.

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03

Chapitre 3 — Le contrôle se joue ailleurs que dans les parts

L'autre grande méprise, selon Kupor, porte sur le contrôle. Un fondateur croit souvent que tant qu'il détient la majorité des actions, il commande. Faux. Le pouvoir réel se loge dans deux jeux de règles distincts : la composition du board et les « droits de protection ». On peut détenir 70 % du capital et perdre les décisions qui comptent.

Le board, d'abord. Chaque tour d'investissement redessine sa composition, et Kupor conseille de la suivre siège par siège plutôt que de compter les pourcentages. Un board qui bascule en défaveur du fondateur peut, en pratique, décider de son propre licenciement comme dirigeant — c'est arrivé à des fondateurs devenus mythiques, écartés de la boîte qu'ils avaient créée alors qu'ils en possédaient encore une part énorme. Le siège pèse plus que l'action au moment des décisions structurantes : nommer ou révoquer le CEO, valider une vente, approuver un budget.

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04

Chapitre 4 — Ce que la term sheet dit du pouvoir

Si l'on prend de la hauteur, ce que le livre de Kupor décrit dépasse la mécanique d'un contrat. Il donne à voir une industrie entière fondée sur une idée : dans le financement du risque, le pouvoir ne se distribue pas par les pourcentages mais par les mots. Une préférence, un veto, un siège, une clause de conversion — ce sont des instruments de répartition du futur, écrits avant que le futur n'existe. Le capital-risque est un pari sur l'inconnu, et ces documents servent à trancher, par avance, qui gagne quoi dans chacun des scénarios qu'on ne peut pas encore nommer.

La matière première de tout ça, c'est l'asymétrie d'information. Le VC a vu des centaines de deals ; le fondateur en signe un, peut-être deux dans sa vie. L'un connaît la valeur de chaque virgule pour l'avoir jouée cent fois ; l'autre découvre le vocabulaire pendant qu'il le signe. Kupor, en publiant ces mécanismes, fait quelque chose d'un peu paradoxal pour un homme de son camp : il réduit cette asymétrie. Son livre est une façon de dire que le déséquilibre ne vient pas d'une malice, mais d'une expérience répétée d'un seul côté de la table — et qu'il se corrige en lisant.

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05

Conclusion

Kupor referme le capot sur la même image qu'il a ouverte : un fondateur, une term sheet, une valorisation qu'il retient et un paquet de clauses qu'il néglige. Son livre entier consiste à montrer que le sort d'une aventure entrepreneuriale se décide moins dans le chiffre affiché que dans les préférences de liquidation, les droits de veto, la composition du board et les clauses qui s'activeront le jour de la sortie. Ce que le fondateur signe sans le lire, ce n'est pas du détail juridique — c'est la répartition de l'argent et du contrôle dans tous les scénarios qu'il ne voit pas encore venir.

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