Experiential marketing
Le marketing par les sens et la relation
Description
Une publicité pour une montre suisse ne parle presque pas de la montre. Pas un mot sur la précision du mouvement, l'étanchéité, le nombre d'heures de réserve de marche. À la place : un homme au sommet d'une falaise, la lumière d'un matin, une sensation de silence et de liberté qu'on croit presque ressentir. On sort de là sans savoir combien coûte l'objet, mais avec une humeur. C'est exactement ce que la marque visait. Et c'est ce que Bernd Schmitt, professeur de marketing à Columbia, a théorisé à la fin des années 1990 dans un bouquin qui a donné un nom à la chose : le marketing expérientiel.
Son point de départ tient en une observation simple. Pendant des décennies, le marketing a fonctionné comme si le client était une machine à calculer. On lui présentait des caractéristiques — vitesse, prix, capacité, garantie — et on supposait qu'il comparait, pondérait, choisissait le meilleur rapport. Schmitt appelle ça le marketing traditionnel, et il le trouve à côté de la plaque. Parce qu'en vrai, personne n'achète un café, une paire de baskets ou une voiture de cette façon. On achète une sensation, une ambiance, une manière de se sentir soi-même.
Ce que Schmitt propose, ce n'est pas juste de dire « faites rêver les gens ». C'est un système. Une façon d'organiser ce qu'une marque fait ressentir, en éléments qu'on peut concevoir et assembler comme les pièces d'un mécanisme. L'expérience, chez lui, n'est pas un supplément d'âme qu'on saupoudre à la fin — c'est le produit lui-même.
La question que l’on se pose : Pourquoi les marques ont-elles arrêté de vendre ce que fait un produit pour vendre ce qu'il fait ressentir ?Ce que l’on va voir : Comment le marketing bascule de la caractéristique à la sensation, et ce qu'il faut construire pour orchestrer une expérience plutôt que la subir.
Sommaire
01 Chapitre 1 — Une pub sans caractéristiques produit
Schmitt ouvre son livre en tapant sur ce qu'il appelle le marketing des « features and benefits » — les caractéristiques et les bénéfices. Le modèle dominant jusque-là suppose un client qu'il nomme parfois l'homo economicus : un décideur rationnel qui liste les attributs d'un produit, les compare à ceux des concurrents, et tranche pour l'option optimale. Dans ce monde-là, vendre un aspirateur revient à annoncer sa puissance en watts et la capacité du sac. Le message est informatif, la promesse est fonctionnelle, et le client est censé faire ses comptes.
Le problème, dit Schmitt, c'est que ce modèle décrit mal la réalité de la consommation contemporaine. Dans des marchés saturés où dix aspirateurs se valent techniquement, l'argument des watts ne différencie plus rien. Le client ne choisit plus l'objet le plus performant, il choisit celui qui lui parle, qui colle à l'image qu'il se fait de lui-même, qui s'inscrit dans un moment de vie. La décision est faite d'affect, de contexte, d'associations — pas de tableaux comparatifs.
Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
02 Chapitre 2 — Cinq modules pour toucher un client
Le cœur du système de Schmitt, c'est ce qu'il appelle les modules d'expérience stratégiques — cinq types d'expérience qu'une marque peut viser. Le premier est le sensoriel : ce qui passe par les cinq sens. La couleur d'un packaging, la matière d'un objet en main, le bruit caractéristique d'une portière qui claque, l'odeur d'un magasin. Schmitt rappelle que certaines marques travaillent leur signature sonore ou olfactive avec autant de soin que leur logo, parce que ces sensations impriment une mémoire que le discours n'atteint jamais.
Le deuxième module est l'affectif : les émotions et les humeurs qu'une marque déclenche. Pas la joie forcée d'un slogan, mais des états intérieurs plus fins — la nostalgie, la fierté, la tendresse, le sentiment de sécurité. Le troisième, il l'appelle le cognitif, mais dans un sens précis : il s'agit d'engager la pensée du client, sa créativité, sa curiosité, de le faire réfléchir, résoudre, imaginer. Une campagne qui pose une énigme, un produit qui invite à détourner son usage, jouent sur ce registre.
Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
03 Chapitre 3 — Des attributs aux expériences intégrées
Reste à savoir avec quoi on fabrique ces expériences. Schmitt répond avec une deuxième notion, complémentaire des modules : les fournisseurs d'expérience, qu'il nomme experience providers. Ce sont les leviers concrets, les points de contact par lesquels une marque met en scène le ressenti qu'elle vise. Là où les modules décrivent le quoi — quelle expérience — les fournisseurs décrivent le comment — par quel canal on la produit.
La liste est celle du quotidien d'un marketeur, mais relue à travers l'expérience. La communication, d'abord : publicités, catalogues, rapports annuels. L'identité visuelle et verbale : nom, logo, code couleur. Le produit lui-même, son design, son emballage. Le co-branding, les partenariats, les placements. Les environnements spatiaux : magasins, stands, bureaux, architecture. Les sites web et les interfaces numériques, dont Schmitt pressent déjà l'importance à la fin des années 1990. Et enfin le personnel : vendeurs, service client, toute personne qui incarne la marque en face du client.
Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
04 Chapitre 4 — Le client qu'on ne calcule plus
Si on prend un peu de hauteur, ce que Schmitt formalise dépasse la boîte à outils du marketeur. Il acte un changement de définition du client lui-même. Le marketing classique reposait sur une anthropologie précise, héritée en partie de l'économie : l'individu est un agent rationnel qui maximise son intérêt à partir d'informations. Toute la mécanique de la publicité informative découlait de cette image — donner les bons arguments à un cerveau qui décide. Schmitt propose de la remplacer par une autre image : un être avant tout sensible, émotionnel, social, dont les choix naissent de situations vécues bien plus que de raisonnements.
Ce déplacement n'est pas anodin, parce qu'il change la nature de ce qu'une marque produit. Tant que le client était un calculateur, l'entreprise vendait des objets avec des attributs. Dès qu'il devient un être d'expérience, l'entreprise vend des mises en situation, des ambiances, des appartenances. L'objet ne disparaît pas, mais il devient le support d'autre chose — une occasion de ressentir. Le café n'est plus un produit, c'est le prétexte d'un moment. La frontière entre le produit et son contexte se brouille volontairement, et c'est ce brouillage qui constitue la valeur.
Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !
05 Conclusion
L'idée que Schmitt laisse derrière lui tient dans un renversement de perspective. Avant lui, on partait du produit et de ses qualités, et on cherchait à les faire connaître. Après lui, on part de l'expérience qu'on veut faire vivre, et le produit devient un des moyens de la produire, parmi d'autres. Les cinq modules — sensoriel, affectif, cognitif, action, relationnel — et les fournisseurs d'expérience qui les incarnent forment une grille pour concevoir cela délibérément, plutôt que de l'espérer par accident.
Téléchargez Dygest
pour avoir une expérience complète !