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L'Étalon Bitcoin

L'Étalon Bitcoin

Saifedean Ammous

Bitcoin comme monnaie saine

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Description

En 2018, un économiste libanais installé à Beyrouth, Saifedean Ammous, publie un livre au titre volontairement provocateur : L'Étalon Bitcoin. Le pari est simple à énoncer et lourd à défendre. Bitcoin, cette chose que la plupart des gens rangent quelque part entre la spéculation et l'arnaque, ne serait pas d'abord une technologie ni un placement. Ce serait une monnaie — et pas n'importe laquelle : la première depuis l'or dont personne, pas même son créateur, ne peut augmenter la quantité pour financer une guerre, une relance ou une élection.

Ammous ne parle pas comme un ingénieur. Il parle comme un économiste de tradition autrichienne, celle de Ludwig von Mises et Friedrich Hayek, et il prend le problème par le bout qu'on oublie toujours : pas « à quoi ça sert d'acheter du Bitcoin », mais « qu'est-ce qui fait qu'un objet devient de l'argent et le reste ». Sa réponse tient dans une propriété peu glamour mais décisive — la difficulté à en produire davantage. Tout le reste, selon lui, en découle.

Derrière la monnaie, il y a toujours une question de pouvoir : qui a le droit d'en créer, et qui paie quand on en crée trop. C'est ce fil que le livre déroule, du sel des Romains aux billets qu'une banque centrale imprime aujourd'hui d'un clic.

La question que l’on se pose : Pourquoi une monnaie dont on ne peut pas augmenter la quantité changerait-elle quoi que ce soit à l'économie ?Ce que l’on va voir : Comment Ammous relie une vieille théorie de la monnaie saine à un logiciel de 2009, et ce que les économistes lui répondent.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Ce qui fait qu'une monnaie tient dans le temps

Le point de départ d'Ammous est une question qu'on ne se pose jamais parce que la réponse semble aller de soi. Pourquoi l'or a-t-il servi d'argent pendant des millénaires, alors que des coquillages, des perles, du bétail ou des cigarettes ont eu leur heure avant de disparaître de la circulation ? Sa thèse : une bonne monnaie n'est pas seulement quelque chose que tout le monde accepte, c'est quelque chose que personne ne peut fabriquer facilement.

Pour le dire, il emprunte à l'économiste autrichien Carl Menger l'idée de vendabilité — la facilité avec laquelle on écoule un bien sans perdre à l'échange. Une monnaie doit se vendre à travers l'espace (transportable), à travers les quantités (divisible), et surtout à travers le temps. C'est ce dernier point qui l'obsède. Un bien qui garde sa valeur d'une décennie à l'autre permet d'épargner son travail présent pour le consommer plus tard. Un bien dont la quantité gonfle sans cesse fait fondre cette épargne sans qu'on l'ait décidé.

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02

Chapitre 2 — La pierre, l'or et la tentation d'en fabriquer plus

Si le ratio stock/production explique tout, alors l'or n'a pas régné par hasard. C'est le seul métal dont le stock accumulé au fil des siècles écrase la production annuelle : chaque année, l'humanité n'ajoute qu'un ou deux pour cent au stock d'or existant. On a beau ouvrir des mines, on ne bougera jamais l'aiguille assez pour diluer sérieusement ceux qui en détiennent. C'est cette rigidité, dit Ammous, qui a fait de l'or l'ancre monétaire du monde, culminant avec l'étalon-or classique de la fin du XIXe siècle.

Cette période l'attire comme un âge d'or presque littéral. Sous l'étalon-or, les prix baissaient doucement sur le long terme : à mesure que l'industrie produisait plus efficacement, un même montant achetait davantage. Épargner avait du sens, et le capital s'accumulait sur des horizons longs. Ammous y voit une causalité forte avec l'essor scientifique et culturel de l'époque — un argument où l'économiste devient franchement militant, et qui prête le flanc à la critique de l'historien.

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03

Chapitre 3 — Vingt et un millions, et pas un de plus

C'est ici qu'entre en scène l'objet du titre. En 2008, sous le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, quelqu'un publie un court document décrivant un système de paiement électronique sans banque ni intermédiaire. Le logiciel tourne à partir de janvier 2009. Ce qui intéresse Ammous n'est ni la cryptographie ni le côté « paiement en ligne », qu'il juge secondaires. C'est une décision inscrite dans le code : il n'y aura jamais plus de vingt et un millions de bitcoins.

Le génie du dispositif, selon lui, tient à ce qu'il fait au ratio stock/production. La création de bitcoins neufs suit un calendrier fixe et décroît par paliers — le fameux halving, une division par deux de l'émission tous les quatre ans environ. Contrairement à l'or, où une hausse du prix finit par attirer plus de mineurs et donc plus de production, Bitcoin ajuste automatiquement sa difficulté pour que le rythme reste inchangé quoi qu'il arrive. Le prix peut être multiplié par cent : il ne sortira pas un bitcoin de plus que prévu.

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04

Chapitre 4 — Ce que défend vraiment le bouquin de Saifedean Ammous

Réduire ce livre à une prédiction sur le cours du Bitcoin, c'est passer à côté de son vrai sujet. Ce qu'Ammous attaque, au fond, ce n'est pas l'inflation ou tel choix de politique monétaire. C'est l'idée qu'une institution — la banque centrale — puisse avoir le droit de créer de la monnaie à sa discrétion. Toute sa construction, du sel romain au halving, sert un seul point : la quantité de monnaie ne devrait pas être une décision.

Cette position le range dans une famille intellectuelle précise, celle de l'économie autrichienne, pour qui la manipulation du crédit par une autorité centrale est la source cachée des cycles économiques. Quand une banque centrale abaisse les taux et gonfle la masse monétaire, dit cette école, elle envoie de faux signaux : on investit dans des projets qui ne tiennent que tant que l'argent reste facile, et l'ajustement — la crise — finit toujours par arriver. Bitcoin, monnaie que personne ne peut assouplir, serait le remède radical : retirer aux États la manette.

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05

Conclusion

Au bout du compte, L'Étalon Bitcoin raconte une seule histoire déclinée sur plusieurs millénaires : celle des monnaies qu'on pouvait multiplier et qui ont toujours fini par trahir ceux qui les détenaient. Le sel, les perles, les pierres de Yap, puis le papier détaché de l'or — même mécanique, même chute. Ammous voit dans le plafond de vingt et un millions la première rupture possible de ce cycle, une rareté que ni un souverain ni une institution ne peut annuler.

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