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L'approche systémique en santé mentale

L'approche systémique en santé mentale

Louise Blanchette

La santé mentale vue en système

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Description

Un adolescent décroche à l'école, mange à peine, ne dort plus. On l'amène chez un psy, qui diagnostique, qui prescrit, qui voit l'ado seul une fois par semaine. Trois mois plus tard, rien ne bouge. Le réflexe, à ce stade, est de changer de molécule ou de regarder plus profond dans la tête du jeune. Et si le problème n'était pas dans sa tête, mais dans l'air entre les gens qui l'entourent — un père absent qui vient de revenir, une mère qui tient tout à bout de bras, une fratrie qui s'efface pour ne pas en rajouter ?

C'est le pari de l'approche systémique en santé mentale, que Louise Blanchette décrit dans son ouvrage du même nom. L'idée vient d'une rupture : à partir des années 1950, des cliniciens cessent de traiter la souffrance psychique comme une panne individuelle à réparer dans un cerveau isolé, et se mettent à la lire comme un signal qui circule dans un système — une famille, un couple, une équipe soignante, un quartier. Le symptôme d'une personne devient, dans cette grille, l'expression d'un déséquilibre qui la dépasse.

Ce déplacement du regard change tout : qui on reçoit, ce qu'on cherche, et surtout ce qu'on appelle soigner. Car si la souffrance tient à des relations, alors la soigner suppose d'agir sur ces relations — et de faire travailler ensemble des professionnels qui, d'ordinaire, ne se parlent pas.

La question que l’on se pose : Et si la souffrance qu'on attribue à une personne était d'abord le symptôme d'un système qui dysfonctionne autour d'elle ?Ce que l’on va voir : Comment une clinique née dans les années 1950 a déplacé le soin de l'individu vers ses liens, et ce que ça change pour qui soigne.

Sommaire

01

Chapitre 1 — Quand le problème n'est jamais là où on regarde

L'approche systémique naît d'une insatisfaction. Au milieu du XXe siècle, des cliniciens soignent des patients un par un, les voient aller mieux dans le cabinet, puis rechuter dès qu'ils rentrent chez eux. Le constat s'impose peu à peu : on répare quelqu'un dans un vase clos, et le milieu qui l'a rendu malade le reprend intact. L'intuition fondatrice, portée notamment par le groupe de Palo Alto autour de Gregory Bateson dans les années 1950, est qu'un comportement n'a pas de sens isolé — il n'en prend qu'en relation avec son contexte.

Blanchette rappelle d'où vient le mot. La pensée systémique s'appuie sur la théorie générale des systèmes, formulée par le biologiste Ludwig von Bertalanffy, et sur la cybernétique de Norbert Wiener, qui étudie comment un ensemble s'autorégule par des boucles de rétroaction. Transposé à l'humain, le principe est simple à énoncer : un système est plus que la somme de ses parties, et on ne comprend pas une partie sans comprendre les relations qui la tiennent.

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02

Chapitre 2 — Le patient n'est pas une île

Le premier terrain de l'approche systémique, c'est la famille. Si le symptôme circule dans un système, alors recevoir le seul patient revient à écouter une conversation en ne laissant parler qu'une personne. Les pionniers de la thérapie familiale font entrer tout le monde dans la pièce : parents, enfants, parfois grands-parents. L'objet du soin n'est plus l'individu mais le tissu de relations qui le porte.

Blanchette insiste sur une notion centrale : le patient désigné. Dans bien des familles qui consultent, un membre concentre les symptômes et devient « le malade » — celui par qui le problème arrive. L'approche systémique fait l'hypothèse que ce porteur de symptôme est souvent celui qui exprime, à sa manière, une tension qui traverse tout le groupe. Le désigner comme unique malade arrange parfois le système : tant qu'il y a un coupable, on n'a pas à regarder le reste.

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03

Chapitre 3 — Celui qui demande, celui qui porte, celui qui paie

L'un des apports les plus concrets de l'ouvrage tient dans une distinction que l'approche systémique impose avant même de soigner : repérer qui est qui dans la demande. Car une demande de soin n'est presque jamais aussi simple qu'elle en a l'air. Quelqu'un souffre, quelqu'un d'autre s'inquiète, un troisième paie ou décide, et ces rôles ne coïncident pas toujours avec la même personne.

Blanchette distingue plusieurs positions. Il y a celui qui porte le symptôme. Il y a celui qui formule la demande — souvent un proche, parfois une institution, un employeur, un juge, une école. Et il y a celui pour qui ça pose problème, qui n'est pas toujours celui qui souffre. Un adolescent peut très bien ne rien demander ; ce sont ses parents, ou le collège, qui demandent. Confondre ces positions, c'est risquer de soigner quelqu'un qui n'a rien demandé pour apaiser quelqu'un d'autre.

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04

Chapitre 4 — Une clinique qui compte les acteurs autant que les symptômes

En poussant cette logique, l'ouvrage de Blanchette conduit à une conclusion qui dépasse la thérapie familiale : le vrai enjeu de la santé mentale, aujourd'hui, est moins un enjeu de molécule ou de technique qu'un enjeu de coordination. Si la souffrance s'inscrit dans un système, alors soigner suppose de faire tenir ensemble des acteurs qui, laissés à eux-mêmes, tirent chacun de leur côté.

C'est un angle qui parle à tous ceux qui ont vu passer un proche entre les mains de plusieurs intervenants. Le médecin généraliste, le psychiatre, l'infirmière, l'assistant social, l'école, la famille : chacun détient un morceau de la situation, et personne n'a la vue d'ensemble. Sans coordination, les informations se perdent, les décisions se contredisent, les responsabilités se diluent. La personne circule entre des guichets qui ne se parlent pas, et finit par porter seule le poids d'un système fragmenté.

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05

Conclusion

On est parti d'un adolescent qu'on soignait seul, sans résultat, et on a vu l'approche systémique élargir le cadre jusqu'à y faire entrer la famille, puis les loyautés, puis la constellation entière des intervenants. À chaque étape, le même geste : refuser de localiser la souffrance en un point unique, chercher plutôt comment elle circule, à qui elle sert, quelles boucles l'entretiennent. Le symptôme reste réel, la personne souffre vraiment — mais on cesse de la traiter comme une île.

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