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Couverture de 'La connaissance interdite'

La Connais­sance interdite

Alice Miller

Les maltraitances infligées aux enfants, des actes isolés ?

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Description

Les maltraitances infligées aux enfants, des actes isolés ? Pas tant que cela si l’on en juge par le livre d’Alice Miller. Sans le savoir, nous serions presque tous victimes de mauvais traitements plus ou moins graves durant l’enfance.

L’auteure nous invite à lever le voile sur ce tabou de grande envergure de nos sociétés.

Sommaire

01

In­tro­duc­tion

Et si la maltraitance des enfants était un funeste héritage de l’éducation reçue par les parents eux-mêmes ? C’est de ce postulat que part Alice Miller pour décortiquer un mal sournois qui sévit dans notre société. L’auteur se fixe un objectif : faire prendre conscience d’un phénomène largement répandu, mais devant lequel on tend à fermer les yeux. Car ce sujet dérange et risque de nous révéler des vérités enfouies sur notre propre enfance.

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02

L’enfant, victime d’un crime contre l’humanité

Aussi surprenant que cela puisse paraître, les mauvais traitements à l’égard des enfants sont nombreux, quels que soient la culture ou le pays.

On pense d’emblée aux violences physiques ou psychologiques, au premier rang desquelles l’abus sexuel. Entre inceste et trafic d’enfants, son ampleur serait largement sous-estimée puisqu’on considère qu’un cas seulement sur cinquante serait signalé. Mais pour Alice Miller, il ne faut pas minimiser certains autres actes considérés comme « normaux », et pourtant lourds de conséquences pour le bien-être de l’individu. À commencer par les conditions dans lesquelles se déroule la naissance des bébés. On sépare souvent l’enfant de sa mère pour lui administrer un certain nombre de soins.

On le manipule et le place en couveuse au mépris des souffrances occasionnées et des lois naturelles présidant au déclenchement de la relation affective. Or, c’est dans les premiers instants que se crée le lien entre le nouveau-né et sa mère, comme l’ont révélé des expériences effectuées sur les animaux : la femelle, privée de son bébé dès la naissance, ne développe aucun instinct maternel et délaisse sa progéniture. Alice Miller classe également les pratiques rituelles, telles que l’excision et la circoncision, dans la liste des violences faites aux enfants par des adultes conscients de leurs actes.

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03

Quelles sont les consé­quences des mal­trai­tances subies par l’enfant ?

L’enfant soumis à des traitements violents ou humiliants est contraint de refouler ses sentiments de souffrance et de révolte, ce qui le mène à une « mutilation intérieure ». Il fait cela soit pour assurer sa survie, soit pour continuer d’idéaliser ses parents. Ce refoulement psychologique a deux conséquences. D’une part, il bloque l’aptitude à la compassion et fait naître une insensibilité plus ou moins grande à la souffrance d’autrui.

D’autre part, ce refoulement engendre une « cécité émotionnelle », c’est-à-dire qu’il va empêcher l’individu de prendre conscience de la réalité et le conduire au déni. Même une fois devenu adulte, il n’accédera pas à une interprétation juste et objective des faits dont il aura été victime pendant l’enfance, parce qu’il maintiendra le souvenir enfoui au fond de lui pour ne pas réveiller sa douleur. L’auteure note par exemple que les détenus, dont 90 % d’entre eux ont été maltraités, dédouanent systématiquement leurs parents de leurs actes. Ils rejettent la faute sur leur propre manque de discipline lorsqu’ils étaient enfants ou bien sur des facteurs extérieurs, tels que des conditions de vie difficiles. Pour Alice Miller, « la fonction salvatrice du refoulement dans l’enfance [est à double tranchant puisqu’elle] se change ultérieurement en puissance meurtrière » (p.46) ou destructrice. À l’âge adulte, une personne qui n’a connu ni affection ni protection durant son enfance considérera qu’il s’agit d’une situation normale. Elle aura par conséquent tendance à reproduire le même climat éducatif et les mêmes comportements lorsqu’elle aura à son tour des enfants.

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04

Une société qui cautionne la mal­trai­tance infantile

Depuis des siècles, la société s’appuie sur des principes pédagogiques qui font de la sévérité et de la punition les figures de proue d’une bonne éducation. La maltraitance est ainsi présentée comme un outil éducatif dont on peut user pour le bien de l’enfant. Il s’agit de lui forger le caractère pour le rendre plus fort, mais aussi de lui inculquer le respect des adultes et l’obéissance aux règles. Comble de tout, elle est même perçue comme utile et indispensable par ceux qui en ont fait les frais pendant toute leur enfance. C’est dire à quel point nous sommes programmés dès le plus jeune âge pour accepter toute forme d’éducation fondée sur la brutalité psychologique ou physique.

Ces abus de pouvoir sont donc en quelque sorte institutionnalisés par la morale. Tolérés et banalisés, ils prennent corps à travers certaines traditions comme la fête de Saint Nicolas. Cette humiliation publique, orchestrée par les adultes sous couvert d’éducation, ne rencontre aucun détracteur et on y expose ses enfants sans le moindre scrupule. Celle-ci consiste pourtant à faire défiler les enfants un à un devant Saint Nicolas, qui les semonce sur leurs mauvais comportements devant l’assemblée des parents.

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05

Les écueils de la psy­cha­na­lyse

Dans le domaine psychanalytique, l’enfant est considéré comme un être mauvais, si ce n’est un criminel en puissance comme le déclare le psychanalyste, Edward Glover. Loin d’être candide, il serait habité par des pulsions destructrices, mais aussi érotiques qui se manifestent par son besoin d’affection et de contact avec ses parents. Cette théorie donne une image négative de l’enfant qui semble justifier le peu de cas que l’on peut faire de sa parole dans le cas de soupçons de maltraitance. Souvent taxé d’affabulation, il fait l’objet d’un renversement de situation qui le fait passer de victime à coupable.

Dans le cas d’abus sexuels, il n’est pas rare qu’il soit accusé d’avoir été provocateur et d’avoir tenté de séduire l’adulte. Pour illustrer cette aberration, Alice Miller se réfère à une affaire qui a défrayé la chronique en 1985 à Los Angeles : 300 élèves furent abusés par plusieurs de leurs instituteurs. Les professeurs furent libérés, bien que les enfants aient tous témoigné des sévices qu’ils avaient subis.

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06

Quelles solutions pour libérer les enfants de leur traumatisme ?

L’intervention d’une tierce personne est salvatrice pour l’enfant victime de mauvais traitements. Ce témoin secourable ou rectificateur, comme l’appelle l’auteure, lui fait découvrir qu’il est possible d’établir des relations saines avec quelqu’un d’autre. En lui témoignant de l’intérêt ou de l’affection, il lui montre que la violence qu’il subit n’est pas normale. C’est grâce à ce type de témoin secourable que l’écrivain Franz Kafka a ouvert les yeux sur la façon dont il avait été traité. Le décalage entre l’amour de sa sœur et la froideur de ses parents a mis en évidence le caractère anormal du comportement parental.

Les traumatismes découlant de maltraitances ne sont pas irréversibles. On peut s’en libérer en acceptant de faire un travail sur soi dont l’objectif est de lever le blocage consécutif au refoulement. Affronter son passé est néanmoins une épreuve difficile qui exige d’être accompagné. Le choix du thérapeute doit se faire avec soin. Il doit être en mesure d’aider son patient à rétablir une image conforme à la réalité de son enfance.

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07

Conclusion

Le salut des enfants réside dans la capacité des adultes à affronter leurs propres blessures d’enfance. C’est en brisant le sceau du silence et en ne se voilant plus la face que l’on pourra les libérer d’une grande part des maltraitances dont ils font l’objet. La pleine reconnaissance de leur statut de victimes, ainsi que de leur nature dénuée de malveillance, est également indispensable.

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08

Zone critique

Alice Miller prend nettement ses distances avec la psychanalyse qu’elle accuse de répandre des théories fallacieuses, qui visent à entretenir l’aveuglement des individus sur eux-mêmes. Elle pointe notamment du doigt la théorie des pulsions de Sigmund Freud et le complexe d’Œdipe qui entravent la connaissance de soi.

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09

Pour aller plus loin

Ouvrage recensé – Alice Miller, La Connaissance interdite – Affronter les blessures de l’enfance dans la thérapie, Paris, Éditions Flammarion, coll. « Champs Essais », 2018, p. 27-28.

De la même autrice – C’est pour ton bien, Paris, Éditions Flammarion, 2015. – L’Enfant sous terreur, Paris, Éditions Aubier, 1993.

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