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Tout passe

Tout passe

Nicole Bordeleau

Accueillir le changement avec calme

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Description

Il y a ce moment où la vie s'arrête net. Un diagnostic lâché dans un cabinet médical, une rupture qu'on n'avait pas vue venir, un deuil, une porte qui claque sur une période entière. On croyait tenir quelque chose de solide, et d'un coup le sol se dérobe. Nicole Bordeleau connaît cette sensation de l'intérieur : avant d'enseigner la méditation et le yoga au Québec, elle a traversé une maladie grave et une longue période où plus rien ne tenait debout. Son livre Tout passe part de là — pas d'une théorie, d'une expérience vécue à ras de corps.

Le titre a l'air d'une consolation facile, le genre de phrase qu'on glisse à quelqu'un qui souffre pour passer à autre chose. Chez Bordeleau, c'est l'inverse d'une formule : c'est une observation brute. Tout passe — les saisons, les humeurs, les douleurs, les joies, les gens, nous-mêmes. Rien ne reste. Et plutôt que de voir dans cette impermanence une raison de désespérer, elle en fait le point d'appui d'une manière de vivre plus calme, moins crispée sur ce qui nous échappe de toute façon.

Ce qui donne au propos sa couleur, c'est qu'il ne demande pas de penser autrement, mais de respirer autrement. Bordeleau ne cherche pas à convaincre par l'argument. Elle raconte des histoires — la sienne, celles de gens croisés en atelier — et elle propose un geste concret, répété, presque banal, qui change le rapport au temps qui file.

La question que l’on se pose : Comment l'idée que tout passe, qui pourrait écraser, peut-elle au contraire devenir une manière d'accueillir le changement sans s'y briser ?Ce que l’on va voir : Un parcours qui part d'une vie qui s'effondre et aboutit à une pratique très simple du souffle et de l'instant présent.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Une vie qui se fissure avant de s'ouvrir

Avant d'être une enseignante qu'on vient écouter, Nicole Bordeleau a été une femme que la vie a mise à terre. Elle le raconte sans fard dans Tout passe : une maladie auto-immune, des années de douleur, une fatigue qui ne lâche pas, et avec ça la sensation que le projet qu'elle s'était fait d'elle-même partait en morceaux. On construit une image — la personne active, en contrôle, capable — et la maladie la démonte pièce par pièce. Ce qui reste, à ce stade, c'est rarement la sagesse. C'est la peur.

Ce point de départ compte, parce qu'il interdit de lire le livre comme un manuel de sérénité écrit par quelqu'un qui n'a jamais tremblé. Bordeleau décrit la révolte, le refus, les nuits où l'on négocie avec on ne sait quoi pour que ça s'arrête. Elle ne saute pas l'étape de la souffrance pour arriver plus vite à l'apaisement. Au contraire, c'est en restant dedans, faute de pouvoir en sortir, qu'elle finit par remarquer quelque chose : même la douleur la plus intense n'est pas fixe. Elle monte, elle plafonne, elle redescend. Elle passe.

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02

Chapitre 2 — Trois vérités qu'on préfère éviter

Bordeleau s'appuie sur une intuition qu'on retrouve dans les traditions contemplatives qu'elle a pratiquées, bouddhistes notamment : nous passons une énergie folle à nier trois faits pourtant évidents. Tout change, rien n'est permanent, et nous-mêmes ne sommes pas la figure stable que nous croyons être. Dit comme ça, c'est presque un cliché. Vécu, c'est une tout autre affaire, parce que notre vie quotidienne est bâtie sur l'hypothèse inverse : que les choses vont rester, que les gens vont rester, que nous allons rester.

Le premier fait, c'est le mouvement incessant. Rien dans la nature ne tient en place. Le corps se renouvelle, les cellules meurent et se refont, les pensées défilent sans qu'on les retienne, l'humeur du matin n'est plus celle du soir. Bordeleau invite à observer ça sans drame, comme on regarderait une rivière : l'eau qu'on voit n'est jamais celle qu'on voyait une seconde avant. Pourtant on s'accroche à des instantanés — une relation telle qu'elle était, un corps tel qu'il était — et on souffre de ce qu'ils ne correspondent plus.

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03

Chapitre 3 — La résistance, cette fabrique de souffrance

Pour Bordeleau, la douleur et la souffrance ne sont pas la même chose, et c'est peut-être la distinction la plus utile du livre. La douleur, c'est ce qui arrive : la maladie, la perte, le vieillissement, la peur. Elle fait partie du contrat d'être vivant, personne n'y échappe. La souffrance, elle, naît de ce qu'on ajoute à la douleur : le refus, la lutte, la rumination, le « ça ne devrait pas m'arriver ». C'est cette couche-là, dit-elle, qui est optionnelle — et qui occupe l'essentiel de notre détresse.

Elle le montre par des scènes concrètes, souvent tirées de ses ateliers. Quelqu'un qui n'arrive pas à tourner la page d'une rupture passe des années à rejouer la scène, à chercher la faute, à vouloir réécrire ce qui a eu lieu. La rupture, c'était la douleur ; dix ans de ressassement, c'est la souffrance qu'on s'inflige par-dessus. La résistance ne change rien aux faits. Elle ne fait que les garder vivants et saignants bien après qu'ils soient finis.

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04

Chapitre 4 — Respirer comme on apprend à nager

Tout le livre converge vers une pratique d'une simplicité presque décevante : s'asseoir, fermer les yeux, et revenir au souffle. Bordeleau, qui enseigne le yoga et la méditation depuis des années, ne promet aucun état extraordinaire. Elle propose un entraînement, au sens le plus ordinaire du mot. On ne médite pas pour atteindre le calme comme on atteindrait un sommet ; on s'exerce, jour après jour, à revenir à l'instant quand l'esprit part devant ou derrière. Et il part tout le temps — c'est normal, c'est même l'objet de l'exercice.

Ce qu'il y a de juste dans sa manière de présenter la chose, c'est qu'elle refuse d'en faire une performance. Beaucoup abordent la méditation comme une compétence à maîtriser, avec de bonnes et de mauvaises séances, une réussite à décrocher. Bordeleau démonte cette logique : il n'y a rien à réussir, seulement à pratiquer. La méditation qu'elle décrit ressemble à apprendre à nager. On ne décide pas de flotter par la volonté ; on se familiarise avec l'eau jusqu'à ce que le corps cesse de la combattre. De la même façon, on ne décide pas d'accueillir le changement ; on s'entraîne à rester présent pendant qu'il a lieu, jusqu'à ce que la crispation lâche d'elle-même.

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05

Conclusion

Tout passe revient, à la fin, à l'endroit d'où il part : une personne qui a vu sa vie se défaire et qui, au lieu d'en tirer de l'amertume, en a tiré une pratique. L'impermanence que Bordeleau redoutait est devenue la chose même sur laquelle elle s'appuie. Les histoires qu'elle raconte, la sienne et celles de ses élèves, ne débouchent pas sur une consolation abstraite mais sur un geste répétable : s'asseoir, respirer, revenir. Le livre ne demande pas de croire que tout ira bien. Il propose d'arrêter de lutter contre le mouvement de la vie, puisqu'on ne le gagnera pas.

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