Télécharger l'app

Scanne. C'est dans ta poche.

QR Code — Dygest

Ouvre l'app Appareil photo, pointe sur le code. C'est gratuit à l'essai.

La psychologie de l'intelligence

La psychologie de l'in­tel­li­gence

Jean Piaget

Piaget sur le développement de l'esprit

Écouter l'extrait du podcast :
0:00 --:--

Description

Posez une bille rouge à côté d'une bille bleue devant un enfant de quatre ans, puis écartez les deux billes de quelques centimètres. Demandez-lui s'il y en a toujours autant. Très souvent, il répondra qu'il y en a plus là où la rangée s'est allongée. Ça paraît absurde — rien n'a disparu, rien n'a été ajouté. Pourtant l'enfant n'est ni bête ni distrait. Il raisonne parfaitement, mais avec une logique qui n'est pas encore la nôtre.

C'est sur ce genre d'erreur minuscule et obstinée qu'un biologiste suisse devenu psychologue a bâti toute une théorie. Jean Piaget a passé des décennies à écouter des enfants expliquer leur raisonnement, convaincu qu'une réponse fausse en dit plus long qu'une réponse juste. En 1947, il réunit l'essentiel de sa pensée dans un livre dense, La psychologie de l'intelligence, où il propose une idée simple et vertigineuse : l'intelligence ne tombe pas du ciel toute faite, elle se construit, par étapes, comme un organe qui grandit.

Ce qui frappe chez Piaget, c'est qu'il refuse de voir l'esprit de l'enfant comme un adulte en miniature, à qui il manquerait juste du savoir. Pour lui, l'enfant pense autrement, avec des structures logiques différentes qui se transforment dans un ordre fixe. Et derrière cette mécanique du développement, il cherche quelque chose de plus large encore : ce que l'intelligence est, au fond, quand on cesse de la confondre avec le contenu de ce qu'on sait.

La question que l’on se pose : Comment un esprit se construit-il, étape par étape — et qu'est-ce que l'intelligence quand on la regarde de l'intérieur, plutôt que par ses résultats ?Ce que l’on va voir : La méthode d'un homme qui écoutait les erreurs des enfants, les mécanismes qui font grandir une pensée, et l'idée que l'intelligence est d'abord une manière de s'adapter au monde.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Un enfant qui se trompe toujours de la même façon

Avant d'être psychologue, Piaget est biologiste. Adolescent, il publie déjà sur les mollusques. Cette formation marque toute sa démarche : il ne regarde pas l'enfant comme un éducateur qui veut corriger, mais comme un naturaliste qui observe une espèce et cherche ses lois. Son premier emploi, au début des années 1920, consiste à étalonner des tests d'intelligence dans le laboratoire d'Alfred Binet, à Paris. On lui demande de noter les bonnes réponses. Lui s'intéresse aux mauvaises.

Car les erreurs des enfants ne sont pas aléatoires. À un âge donné, des enfants qui ne se connaissent pas commettent exactement la même faute, pour exactement les mêmes raisons, et la défendent avec la même assurance. Ce n'est pas du hasard ni de la bêtise : c'est le signe qu'une structure mentale commune est à l'œuvre. Un enfant qui dit qu'il y a plus de billes dans la rangée étirée ne manque pas d'information. Il raisonne à partir d'une logique où la longueur l'emporte sur le nombre.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

02

Chapitre 2 — Assimiler, accommoder, et tenir l'équilibre

Reste à expliquer le moteur. Qu'est-ce qui pousse un esprit à passer d'une logique à une autre ? Piaget emprunte ses outils à la biologie. Tout organisme vivant, dit-il, fait deux choses en permanence pour survivre : il intègre le monde extérieur à ses propres structures, et il modifie ses structures quand le monde résiste. La digestion transforme la nourriture pour l'absorber ; mais le corps s'ajuste aussi à ce qu'il reçoit. L'intelligence fonctionne pareil, à un autre niveau.

Le premier mouvement, il l'appelle l'assimilation. L'enfant interprète une situation nouvelle avec les schèmes qu'il possède déjà. Un bébé qui sait saisir un hochet va tenter de saisir tout ce qui passe, de la même manière : il assimile le monde à son geste. Mais parfois le geste ne marche pas — l'objet est trop gros, trop loin, trop lourd. L'enfant doit alors transformer son schème pour l'ajuster à la réalité. C'est le second mouvement, l'accommodation.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

03

Chapitre 3 — Les quatre âges d'une pensée qui se construit

Ce travail d'équilibration produit des paliers, et c'est l'apport le plus célèbre de Piaget : quatre grands stades, toujours dans le même ordre. Chacun n'est pas un simple ajout au précédent, mais une réorganisation complète de la logique. Le premier, le stade sensori-moteur, va de la naissance à environ deux ans. Le bébé pense avec ses actions : saisir, sucer, lancer. Sa grande conquête est la permanence de l'objet — comprendre, vers huit mois, qu'une chose cachée continue d'exister. Avant, pour lui, hors de vue signifie vraiment disparu.

Vient ensuite le stade préopératoire, de deux à sept ans environ. L'enfant accède au langage et au symbole : un bâton devient un cheval, un mot tient lieu de chose absente. Mais sa pensée reste prisonnière de ce qu'il perçoit. C'est l'âge de l'erreur sur les billes, de l'eau qu'on croit plus abondante dans un verre étroit et haut. L'enfant se centre sur un aspect frappant et oublie le reste. Il est aussi profondément égocentrique au sens de Piaget : il a du mal à imaginer qu'on puisse voir une scène d'un autre point de vue que le sien.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

04

Chapitre 4 — L'in­tel­li­gence comme forme d'adap­ta­tion

Si Piaget avait seulement classé les enfants par âge, il aurait fait de la description. Son ambition est plus grande, et c'est là que le biologiste reprend la main. Pour lui, l'intelligence n'est pas une faculté à part, posée au sommet de l'esprit. C'est le prolongement le plus achevé d'un mécanisme qui traverse tout le vivant : l'adaptation. Un organisme s'adapte à son milieu en l'assimilant et en s'y accommodant ; la pensée fait la même chose, mais avec des opérations mentales à la place des réactions biologiques.

Vu sous cet angle, le fil entre la cellule et le théorème devient continu. Le réflexe de succion d'un nouveau-né, le geste d'un enfant qui ajuste sa main pour attraper une balle, le raisonnement d'un adolescent qui teste une hypothèse : ce sont, pour Piaget, des degrés d'une même chose. Toujours cet équilibre recherché entre ce qu'on impose au monde et ce que le monde nous impose. L'intelligence serait la forme d'adaptation la plus souple, parce qu'elle peut s'ajuster à des situations infiniment variées, voire anticiper celles qui n'existent pas encore.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !

05

Conclusion

On est parti d'un enfant qui jure qu'une rangée de billes étirée en contient davantage. Cette petite erreur, Piaget en a fait une porte d'entrée vers toute une architecture : des stades qui se succèdent dans un ordre immuable, un moteur fait d'assimilation et d'accommodation, et une recherche d'équilibre qui pousse l'esprit à se réorganiser. L'enfant qui se trompe sur les billes n'est pas en retard sur l'adulte ; il habite une logique cohérente qui attend son prochain déséquilibre pour basculer vers une autre, plus large.

Téléchargez Dygest

pour avoir une expérience complète !