Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

La maladie mentale en mutation

La maladie mentale en mutation

Alain Ehrenberg, Anne M. Lovell

La psychiatrie change de regard

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

On connaît tous l'image : le grand bâtiment en retrait de la ville, les hauts murs, les couloirs. L'asile. Pendant un siècle et demi, c'est là que la société rangeait ceux qu'elle appelait les fous, à l'écart, sous la garde d'une médecine qui avait reçu mandat pour ça. Puis, dans la seconde moitié du XXᵉ siècle, les murs sont tombés. Pas d'un coup, pas partout pareil, mais dans le même mouvement de fond : la psychiatrie est sortie de l'enceinte fermée pour aller vers la ville, le cabinet, la pharmacie, le quotidien.

Deux chercheurs — le sociologue Alain Ehrenberg et l'anthropologue Anne M. Lovell — ont réuni une équipe pour regarder ce basculement de près. Leur ouvrage collectif, paru au tournant des années 2000, part d'un constat simple : la maladie mentale n'est plus ce qu'elle était, non pas parce que les cerveaux auraient changé, mais parce que tout ce qui l'entoure a bougé. Les lieux, les mots, les traitements, le statut du patient, et jusqu'à la frontière qui séparait le pathologique du normal.

Ce qui se joue là dépasse la seule histoire d'une spécialité médicale. Quand une société change sa façon de soigner la folie, elle change aussi sa façon de la penser — et avec elle, sa façon de définir ce que c'est qu'aller bien. Le livre suit ce fil patiemment, de la clinique vers la vie ordinaire.

La question que l’on se pose : Qu'est-ce qui change vraiment quand la psychiatrie quitte l'asile pour la ville — et pourquoi ça finit par nous concerner tous ?Ce que l’on va voir : Le déplacement d'une clinique entière, de ses murs à ses molécules, et ce qu'il fait à la frontière entre folie et vie ordinaire.

Sommaire

01

Chapitre 1 — L'asile se vide, la psychiatrie se déplace

Au départ, il y a un modèle très stable. Depuis le XIXᵉ siècle, la psychiatrie s'exerce dans l'asile : un lieu clos, une population identifiée, un rapport d'autorité clair entre le médecin aliéniste et l'aliéné. La folie est une affaire d'enfermement autant que de soin. On protège la société du malade, et parfois le malade de lui-même, mais dans tous les cas on sépare. Ehrenberg et Lovell rappellent à quel point ce dispositif a longtemps semblé aller de soi, comme si la maladie mentale appelait naturellement la mise à l'écart.

Puis le modèle craque. À partir des années 1950 et 1960, un mouvement traverse les pays occidentaux : on critique l'asile comme producteur de chronicité, on dénonce ses effets déshumanisants, on invente d'autres façons de faire. En France, c'est la politique de secteur qui prend le relais — l'idée qu'on peut soigner un patient près de chez lui, dans un réseau de structures ouvertes, plutôt que de le couper de son milieu. En Italie, le mouvement va plus loin encore, jusqu'à la fermeture légale des asiles. Les trajectoires varient, le sens est le même.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — Le malade devient un client comme un autre

Dans l'asile, le patient était d'abord un objet de soin et de surveillance. On décidait pour lui, de son enfermement comme de son traitement. Le déplacement vers la ville change la donne, et le livre insiste sur ce point : le malade mental devient progressivement un sujet à part entière, doté de droits, de parole, d'une capacité à négocier son parcours. Il n'est plus seulement celui qu'on soigne, il est celui qui consent, qui refuse, qui va voir ailleurs.

Cette montée du patient-sujet s'inscrit dans un mouvement bien plus large de nos sociétés, que les auteurs relient à une transformation de l'individu contemporain. On valorise désormais l'autonomie, l'initiative, la responsabilité de soi. Chacun est censé être l'auteur de sa propre vie. La psychiatrie n'échappe pas à ce climat : le bon patient n'est plus le patient docile, c'est celui qui participe, qui s'informe, qui devient en quelque sorte l'acteur de son traitement et le gestionnaire de son trouble.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — Des diagnostics qui enflent et une chimie qui promet

Le troisième déplacement est peut-être le plus décisif, et il est double. D'un côté, les classifications des troubles ont explosé. Les grands manuels de référence, notamment le DSM américain, se sont épaissis d'édition en édition, multipliant les catégories, affinant les critères, nommant des souffrances qui n'avaient pas de nom auparavant. De l'autre, une pharmacologie nouvelle a transformé le quotidien du soin : neuroleptiques, antidépresseurs, anxiolytiques. Les deux évolutions avancent ensemble, et se nourrissent l'une l'autre.

Les auteurs ne traitent pas cette expansion comme un simple progrès ni comme un pur complot. Ils la décrivent comme une mutation du regard. Quand on dispose d'une molécule qui agit sur un symptôme, on tend à redéfinir ce symptôme en fonction de ce que la molécule touche. La chimie ne se contente pas de soigner : elle redessine la carte des troubles. Des états autrefois noyés dans le vague de la vie — la tristesse durable, l'angoisse, la difficulté à se concentrer — deviennent des cibles identifiées, nommables, traitables.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — La folie dilue, le normal rétrécit

Si on prend de la hauteur, ces trois déplacements racontent une même histoire : la folie a cessé d'être un dehors. Tant qu'il y avait l'asile, il y avait une ligne. D'un côté les fous, de l'autre les sains ; d'un côté la maladie bien visible, de l'autre la santé supposée aller de soi. Ehrenberg et Lovell montrent que cette ligne s'est effacée, et que la maladie mentale s'est répandue en nappe à travers le corps social tout entier.

Le résultat, c'est un continuum. On ne demande plus seulement « est-il fou ou pas ? », mais « où se situe-t-il sur l'échelle des troubles ? ». Chacun peut désormais s'y placer quelque part — un peu anxieux, un peu déprimé, un peu dépendant, un peu trop ceci ou pas assez cela. La question de la folie devient une question de degré, et elle concerne potentiellement tout le monde. Ce qui était une catégorie de population est devenu une dimension de l'existence commune.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

On est parti de l'asile qui se vide, et on arrive à une société entière traversée par la question de la santé mentale. Entre les deux, Ehrenberg et Lovell suivent un même mouvement décliné sur trois plans : les lieux qui s'ouvrent, le patient qui devient un sujet autonome, les diagnostics et les molécules qui se banalisent. Chaque transformation semble locale, technique, propre à une spécialité médicale ; mises bout à bout, elles redessinent la place de la folie dans le monde commun.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !