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Conversational capital

Conver­sa­tio­nal capital

Bertrand Cesvet, Eric Alper

Les détails d'expérience qui font parler

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Description

Il y a une manette de café qu'on raconte, une file d'attente devant un cirque québécois qu'on raconte, une bouteille de bière au goulot bizarre qu'on raconte. On ne se souvient presque jamais de la pub — mais on répète l'histoire du produit à un dîner, spontanément, sans qu'aucune agence ne nous ait payés pour ça. C'est ce phénomène, tellement banal qu'on ne le regarde plus, que Bertrand Cesvet et Eric Alper ont voulu décortiquer dans un bouquin paru en 2008, Conversational Capital.

Cesvet n'est pas un théoricien. Il dirige Sid Lee, l'agence de création montréalaise qui a longtemps travaillé pour le Cirque du Soleil, et il a passé sa carrière à observer un truc que les études de marché ratent : certaines marques n'ont presque pas besoin de publicité parce que leurs clients font le travail à leur place. Pas par gentillesse. Parce que l'expérience elle-même contient des détails qu'on a envie de raconter.

Leur thèse tient dans une distinction simple et un peu contre-intuitive : le bouche-à-oreille ne se fabrique pas dans le message, il se fabrique dans l'objet et dans le vécu. Une marque ne devient conversationnelle que si son expérience est truffée d'éléments conçus — ou heureusement accidentels — qui donnent aux gens une raison de parler.

La question que l’on se pose : Pourquoi certaines marques se répandent par la bouche de leurs clients quand d'autres, pourtant plus visibles, restent muettes ?Ce que l’on va voir : Comment une expérience se fabrique des raisons d'être racontée, et ce que ça dit d'une valeur qui ne figure sur aucun bilan.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Cirque du Soleil, une file d'attente qu'on raconte

Cesvet écrit depuis l'intérieur d'un cas qu'il connaît par cœur : le Cirque du Soleil. Fondé en 1984 par une bande d'artistes de rue québécois, le Cirque a bâti un empire mondial en dépensant, pendant longtemps, une part dérisoire de son chiffre d'affaires en publicité classique — quelque chose comme un pour cent, là où une marque de divertissement comparable en met dix ou plus. Le reste du travail était fait par les spectateurs eux-mêmes, qui ressortaient de la représentation en racontant ce qu'ils avaient vu.

Et ce qu'ils racontaient n'était pas seulement le spectacle. C'était l'expérience entière : le chapiteau grand comme un stade, les artistes maquillés qui vous fixent avant que la lumière tombe, l'univers sans animaux ni monsieur Loyal qui prenait le contre-pied de tout ce qu'on associait au mot cirque. Même l'attente avant le lever de rideau était mise en scène, peuplée de personnages qui déambulaient et interpellaient le public. Chaque détail était une anomalie par rapport à l'attendu, et une anomalie, ça se commente.

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02

Chapitre 2 — Huit dé­clen­cheurs, pas un slogan

Le cœur du livre est une grille : les auteurs identifient huit déclencheurs qui rendent une expérience conversationnelle. L'idée n'est pas de tous les cocher, mais de comprendre lesquels une marque active — souvent sans le savoir. Le premier, c'est le rituel : un geste que le client répète et qui devient un signe d'appartenance, comme la manière de tourner un biscuit Oreo avant de le manger. Le geste n'ajoute rien au goût, mais il ajoute une histoire.

Viennent ensuite les icônes exclusives, ces éléments visuels si distinctifs qu'ils appartiennent à la marque et à personne d'autre — la bouteille de Coca reconnaissable les yeux fermés, la silhouette d'une console. Puis les mythes fondateurs : l'histoire d'origine qu'on se repasse, le garage de Hewlett-Packard, la recette gardée secrète. Une marque qui a une légende a un récit prêt à circuler, un début tout trouvé pour celui qui veut la raconter.

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03

Chapitre 3 — Le rituel, le totem, l'im­per­fec­tion assumée

Parmi les huit déclencheurs, trois reviennent sans cesse sous la plume de Cesvet parce qu'ils sont les plus faciles à concevoir volontairement. Le rituel d'abord. Quand une marque installe un geste — la façon de servir une pinte de Guinness en deux temps, avec la pause au milieu — elle transforme la consommation en performance. Le client ne boit plus seulement, il exécute un protocole, et il le raconte à celui qui ne le connaît pas. Le geste devient une petite cérémonie transmissible, un savoir qu'on a plaisir à partager.

Le totem ensuite, ce que les auteurs appellent l'icône exclusive. Un objet ou un signe qui condense la marque au point de la remplacer. On peut décrire une expérience entière en montrant un seul détail : la forme d'un flacon, une couleur précise, un bruit de démarrage. Le totem donne à la conversation un point d'accroche visuel, quelque chose à pointer du doigt. Sans lui, l'histoire n'a pas d'image et se dilue dès qu'on tente de la répéter à quelqu'un.

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04

Chapitre 4 — Un actif qui vit hors des murs de la marque

Le vrai déplacement du livre est là, et il dépasse la boîte à outils. Cesvet et Alper posent le capital conversationnel comme un actif — au sens presque comptable du terme. Une marque possède des usines, des brevets, une trésorerie. Elle possède aussi, invisiblement, un stock de conversations qui se produisent sans elle, dans des cuisines, des bureaux, des files d'attente. Ce stock a une valeur : il fait vendre, il attire, il protège. Mais il n'apparaît sur aucun bilan, et la plupart des entreprises ignorent même combien elles en détiennent.

Ce qui distingue cet actif des autres, c'est qu'il ne se trouve pas dans les murs de l'entreprise. Il vit chez les gens. Une marque ne le contrôle pas, elle ne peut que l'alimenter — en concevant des expériences qui donnent aux clients de la matière à transmettre. C'est un capital qu'on cultive plutôt qu'on achète, et qui, comme tout capital, peut croître ou s'éroder selon qu'on l'entretient ou qu'on le néglige. Une marque qui cesse de nourrir ses conversations les voit s'éteindre, doucement, sans qu'aucune alerte ne sonne.

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05

Conclusion

Le fil qui relie la file d'attente du Cirque du Soleil, la pinte servie en deux temps et le défaut qu'on refuse de poncer est toujours le même : ce dont on parle, ce n'est jamais le message d'une marque, c'est un détail de son expérience. Cesvet et Alper font tenir tout un modèle sur cette bascule. Le bouche-à-oreille cesse d'être un heureux hasard qu'on espère, pour devenir quelque chose qui se conçoit, déclencheur par déclencheur, dans le produit lui-même.

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