Autour de Pierre Fédida
Lire Pierre Fédida aujourd'hui
Description
Il y a des psychanalystes qu'on cite et d'autres qu'on fréquente. Pierre Fédida, mort en 2002, appartient à la seconde catégorie — un homme qu'on a côtoyé en séminaire, dont la pensée se transmettait autant par la manière de dire que par les concepts posés noir sur blanc. Il a fondé en 1970 ce qui deviendra l'unité de psychanalyse à l'université Paris VII, formé des générations d'analystes et de chercheurs, et laissé une œuvre dense, souvent difficile, qui ne se range pas facilement dans une case. Monique David-Ménard, qui l'a connu de près, écrit un livre pour tenir ensemble ces deux choses : le penseur et l'homme, le texte et la voix.
Le titre dit bien ce qu'il fait : Autour de Pierre Fédida. Pas une biographie, pas un commentaire systématique de l'œuvre. Un livre qui tourne autour d'une pensée pour en restituer le mouvement, le geste, ce qui lui donnait sa couleur. Fédida n'était pas un théoricien de système. Il pensait à partir de la clinique, à partir de ce qui se passe dans une séance quand un corps souffre et cherche ses mots, et il allait chercher ailleurs — chez les philosophes, les anthropologues, les écrivains — de quoi éclairer ce qu'il voyait.
Relire Fédida aujourd'hui, c'est redécouvrir une psychanalyse qui ne traite pas le corps comme un décor du psychisme, mais comme un lieu où quelque chose se joue avant même qu'on puisse le nommer. C'est aussi retrouver une façon de penser qui assume ses zones d'incertitude au lieu de les masquer. David-Ménard nous rend cette voix, avec ce qu'elle avait de vivant et d'inachevé.
La question que l’on se pose : Qu'est-ce qu'on perd quand on sépare le corps qui souffre de l'esprit qui parle, et qu'est-ce que la clinique de Fédida répare de cette séparation ?Ce que l’on va voir : Une pensée qui part du corps en séance pour refonder une manière entière de faire de la psychanalyse.
Sommaire
01 Chapitre 1 — Le corps qui parle avant la parole
Fédida part d'un constat que tout analyste connaît sans toujours savoir qu'en faire : avant de parler, un patient se tient d'une certaine manière, respire d'une certaine façon, porte sa fatigue ou sa tension dans la chair. Le corps est déjà là, présent dans la séance, avant que le premier mot soit dit. Et ce corps n'est pas seulement un objet médical, une mécanique qui tombe en panne. Il est traversé de sens, chargé d'histoire, habité par des manières d'être au monde qui précèdent le langage articulé.
C'est contre une certaine paresse de la psychanalyse que Fédida écrit. Celle qui, à force de tout vouloir ramener au symbolique, au langage, à la parole, finit par oublier que l'analysant est un être incarné dont la souffrance passe aussi par la peau, le souffle, le geste. David-Ménard montre à quel point Fédida refusait ce partage net entre un corps biologique d'un côté et un psychisme parlant de l'autre. Pour lui, le corps n'est pas l'enveloppe du sujet — il en est une dimension à part entière.
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02 Chapitre 2 — La dépression, pas une panne mais un travail
Fédida a consacré une part importante de sa clinique à la dépression, et sa manière de la penser tranche avec les habitudes. Là où on décrit volontiers le déprimé comme quelqu'un qui s'est arrêté, vidé, mis en panne, Fédida voit autre chose : un travail en cours, sourd et coûteux, qui mobilise toute l'énergie du sujet. Le dépressif ne fait pas rien. Il est occupé, en profondeur, par quelque chose qui l'absorbe entièrement.
Ce renversement change la clinique. Si la dépression est un travail, le rôle de l'analyste n'est pas de remettre la machine en marche, de pousser le patient à reprendre une activité, à se secouer. C'est d'accompagner ce travail invisible, de lui laisser le temps de se faire, sans le brusquer. David-Ménard souligne combien Fédida se méfiait des approches qui veulent faire disparaître le symptôme au plus vite. Pour lui, la dépression a une fonction, elle protège parfois d'un effondrement plus grave, et il faut d'abord comprendre ce qu'elle tient avant de chercher à la lever.
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03 Chapitre 3 — L'image du corps, cette chose qu'on fabrique
Comment un humain en vient-il à avoir le sentiment d'être un corps, son corps, unifié et à lui ? Ça n'a rien d'évident. Le nourrisson ne naît pas avec l'image de son corps — il la construit, par bribes, à travers le regard de l'autre, le toucher, les soins, les mots qu'on pose sur lui. L'image du corps est une fabrication, pas une donnée. Fédida s'est beaucoup intéressé à cette construction, et à ce qui arrive quand elle vacille.
Chez certains patients, cette image du corps n'est pas stable. Elle se fissure, se déforme, ne tient plus ensemble. Dans les états les plus graves, le sujet peut ne plus sentir ses limites, ne plus savoir où finit son corps et où commence le monde. Fédida travaillait précisément sur ces zones où l'unité corporelle se défait, parce que c'est là qu'on comprend à quel point elle était une acquisition fragile. Ce qui semble le plus naturel — habiter son propre corps — est en réalité le résultat d'une longue élaboration.
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04 Chapitre 4 — Une psychanalyse qui pense avec les failles
Ce que Fédida apporte à la psychanalyse tient moins à tel ou tel concept qu'à une manière entière de travailler. On tient là le vrai legs. Beaucoup de courants analytiques se sont construits comme des systèmes fermés, avec leurs maîtres, leur vocabulaire, leurs certitudes défendues contre le reste. Fédida a fait l'inverse. Sa pensée reste ouverte, poreuse, inachevée — elle avance par hypothèses plutôt que par vérités, elle préfère l'exploration à la démonstration.
Cette fragilité n'est pas une faiblesse, c'est un choix. Fédida pensait que la clinique a affaire à ce qui résiste au savoir, à ce qui échappe aux grilles toutes faites. Un patient n'est pas un cas qu'on classe, c'est une rencontre singulière qui déjoue les attentes. Une psychanalyse fidèle à son objet doit donc accepter de ne pas tout maîtriser, de travailler avec ses zones d'ombre au lieu de les combler trop vite par de la théorie. David-Ménard insiste sur ce point : la pensée de Fédida assume le doute comme condition d'un travail juste.
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05 Conclusion
En revenant autour de Pierre Fédida, David-Ménard ne nous rend pas un système mais une présence. Celle d'un clinicien qui écoutait les corps autant que les mots, qui voyait dans la dépression un travail et non une panne, qui savait que l'unité d'un corps est une fabrication fragile et précieuse. Chaque fois, le même mouvement : partir de ce que la séance montre, refuser les réponses faciles, aller chercher ailleurs de quoi penser plus juste. C'est une psychanalyse qui marche au ras de l'expérience, sans jamais se couper des disciplines qui l'entourent.
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