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Le Trou noir de la psyché

Le Trou noir de la psyché

Frances Tustin

Les barrières autistiques en analyse

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Description

Un enfant est assis par terre, à quelques centimètres d'un adulte qui lui parle, et il n'y a personne. Les yeux glissent, la main tourne un objet dur contre sa paume, le corps est là mais le regard ne revient pas. Frances Tustin, psychanalyste anglaise qui a passé des décennies auprès d'enfants autistes, décrit ce moment avec une précision qui fait froid dans le dos : quelque chose s'est refermé, et ce quelque chose a une fonction. Ce n'est pas un vide passif. C'est une défense active, construite, qui protège d'une douleur qu'on peine à imaginer.

Son livre, Le Trou noir de la psyché, part de cette observation clinique pour remonter plus loin — vers les tout premiers mois, là où le bébé et le corps de sa mère ne font pas encore deux. Tustin ne range pas l'autisme dans une case neurologique ou comportementale. Elle le regarde comme un drame de la séparation, un moment où l'enfant a vécu le détachement d'avec le corps nourricier non pas comme un écart, mais comme un arrachement, un trou qui s'ouvre là où il y avait de la continuité.

Ce qu'elle appelle les barrières autistiques, ce sont les manières dont l'enfant — et, dans le cabinet d'analyse, l'adulte qui en garde la trace — se blinde contre ce trou. Des carapaces faites de sensations dures, de gestes répétés, d'objets serrés. Tustin a passé sa vie à essayer de les traverser sans les forcer, et à comprendre pourquoi elles tiennent si bien.

La question que l’on se pose : Pourquoi certains enfants se barricadent-ils derrière des sensations plutôt que de rencontrer l'autre, et que révèle cette défense sur la toute première expérience du lien ?Ce que l’on va voir : Comment Tustin décrypte les carapaces autistiques, d'où elles viennent, ce qu'elles font resurgir en séance, et ce qu'elles disent du travail psychique le plus archaïque.

Sommaire

01

Chapitre 1 — La carapace et le trou

Tustin observe d'abord ce qui frappe le plus : l'enfant autiste ne semble pas vouloir manquer de rien, parce qu'il a organisé sa vie pour que rien ne manque jamais. Il n'attend pas, il ne réclame pas, il ne guette pas le retour de l'autre. À la place, il s'entoure d'une enveloppe de sensations qu'il contrôle entièrement. Un objet dur tenu dans la main, une surface lisse frottée sans fin, un bruit répété — autant de garnitures qui bouchent les interstices par où le monde extérieur pourrait entrer.

Derrière cette carapace, Tustin situe une expérience qu'elle nomme le trou noir : la sensation terrifiante d'un vide qui s'ouvre, d'une partie de soi qui s'écoule et se perd. Chez un bébé qui n'a pas encore de mots ni de pensée pour se protéger, cette sensation n'est pas une métaphore. Elle est vécue dans le corps, comme une catastrophe physique, comme si une partie de la bouche, de la peau, du soi était arrachée et disparaissait à jamais.

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02

Chapitre 2 — Le sein qui manque et l'au­to­sen­sua­li­té

Pour expliquer d'où vient le trou, Tustin s'appuie sur une idée héritée de la tradition psychanalytique qu'elle traverse — Melanie Klein, Wilfred Bion, Esther Bick — mais qu'elle reformule à sa façon. Au tout début, le nourrisson et le sein qui le nourrit ne sont pas deux objets séparés dans son expérience. La bouche et le mamelon forment une même chose, continue, et le bébé vit cette fusion comme l'état normal du monde.

Vient le moment où le sein s'absente. Pour la plupart des bébés, cette absence est tolérable : elle est amortie par une présence suffisamment fiable, par ce que Bion appelait la capacité de la mère à recevoir et à transformer la détresse de l'enfant. L'absence devient alors un écart, un intervalle supportable, premier pas vers la conscience qu'il existe un autre et un soi. Chez l'enfant qui deviendra autiste, selon Tustin, cet amortissement a manqué au mauvais moment. L'absence du sein n'a pas été un écart mais une amputation.

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03

Chapitre 3 — Ce qui se rejoue sur le divan

Tout l'intérêt de Tustin tient à ce qu'elle ne fait pas qu'observer des enfants : elle les prend en analyse, longuement, et elle décrit ce qui se passe dans la pièce. Les barrières autistiques ne restent pas dehors. Elles entrent avec l'enfant, puis, chez certains patients adultes, elles réapparaissent sous des formes plus discrètes — un moment où le lien se coupe net, où l'analyste cesse soudain d'exister pour le patient.

Elle raconte ces instants où un enfant, en pleine séance, se détourne et se met à frotter un objet, le regard éteint. Ce n'est pas une distraction. C'est une barrière qui vient de se refermer, souvent juste après un moment de contact réel — comme si la proximité elle-même avait réveillé la menace du trou. L'approche de l'autre déclenche la défense contre l'autre. L'analyste qui ne comprend pas ça risque d'insister, de forcer, et de confirmer à l'enfant que la rencontre est bien dangereuse.

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04

Chapitre 4 — Ce que les barrières apprennent sur le lien

En suivant Tustin jusque dans ses séances, on finit par comprendre que l'autisme, tel qu'elle le décrit, n'est pas seulement une pathologie à côté de la vie ordinaire. C'est un grossissement d'un drame que tout nourrisson traverse à sa manière. Chaque bébé doit, un jour, découvrir que le corps qui le nourrit n'est pas lui, qu'il existe un dehors et un dedans, un autre et un soi. Ce passage est une petite catastrophe amortie. Les enfants dont parle Tustin sont ceux chez qui l'amortisseur a lâché.

Ce que les barrières autistiques mettent en évidence, c'est donc le travail invisible qui, chez tous les autres, a réussi. La présence patiente qui transforme un arrachement en simple écart. La façon dont une détresse brute, portée par un autre, devient une émotion qu'on peut tenir au lieu de fuir. Tustin donne à voir, en creux, ce qui se joue dans les tout premiers mois de n'importe quelle vie : la construction du sentiment d'exister comme quelqu'un de séparé, qui ne s'écoule pas quand l'autre s'en va.

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05

Conclusion

Au bout du parcours de Tustin, l'image du trou noir cesse d'être une formule inquiétante pour devenir une boussole clinique. L'enfant qui se barricade ne fuit pas la vie ; il fuit une douleur précise, celle d'une séparation vécue comme une amputation. Ses carapaces de sensations ne sont pas des murs à abattre mais des protections à comprendre, puis à rendre peu à peu inutiles. Le travail de l'analyste n'est pas de percer la barrière, c'est d'offrir, dans la durée, la présence fiable qui permettra de supporter ce qu'elle retenait.

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