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Maigrir, c'est dans la tête

Maigrir, c'est dans la tête

Gérard Apfeldorfer

Le poids se joue dans la tête

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Description

On connaît tous quelqu'un qui a fait vingt régimes et qui pèse aujourd'hui plus lourd qu'avant le premier. Ou qui, la main dans le paquet de biscuits à vingt-trois heures, se répète « je n'ai pourtant pas faim ». Ces scènes-là, on les range d'habitude du côté du manque de volonté — il suffirait de se tenir, de compter, de serrer les dents. C'est précisément cette idée que le psychiatre Gérard Apfeldorfer démonte dans un livre au titre volontairement provocateur, Maigrir, c'est dans la tête.

Son constat de départ est désagréable : les régimes marchent à court terme et échouent à long terme, dans l'immense majorité des cas. Et pas par faiblesse de celui qui les suit. Par construction. Priver le corps, calculer chaque bouchée, transformer l'assiette en champ de bataille moral — tout cela, selon lui, nourrit le problème qu'on prétend régler. On ne devient pas un bon mangeur en se méfiant de la nourriture.

Apfeldorfer, qui reçoit des patients en surpoids depuis des décennies, déplace la question. Le poids, pour lui, n'est pas d'abord une affaire de calories. C'est une affaire de relation : à la faim, aux émotions, au corps, au plaisir de manger. Et cette relation s'est souvent abîmée bien avant que le chiffre sur la balance ne grimpe.

La question que l’on se pose : Pourquoi les régimes échouent-ils si régulièrement, et que faudrait-il réparer ailleurs que dans l'assiette pour que le poids cesse d'être un combat ?Ce que l’on va voir : Comment un psychiatre en vient à penser que le corps sait mieux réguler que la tête, et ce qu'il propose pour lui rendre la parole.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Le régime qui fait grossir

Le point de départ d'Apfeldorfer est un paradoxe bien documenté : la plupart des gens qui suivent un régime reprennent le poids perdu, et souvent davantage. Les études de suivi sur plusieurs années convergent — une majorité des amaigrissements obtenus par restriction sont repris à moyen terme. Le régime ne rate pas par accident. Il échoue parce que la mécanique même qu'il enclenche prépare la reprise.

L'explication est en partie physiologique. Face à une privation, le corps se défend : il abaisse sa dépense d'énergie, intensifie les signaux de faim, rend chaque aliment plus désirable. Le cerveau traite la restriction volontaire comme une menace de famine et met en place des contre-mesures qu'aucune volonté ne désarme durablement. On lutte contre un adversaire câblé pour nous épuiser.

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02

Chapitre 2 — Manger, c'est rarement une question de faim

Si le corps n'a plus la main, qu'est-ce qui déclenche le fait de manger ? Rarement la faim, répond Apfeldorfer. On mange parce qu'il est midi, parce que les autres mangent, parce que c'est bon, parce que c'est là. Et surtout, on mange pour réguler des émotions. L'ennui, l'anxiété, la tristesse, la colère, la solitude : la nourriture est l'un des plus vieux et des plus efficaces apaisants dont l'humain dispose.

Ce n'est pas une anomalie. Dès les premières heures de la vie, manger et être réconforté sont indissociables : le nourrisson qui pleure est apaisé par la tétée, et cette association entre nourriture et apaisement s'inscrit profondément. L'adulte qui ouvre le frigo un soir difficile ne fait que réactiver un circuit très ancien. Manger pour se consoler n'a rien de honteux — c'est humain.

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03

Chapitre 3 — Le poids que la tête défend

Il y a une idée dérangeante chez Apfeldorfer : parfois, on ne maigrit pas parce qu'une part de soi ne le veut pas vraiment. Le surpoids peut remplir une fonction. Il protège, il rassure, il tient à distance. Chez certains patients, il met une barrière entre soi et le désir des autres, ou donne une place dans une histoire familiale. Vouloir maigrir avec la tête tout en ayant besoin de ce poids ailleurs crée un conflit interne qu'aucune discipline ne résout.

Le corps, de son côté, défend aussi son poids par des moyens biologiques. Les chercheurs parlent d'une sorte de valeur de référence que l'organisme tend à maintenir, ajustant la faim et la dépense d'énergie pour y revenir. Ce point d'équilibre bouge peu et bouge lentement. Le brusquer par la privation déclenche précisément les mécanismes de défense qui ramènent au point de départ, voire au-dessus.

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04

Chapitre 4 — Réapprendre à écouter son corps

Ce que raconte Apfeldorfer dépasse le cas des personnes en surpoids. C'est une observation sur le rapport moderne à la nourriture tout entier. On a confié à la tête — aux règles, aux calculs, aux applications qui comptent les calories, aux listes d'aliments bons et mauvais — une tâche que le corps savait faire tout seul. Un enfant qui n'a pas encore appris la méfiance mange quand il a faim et repousse l'assiette quand il n'en veut plus, sans tableau Excel. Cette compétence, beaucoup d'adultes l'ont perdue à force d'intellectualiser l'acte de manger.

La voie qu'il propose va donc à rebours du contrôle : non pas mieux contrôler, mais désapprendre le contrôle. Cela passe par des exercices très concrets, comportementaux. Manger lentement, en prêtant attention au goût, à la texture, au moment où le plaisir diminue — ce qui est précisément le signal du rassasiement. Se réautoriser les aliments interdits, non pour s'en gaver, mais pour qu'ils cessent d'être des obsessions ; un aliment qu'on peut manger quand on veut perd son pouvoir de tentation.

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05

Conclusion

Le titre était un piège, et c'était volontaire. « Maigrir, c'est dans la tête » ne veut pas dire qu'il suffit de vouloir — Apfeldorfer passe le livre à démonter l'idée que la volonté soit la solution. Ça veut dire l'inverse : tant que la tête gouverne l'assiette à coups de règles et d'interdits, le corps résiste et le poids tient bon. Le levier n'est pas plus de contrôle, c'est moins. Rendre au corps ses sensations, distinguer la faim du besoin de réconfort, cesser de traiter la nourriture en ennemie.

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